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Et les aînés, docteur, ils vont bien ?
Il est 7h30. Je suis dans le train en partance pour la ville de Saint-Jérôme. À cette heure matinale, il n’y a presque personne dans mon compartiment. C’est le calme plat. Pourtant, il y a quelques minutes à peine, l’autobus et le métro que j’ai empruntés pour me rendre à la gare étaient tous deux bondés de travailleurs qui se lèvent tôt pour aller gagner leur pitance. Je me demandais, à les voir si agités, s’il leur arrivait de penser à leur vieillesse, voire à leur mort. Je dois avouer que je n’y pense pas très souvent moi-même malgré mes
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Les vieux pieux
Marie Rose vient d’avoir 93 ans. Jean-Claude s’achemine vers 87 ans. Ils ont 60 ans de mariage, 7 enfants et 27 petits-enfants. Quand ils se retrouvent tous au jour de l’An, au chalet familial, on ajoute les belles-mères, les cousins et les amis, ça fait beaucoup. «On s’est mariés le 24 juin 1957 à la Saint-Jean-Baptiste!» clame Jean-Claude, l’œil d’un bleu brillant, un brin nationaliste. «C’est très symbolique. À cette époque, la Saint-Jean-Baptiste n’était pas une fête nationale; c’était la fête du patron des Canadiens français!» Marie Rose, plus pragmatique peut-être, réplique avec douceur, comme dans un murmure: «C’est surtout parce qu’on savait que tout le
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Chrétiens d’Orient: entre despotisme et islamisme
[NDLR Texte d’abord paru dans la revue Le Verbe du printemps 2017] Les évènements qui secouent présentement le Moyen-Orient ont mis au jour, dans les médias, une réalité auparavant occultée et qu’il est dorénavant convenu d’appeler les chrétiens d’Orient. Regard sur la complexe situation de nos frères et sœurs qui foulent toujours la terre des premiers disciples du Christ. Malgré la variété des affiliations des chrétiens d’Orient et la multitude d’Églises qui cohabitent dans cette région du monde, ces derniers sont souvent présentés comme une réalité homogène. Aux prises avec le défi de la survivance, ils font face au contexte suivant: l’échec
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Pharisiens, sceptiques et Calinours
On trouve toutes sortes de gens en Église. Des jeunes, des vieux. Des tristes, des joyeux. Des doux, des durs. Des modestes, des ambitieux. Des cons, des saints. Et tous ces gens, ils vivent la foi de façons différentes. Certains sont simples dans une discrète foi du cœur au quotidien. D’autres sont plus cérébraux avec une foi structurée par l’intellect. D’autres encore sont motivés par une foi militante au sein de leurs communautés. À travers cette diversité, j’en suis venu à discerner trois grandes dérives en Église. Il y en a d’autres, mais celles-ci me semblent spécialement importantes. Je précise
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À croquer sans culpabilité
[Économie: du grec oiko (foyer, maison) et noria (gestion, administration). Vu comme cela, on réalise que l’on n’est pas très loin de l’écologie. D’après l’encyclique Laudato Si’ du pape François, l’écologie intégrale consiste d’ailleurs à cultiver toutes les dimensions de notre vie (économique, spirituelle, relationnelle, naturelle, etc.).] * C’est bientôt Pâques! Et qui dit Pâques dit chocolat. Si elle accompagne savoureusement de nombreux évènements, la consommation de chocolat n’est pas sans conséquences sur notre maison commune et sur ses habitants. Découvrez des cacaos dont l’amertume n’atteint pas le cœur. Le cacao biologique et équitable Le cacaoyer (Theobroma cacao) est originaire d’Amérique du Sud. Il a
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Église, mœurs et médias: incompatibilité ou malentendu?
On croirait parfois que l’Église, par peur de choquer, se retient d’aborder de front la délicate question des mœurs. C’est probablement qu’elle saisit trop bien l’émoi et le retentissement que certaines de ses positions, trop en contradiction avec la pensée dominante actuelle, peuvent causer. On se rappelle tous la polémique entourant le cardinal Ouellet avant son départ pour Rome ! La semaine dernière, j’étais l’invité de l’émission La vie des idées à Radio VM. Animée par le très volubile Mathieu Bock-Côté, cette émission vise à « prendre le temps de penser, et prendre son temps pour penser politique, histoire, philosophie, religion
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François à la rencontre des autochtones du Canada?
