Nos articles
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Le bus habitable
Je suis paumé comme jamais. Parait que ça prend maintenant trois piasses et demie pour embarquer dans un transport en commun de pauvre. Je n’en ai que deux. Nous sommes quelques heures avant que Trudeau ne me sorte de la pauvreté avec ses bonis dollars. Nous sommes hier. Dieu merci, j’ai un trésor au fond de mon portefeuille : une vieille carte à puce en carton. Tout fier, je la brandis comme une médaille devant le senseur. La lumière rouge s’allume. Plus fier pantoute. « Billets épuisés ». Quand une carte électronique est une métaphore de l’état de son détenteur… Je me retourne,
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Le temps d’un été
L’été, on dirait que le temps ralentit. Peut-être est-il écrasé, lui aussi, par la chaleur accablante de ce pays qui oublie, le temps d’une saison, qu’il est nordique. Et alors, au son des cigales et du balancement paresseux des branches vertes et lourdes, les minutes deviennent des heures, les semaines s’étirent, infinies comme le ciel d’aout. On fait des projets, on se promet de travailler, et aussi de se reposer, de terminer ce roman commencé à Noël dernier, de faire le ménage du garage ou une randonnée, de dormir à en être épuisé… Mais sans se presser, tranquillement. Après tout,
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Ressusciter la démocratie
Trop souvent, nous nous contentons de classer ce que nous offre l’actualité dans des catégories irréfléchies, comme le font des petits enfants remplissant leur « jeu de formes géométriques », mettant ainsi nos triangles de plastique conceptuels dans le vide triangulaire du cube de notre cervelle. Le dernier livre de Mathieu Bock-Côté nous invite à toute autre chose. Même les plus critiques d’entre nous n’échappent pas à ce risque, remplaçant aisément les notions à la mode et moralisatrices de « progrès » et « d’égalité » par celles de « décadence » et de « fin de civilisation ». La vision que nous avons de la société peut être très
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Actrice et croyante
Un témoignage de Valérie Carrier «Qu’est-ce qui a bien pu mener une Jesus freak comme toi à choisir le cinéma?» m’a demandé dernièrement un ami que je n’avais pas vu depuis longtemps, intrigué. Il y a près d’un an, j’ai décidé de m’inscrire à la formation d’actrice de l’École de Cinéma et Télévision de Québec (ECTQ), un cours intensif de cinq mois. J’ai hésité parce que je craignais que cette démarche soit égoïste, visant à satisfaire un rêve de longue date, alors que je pourrais être plus utile ailleurs… Mais après discernement, il m’apparaissait que j’avais bien ma place dans ce
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Portovenere
Eugenio Montale (Gênes, 1896 – Milan, 1981) est l’un des plus grands poètes italiens du XXe siècle. Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1975. Avec Salvatore Quasimodo, autre récipiendaire du Nobel (1959), et Giuseppe Ungaretti il fait partie de ce qu’on a appelé « l’école hermétique italienne ». Le poème de Montale présenté ici est tiré du recueil qui l’a rendu célèbre, Ossi di seppia (Os de seiche, 1925). Portovenere (E. Montale) Là surgit le Triton de l’onde qui lèche le seuil d’un temple chrétien, et chaque heure à venir est ancienne. Chaque doute te conduit par la main ainsi qu’une jeune amie.