L’année 2017 sera particulièrement effervescente pour le Québec et le Canada : la grande métropole québécoise, Montréal, fête son 375e anniversaire de fondation, alors que la confédération canadienne célèbre ses 150 ans d’existence. En raison de son héritage manifestement catholique, l’actuel maire de Montréal, Denis Coderre, a fait des pieds et des mains en 2015 pour inviter le pape François à venir fêter le 375e. Il s’est même rendu à l’une de ses audiences générales pour lui en faire la demande expresse. En vain. Si l’évêque de Rome a décliné l’offre, tout porte à croire que c’est plutôt la cause des
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Les racines de « l’humanisme misanthrope »
Au milieu de la nuit de la Seconde Guerre mondiale, alors que les bombes défiguraient l’Europe, le théologien jésuite Henri de Lubac participa à sa manière à la Résistance, en essayant de comprendre la folie des hommes par la réflexion. Le fruit de cet effort fut publié sous le titre de Drame de l’humanisme athée, en 1943, sous l’Occupation allemande. Dans cette œuvre, de Lubac se livre à une riche analyse des sources de l’athéisme moderne, qui peut aujourd’hui encore nous être utile, alors que ce phénomène est toujours plus présent dans la société occidentale. Ainsi, selon de Lubac, sous
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Leçon d’autodéfense anti-maoïste
La soledad nos enseña a ser intelectualmente más honestos, pero nos induce a ser intelectualmente menos corteses. La solitude nous apprend à être plus honnête intellectuellement, mais elle nous conduit à être intellectuellement moins courtois. Nicolás Gómez Dávila On se souvient de Simon Leys (1935-2014) pour ses pamphlets pleins d’une ironie féroce dirigés contre les inénarrables panégyristes du président Mao, espèce affligeante, aujourd’hui éteinte, qui peupla un temps les quartiers latins, les comités de rédaction et quantité d’autres cloaques idéologiques dangereusement idiotifiés par cinq décennies d’agit-prop marxiste-léniniste. Les amateurs d’émissions littéraires ou les dévoreurs d’archives télévisuelles glanées sur internet au
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Évoquer la fin du monde
Le Centre d’exposition Plein Sud (sis dans les murs du Cégep Édouard Montpetit de Longueuil) présente jusqu’au 8 avril prochain l’exposition collective Transmission (1). Celle-ci est commissariée par le professeur d’histoire de l’art et de cinéma Pierre Ranou dans le cadre des 50 ans de la fondation des Cégeps. La question de départ était la suivante : que sont devenus les diplômés du programme d’arts plastiques de cet établissement d’enseignement ? Le commissaire a sélectionné douze anciens étudiants de différentes cohortes qui sont aujourd’hui artistes professionnels. J’y suis allée faire un tour, car j’ai personnellement eu l’honneur d’être choisie, mais mon attention
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« Les chrétiens doivent être des ferments »
Lors de son plus récent passage au Québec, j’ai eu la chance de rencontrer Jean Sévillia et de m’entretenir avec lui sur des questions brulantes d’actualité, des questions qui font couler beaucoup d’encre tant en France qu’au Québec. Identité, place du catholicisme dans la cité, dimension métaphysique de la citoyenneté sont quelques-uns des thèmes qui sont abordés dans cette entrevue. J’ose espérer que les réponses de M. Jean Sévillia permettront de jeter un éclairage supplémentaire sur certaines de ces questions qui nous préoccupent tous. Le Verbe : Récemment et en lien avec la controverse autour de la publication de Laurent Dandrieu,
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Le malaise québécois
Le 20 mars dernier, le magazine canadien-anglais Maclean’s s’est encore une fois proposé de recenser dans un article les vices de la société québécoise. À partir de quelques prémisses qui incluent une tempête de neige et une autoroute bloquée, le chroniqueur Andrew Potter* en conclut à un profond malaise social au Québec. On s’en doute, l’article a reçu un accueil glacial dans la Belle Province. Le premier ministre a parlé de « préjugés » véhiculés dans « un texte de mauvaise qualité » alors que François Legault, chef de la CAQ, l’a éloquemment qualifié de « torchon ». Si l’auteur s’est rapidement rétracté et a présenté
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Joseph, deux fois notre père
Ô Joseph, deux fois notre père ! Protecteur de l’Église et Patron du Canada. Âme silencieuse et humble, docile au Verbe de Dieu. Premier martyr de ton Fils, Frappé dans ton honneur d’homme par sa Venue incongrue. Dans la solitude et l’incompréhension, tu précèdes les fidèles, les guidant dans le crépuscule de la Nuit obscure. Prémice de la foi, ton âme, tel un champs rêche labouré par la charrue et la bêche, fut sillonnée de doutes et d’amertumes. Pour son Œuvre de Salut, Dieu voila à ton sens son immense dessein. En proie aux combats virils de
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D#2/ L’originalité et la vulgarité
D#2/ Discernement. Le discernement, cela signifie faire la part des choses. C’est faire preuve de perspective. La grande mésentente de notre époque porte sur la confusion à propos des mots. Ce face à quoi il faut faire preuve de discernement, et de toute urgence, c’est la pensée. Ce sont les mots. Éviter la confusion sur le sens des mots, c’est le premier pas vers une société meilleure. * L’humoriste vedette annonce que son prochain spectacle sera plus cru. Son homologue explique que son discours féministe sera plus puissant si elle sacre stratégiquement plutôt que de dire « Je m’en fiche. »
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« Le 13e » ou réformer la répression
*** NDLR: ce texte contient quelques divulgâcheurs. *** Commençons doucement. Voici quelques stats. Les États-Unis d’Amérique pèsent pour 5% de la population mondiale. Puis, 25%. C’est la proportion, toujours au niveau planétaire, de personnes incarcérées au pays de la Liberté. Et alors que les hommes noirs ne représentent que 6,5% de la population étatsunienne, ils correspondent à 40,2% de la population carcérale. Un homme noir sur trois ira en prison au moins une fois dans sa vie, alors que pour les Blancs, c’est un sur dix-sept. Documentaire-choc Voilà quelques-unes des données qui ont poussé Ava DuVernay à réaliser 13th. Le
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Shauit, premier reggaeman innu
Shauit, c’est le premier et l’unique reggaeman innu au monde. Il chante en innu-aimun, la langue de ses ancêtres, et aussi en français, en anglais et même en créole, sur les scènes autochtones, québécoises et européennes. Par une prose libre et convaincue, Shauit dépasse les métissages. Il exprime avec une sincérité désarmante l’amour de son peuple, de l’environnement et, enfin, de Dieu. Pour qu’au son du rythme sa quête rejoigne celle de tous ceux qui cherchent aussi leurs racines. Je rencontre Shauit non pas dans une réserve amérindienne, mais en plein cœur du centre-ville de Montréal. Une terrasse, du bruit,
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Le retour du Crucifié
Je dois dire que le retour du crucifix à l’hôpital du Saint-Sacrement ne suscite en moi aucun émoi particulier. Comme n’est guère parvenu à modifier mon humeur son retrait, quand j’en ai appris la nouvelle il y a une semaine. J’ai trouvé idiot qu’on l’enlève, je ne me plaindrai donc pas qu’on le remette. Mais dans l’état actuel des choses, alors que s’approfondissent chez nous la déliquescence sociale, la déroute intellectuelle et l’aliénation spirituelle, qu’il soit ou non suspendu au mur de l’hôpital ne me fait ni chaud ni froid. La seule chose peut-être qui, à l’extrême rigueur, me trouble
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Lettre à Catherine Dorion (pis à KPMG, tant qu’à faire)
Ceux qui cherchent à tout prix à honorer notre passé catholique, s’ils veulent le faire sincèrement, devraient lâcher les crucifix et nous rappeler ce que disait Jésus sur les riches, et nous rappeler aussi, tant qu’à faire, ce que disait Jésus sur ceux qui défendent la religion juste pour les apparences, juste pour se tailler une place dans le monde. Catherine Dorion, comédienne et blogueuse au Journal de Québec (citation tirée de Facebook, 3 mars 2017, en réponse à l’indignation à géométrie variable de certains québécois) – Catherine Dorion, comédienne et blogueuse au Journal de Québec (citation tirée de Facebook,