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Les attentes du regardeur : le cinéma selon Benoît Patar
Benoît Patar, Belge immigré au Québec en 1967, est maitre-agrégé en philosophie, docteur en philosophie et lettres, et licencié en sciences économiques. Médiéviste de formation, il est l’auteur de nombreuses éditions critiques consacrées au XIVe siècle et de deux dictionnaires. Catholique pratiquant et vif cinéphile, il est également le fondateur de la prestigieuse revue de cinéma québécoise 24 images et auteur d’un essai sur le cinéma (Écrits sur le cinéma). À l’occasion de ce numéro sur le 7e art, nous lui avons posé quelques questions sur sa conception du cinéma. Le Verbe : Benoît Patar, vous êtes d’abord un intellectuel de
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Gens du pays, c’est votre tour…
…de vous laisser parler d’Amour ! Non pas d’un petit, mais du grand. Pas un amour de circonstance, ni non plus celui qui verse dans l’indifférence, mais celui qui nous amène au dépassement ; tout le monde aujourd’hui, ou presque, désavoue cette idée que nous sommes faits pour un petit pain. J’ai toutefois l’impression qu’on se contente de plus en plus des miettes qui tombent de la table. * Permets-moi, petite sœur Québec, de te parler honnêtement en cette journée de ta fête, parce que la vérité, me semble-t-il, est au fondement de l’amour. Permets-moi aussi de t’appeler petite sœur,
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Le soft-eugénisme (un peu) démasqué
Radio-Canada présentait il y a quelques temps un reportage de Tamara Alteresco qui a retenu mon attention. (1) Grosso modo, on y présentait des parents qui, malgré un dépistage prénatal positif au cours duquel on avait trouvé une trisomie 21 à leur enfant, ont poursuivi la grossesse. Soft-eugénisme L’eugénisme, étymologiquement, c’est la bonne naissance. C’est, pour le dire vite, l’ensemble des méthodes ou pratiques qui interviennent pour améliorer le patrimoine génétique de l’espèce humaine, en vue d’un idéal… d’un homme nouveau. Si 90 % d’entre eux optent pour l’avortement, ceux qui choisissent de poursuivre la grossesse dénoncent le manque de soutien et les
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Dietrich von Hildebrand: l’âme du lion
Je parcours des yeux les titres des livres, les auteurs. « Non… non… peut-être… » Rien ne me convainc. Un peu lasse, je continue de regarder. Un titre attire mon attention. The Soul of a Lion : Dietrich von Hildebrand. Un sentiment de retrouvailles, celui qu’on a lorsqu’on revoit un ami de longue date, m’envahit. Von Hildebrand! L’intellectuel, l’artiste, l’homme de caractère! Ce livre, je l’avais littéralement dévoré lorsque je l’avais lu la première fois. Je dois le relire. Je l’achète, toute excitée, et le dépose sur ma table de nuit. Il y dort tranquillement, en attendant que je vienne à nouveau réveiller
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Une piscine en forme de lune
Le dernier opus de Radiohead porte bien son nom: on peut à la fois avoir l’impression de s’y noyer et d’y trouver l’apaisement de la lumière lunaire. Il m’aura fallu attendre impatiemment neuf longues années avant la sortie de ce neuvième album du groupe britannique, et ce, après le mémorable et transcendant In Rainbows (2007). Celui-ci est indéniablement l’un des albums que j’ai le plus écouté en boucle de toute ma vie. Il va donc sans dire que les attentes étaient très élevées, d’autant plus qu’il y avait eu entre temps The King of Limbs (2011) que je considère n’être
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Fiers d’être quoi?
La Solennité de la Saint-Jean-Baptiste arrive à grand pas et avec elle un ensemble de manifestations et revendications concernant l’identité nationale. J’aimerais offrir ici ma contribution aux différentes réflexions que l’on entendra certainement sur ce sujet de l’identité québécoise au cours du Colloque* intitulé Pour une guérison de la mémoire au Québec organisé par l’Observatoire Justice & Paix et qui aura lieu le 25 juin prochain dans la vieille capitale. Qui sommes-nous? Qu’est-ce donc que l’identité québécoise ? Quelle est son essence ? Plusieurs bibliothèques ne suffiraient pas à définir celle-ci, étant, comme toutes les réalités humaines, mystérieuse au sens
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Comme un moinillon méditatif
Mathieu Bock-Côté, sociologue (Ph. D.), auteur (dernier titre paru: Le multiculturalisme comme religion politique, Cerf, 2016), chroniqueur au Journal de Montréal et collaborateur à de nombreux périodiques français et québécois (dont Le Verbe), a eu l’excellente idée d’interroger quelques bipèdes férus de lecture (j’en suis un, sans l’ombre d’un doute) pour leur demander de témoigner de leur amour viscéral des livres. Mes réponses ont été publiées sur son blogue le 3 juin dernier. On peut les lire en suivant ce lien.
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La liberté par l’éducation: l’héritage du frère Untel
Si le frère Untel a marqué l’histoire du Québec, c’est qu’il a fait un pari audacieux. Insurgé contre un système élitiste, stérile et refermé sur lui-même, il a osé proposer une éducation de qualité pour tous les Canadiens français. Il y a deux ans, nous avons rencontré Louis-André Richard, professeur de philosophie et spécialiste du frère Untel, pour découvrir l’imposant legs du petit frère mariste. À quelques jours du colloque Appartenance et liberté (10 au 12 juin 2016, au Cégep de Sainte-Foy, voir aussi l’entrevue accordée à ECDQ.tv), nous avons cru bon de republier ici cet article. «La foi et
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Le vrai mythe
Les penseurs de l’Occident moderne affirment parfois qu’ils peuvent envisager un Dieu philosophique mais pas un Dieu religieux. L’existence de Dieu, tel que défini par les arguments philosophiques, peut leur sembler crédible dans une certaine mesure. Mais l’existence de Dieu, tel que défini par la révélation religieuse, leur paraît ridicule et invraisemblable. De la même façon, on estime que l’existence des extraterrestres est crédible alors que celle du Père Noël ne l’est pas. On peut envisager ce qui est lointain et hypothétique, mais on rejette d’emblée ce qu’on sait être inventé. Ainsi, on exclut de croire en la révélation religieuse
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Sylvie chante Anne
*Je me souviens de Sylvie Paquette, elle devait avoir 18 ans. C’était au début des années 80. J’étais animateur au Café Chrétien à Sainte-Thérèse-de-Blainville. Un soir, Sylvie était venue avec sa guitare, et sa mère, je crois, pour nous partager sa quête de joie. La passion était au rendez-vous, la voix aussi. Que de chemin parcouru depuis ! De Jésus à Anne Hébert, pourquoi pas ? Avec son album Terre originelle, c’est le retour aux grands courants bibliques qui ont nourri la culture et l’imaginaire de l’auteure des Songes en équilibre. Le poème Amour, qui n’est pas sans rappeler le souffle mystique du Cantique des Cantiques, ouvre
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La dignité de Cyrano
Un texte de Catherine Mongenais Tout le monde connait l’histoire de Cyrano de Bergerac, le fameux personnage d’Edmond Rostand qui, à cause d’un nez qu’il avait très vilain et même gros, décida d’aimer en silence la femme de sa vie – Roxanne – et davantage encore, par amour pour elle, aida Christian (un beau gars) à la séduire en écrivant des lettres à sa place. Quelle histoire tragique que ce triangle amoureux partagé entre un jeune homme au physique admirable mais à l’esprit ordinaire et un poète doué mais laid! Encore aujourd’hui, ce drame est plutôt connu chez les francophones.
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Quand l’impôt s’impose
La semaine dernière, le populaire animateur de radio à Québec Sylvain Bouchard a, comme on dit, « petté sa coche » suite à la nouvelle du possible recul du gouvernement devant ce qu’il était commun d’appeler le « pacte fiscal », c’est-à-dire le transfert de certains pouvoirs de négociation du provincial vers les municipalités. Profitons-en pour regarder de plus près quelques questions soulevées par cet enjeu fiscal. Aux dires de Bouchard, la situation politique et culturelle du Québec actuel empêcherait toute réforme digne de ce nom. L’éléphantesque État québécois aurait, d’une certaine façon, kidnappé notre démocratie au profit de sa propre logique interne. Ainsi,
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Diaconesses : gare au cléricalisme !
Encore une fois, le pape a été mal cité. Rendu au point où nous en sommes, ce n’est plus une surprise. En parlant à un regroupement de femmes consacrées, le pape, dans une de ses réponses, a fait allusion aux diaconesses. Il n’en fallait pas plus pour que la presse s’enflamme et lance des grands titres tels que « le pape François ouvre une porte à l’ordination des femmes ». Dois-je rappeler que ce n’est pas ce qu’il a dit? Pourtant il me semble que le pape ouvre effectivement une porte, mais peut-être pas celle que l’on croirait. Regard sur l’histoire Tout d’abord,
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Est-il juste d’intervenir en Irak ?