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Dans les yeux de Samian
J’avais déjà entendu parler d’un jeune rappeur algonquin du nom de Samian. On m’avait dit que ce gars-là avait la foi. En fouinant un peu (bah quoi, c’est un peu ça mon job, non?), j’ai découvert qu’il avait aussi un sapristi d’œil photographique. Et peut-être même que ceci explique cela. J’ai fini par lui lâcher un coup de fil l’été dernier, question qu’il tire quelques clichés pour le dossier « Paroles autochtones » qu’on préparait au Verbe. Vous dire que je n’ai pas été déçu du résultat relève de l’euphémisme. Jugez-en par vous-mêmes. Cette rencontre avec Samian m’a permis aussi de découvrir
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De la mémoire historique et de la poésie
Il m’arrive de découvrir des artistes «en retard», c’est-à-dire, quelques années après qu’ils aient réalisé des œuvres intéressantes. Que voulez-vous! Celui que je vous présente aujourd’hui a commencé à rouler sa bosse en 2005, mais c’est surtout à partir de 2012 qu’il se fera mieux connaitre. Coup d’œil sur Alexandre Belliard. Dernièrement, c’est l’émission Nouveaux Regards sur l’histoire, sur les ondes de Radio VM, qui me tire de mon sommeil matinal. L’animateur interview Akos Verboczy, ce jeune immigré hongrois arrivé au Québec à l’âge de onze ans, qui a publié au début 2016 Rhapsodie québécoise : itinéraire d’un enfant de la
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Premières Nations : le dialogue fait chair
À l’heure où le Canada s’apprête à célébrer son 150e anniversaire de fondation, les Premières Nations de ce vaste pays luttent encore pour leur survie. Victimes d’une politique d’assimilation qui perdure encore aujourd’hui, ses représentants cherchent les racines profondes de leur identité longtemps mise à mal par le gouvernement et par des Églises chrétiennes. Dans ce contexte, des témoins se lèvent pour affirmer que le chemin de la réconciliation et du pardon est possible. Sœur Marie-Laure Simon est l’un d’eux. Sœur Marie-Laure Simon, c.n.d., 88 ans, m’accueille dans un local du Centre d’amitié autochtone de Montréal. Elle s’installe sur une chaise et
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La mission de Vincent Esprit
Ici, contrairement au célèbre film La mission avec Robert De Niro, on ne rencontre pas, au détour d’un arbre, un indigène aux cheveux rouges qui vous toise avec sa flèche. On ne monte pas les chutes d’Iguazú au péril de sa vie. Pas de jolie musique non plus pour vous soulever l’âme et vous noyer les yeux dans l’eau. Ici, à Kahnawake, il y a les graffitis sur les rochers juste à l’entrée de la réserve. On y entre comme dans un entonnoir, entre deux murs de béton. On y roule tranquillement dans un village plutôt joli. Tout au bout de la
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Kahnawake: du côté des «Indiens»
C’est la première fois que je viens à Kahnawake, et vu d’ici, même s’il pleut, je trouve que le fleuve est vraiment beau. Même Montréal est belle. Et puis le pont Honoré-Mercier, là-bas… Christine aussi regarde le fleuve, mais au lieu d’afficher un sourire de contentement, elle se mordille nerveusement les lèvres. Elle se retourne, me fixe droit dans les yeux – qu’elle a plus noirs encore que ses cheveux – et me lance sèchement: «Ce n’est pas sans raison que le gouvernement a décidé de construire la voie maritime de notre côté plutôt que du côté de Lachine. Ici,
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Pour une Bethléem ouverte
Un texte de Sara Elizabeth Cifuentes Ortiz Dans le documentaire Open Bethlehem, la cinéaste Leila Sansour montre de quelle façon son retour en Palestine en 2003, a réveillé en elle la nostalgie, les espoirs et le courage de mener une lutte mondiale pour ne pas laisser mourir l’héritage historique, religieux et culturel de Bethléem. Après 18 ans d’absence, Sansour, qui est née à Moscou et a grandi à Bethléem, y est retournée, fermement décidée à montrer au monde ce qu’il y a derrière le mur construit par Israël sur le territoire palestinien. Quand elle était fillette, Leila avait dans son