Un texte de Rodrigue Allard Il y a un an, alors qu’il appelait le monde occidental à intensifier l’intervention militaire contre l’État islamique dans son pays, Bashar Warda, l’archevêque d’Irbil en Irak reconnaissait que « c’est malheureux d’en arriver là ». Parlant, lui aussi, au nom des églises du Moyen-Orient, le Révérend Nadim Nassar rétorquait quant à lui que « les fusils ne règleront pas le problème ». Ce désaccord entre ces deux clercs chrétiens met en lumière une question qui tarabuste les églises depuis deux millénaires : la doctrine dite de la « guerre juste ». La guerre peut-elle être juste ?
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La Résurrection du Christ: quand l’enquête devient quête
Le film La Résurrection du Christ (Risen) de Kevin Reynolds est sorti hier en France. Il aura fallu attendre trois mois pour avoir droit à la version française, car de ce côté-ci de l’Atlantique, on pouvait le voir en version originale anglaise uniquement depuis le 19 février. C’est en mars, pendant le carême, avec deux de mes ados, que j’ai pu voir et apprécier grandement ce film. Ce matin, je lisais la critique du père Denis Dupont-Fauville du site Aleteia, et honnêtement, je l’ai trouvé bien sévère. Bien entendu, il y a plusieurs petites choses qui dérangent dans le film :
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Divorcés-remariés : dissiper la confusion
En réponse à l’intérêt suscité par le dernier article de notre blogueur Simon-Pierre Lessard, nous avons jugé pertinent de publier ici cet entretien afin de préciser quelques points et d’approfondir la réflexion autour de la dernière exhortation apostolique Amoris Laetitia. En voici le compte-rendu. Le Verbe : Dans un article publié sur notre site web, vous affirmez qu’il faut lire les écrits du Pape François selon les principes d’une herméneutique de la continuité. Toutefois, dans la récente Exhortation apostolique Amoris Laetitia plusieurs personnes semblent trouver difficile de faire une telle lecture au sujet de la discipline de l’Église envers les divorcés-remariés.
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Le monde carcéral : un univers parallèle
Afin de nous aider à mieux saisir la complexité du monde étrange des prisons où les lourdes portes métalliques peuvent tout à la fois se refermer et s’ouvrir sur le temps, Le Verbe a rencontré une experte qui consacre sa science aux hommes et aux femmes qui y vivent. Prison. Ce petit mot de six lettres fait froid dans le dos. Tellement, que nous n’aimons pas beaucoup en parler. Dans notre imaginaire, ce vocable désigne ce lieu terrestre où l’enfer s’est incarné. Un enfer froid, sans amour, sans espoir, sans lois. Bien que certains observateurs souhaitent qu’il en soit ainsi,
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Joyeux Noël (ou comment faire de moi un anarchiste)
J’ai récemment visionné Joyeux Noël, un film paru en 2005 portant sur la Première Guerre mondiale. Lorsque je lui ai mentionné ce film, mon épouse a spontanément affirmé qu’il est dégoulinant de sentimentalisme. Je dois admettre que c’est exact. Les émotions des personnages sont à l’avant-plan du début à la fin du film ; les grands idéaux n’y sont pas abordés de façon explicite. Mais c’est aussi le film qui m’a le plus fait détester ce que l’autorité humaine peut devenir. On y voit des hommes qui, pour la plupart, ne souhaitent rien d’autre qu’une vie humble et productive parmi
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Je voulais te dire…
Avec l’arrivée des longs jours, des bourgeons et des gars qui se promènent en bedaine sur leur bicycle-à-pédales au centre-ville, viennent aussi les compagnies de disques qui envahissent le marché de plus ou moins bonnes sorties, en vue de la saison des festivals. De la musique printanière, il y en aura pour tous les gouts ces jours-ci. Par exemple, si le très bel opus The Hope Six Demolition Project de PJ Harvey sera sans doute la trame sonore des après-midi pluvieux de mai, la Lemonade de Beyoncé risque d’en rafraichir plus d’un lors des canicules de juillet. Mais nous, à
