Nos articles
Magazine-
Visite papale: une arrivée au son des tambours
C’est devant un comité plutôt restreint que le pape François a posé son pied, ou plutôt sa chaise roulante, sur le sol canadien ce dimanche 24 juillet. Le Verbe était là. Au milieu du cliquetis incessant des caméras, des murmures de quelques journalistes en direct et des tambours, le Saint-Père a été accueilli. Après des minutes d’attente et de fébrilité dans l’air, on n’entend plus une mouche voler. C’était pourtant la fourmilière à peine quelques instants plus tôt. Un vrai théâtre aux séquences soigneusement organisées. Arrive soudain le pape François que des ronronnements d’avion ont annoncé. Il entre en fauteuil roulant. Rien de bien
-

La conversion écologique pour se solidariser avec les Autochtones
La conversion écologique mise de l’avant par le pape François peut être vécue comme un chemin de solidarité concrète avec les peuples autochtones du Canada dans la démarche de réconciliation qu’une visite papale cherche à encourager. La venue du pape François au Canada, à la suite d’un engagement visant la guérison et la réconciliation avec les peuples autochtones, se présente comme une invitation à «marcher ensemble». Cette thématique, un lieu commun passablement obscur, en laissera plusieurs sur leur faim. Marcher ensemble. Pour quoi faire? On va où? Évidemment, on peut vouloir faire un bout de chemin ensemble. Se croiser au
-

Une visite sous les auspices de la bonne sainte Anne
On le sait tous, la visite du pape François au Canada vise une réconciliation véritable entre l’Église catholique et les peuples autochtones. Cette visite sera bien évidemment chargée en émotion et remplie de gestes forts. Un aspect plus discret de cette visite, ou qui saute moins aux yeux d’emblée, est le rôle que tient la bonne sainte Anne dans son processus. Le symbole le plus évident de cette volonté d’apaisement entre les communautés est le fait même que le dirigeant de l’Église universelle se déplace en personne pour rencontrer les victimes des divers abus du système des pensionnats. Un symbole
-

Monique A. Papatie, survivante des pensionnats
Petite valise toute neuve à la main, Monique avait cinq ans quand elle est montée dans l’autobus pour le pensionnat autochtone de Saint-Marc-de-Figuery, pas très loin d’Amos. Son oncle lui avait aussi acheté une belle paire de chaussures, des chaussettes, et un gilet. Sa maman lui avait même confectionné, pour l’occasion, une magnifique jupe traditionnelle. Cet automne-là serait différent de tous les autres. Monique, comme tous les enfants de la communauté de Kitcisakik, ne retournerait pas en forêt pour l’hiver. De nomade à sédentaire Âgée de 69 ans, Monique A. Papatie se souvient d’avoir beaucoup pleuré à son arrivée. «Ce qui
-

«Je ne sais pas ce qu’est une famille»: Des survivants des pensionnats témoignent
«Survivants». Le mot est fort. Il est difficile d’imaginer et si douloureux d’entendre les témoignages de ces personnes qui ont vécu des « traumas inimaginables » dans leurs nombreuses années en pensionnats autochtones. Des blessures encore vives qui ont eu des retombées catastrophiques de génération en génération. La terminologie « traumas intergénérationnels » n’est pas anodine. « Vous savez, nous avons vécu des souffrances physiques. Mais les souffrances spirituelles et mentales sont encore plus grandes. Nous voyons notre jeune génération aller dans la drogue et l’alcool à cause de l’effet du trauma ». Ce sont les mots de l’ainé et survivant Rod Alexis, de la Nation sioux
-

Elvis : que vaut la gloire?
Elvis fait partie de mon enfance et de mon adolescence. Jusqu’à ce que je quitte la maison familiale à 23 ans, ses musiques jouaient allègrement dans la chaumière et dans celles de mes cousines et cousins du côté paternel. C’est que mon père et ses frères sont des mordus du King! Je ne suis donc peut-être pas tout à fait neutre, mais le film Elvis de Baz Luhrmann a été pour moi un véritable coup de cœur! Plus encore: il m’a profondément bouleversée! L’œuvre raconte la vie d’Elvis (joué par l’hallucinant Austin Butler!) du point de vue de sa relation difficile avec son
-

Stranger Things : vaincre le monstre intérieur
Enfant, j’adorais l’horreur. Films, livres, décorations. Rien, ou presque, ne me faisait peur. Jamais de cauchemars, jamais d’insomnie, même après un film sanglant. Ma fascination pour l’horreur a débuté après la séparation de mes parents. J’ai laissé tomber les princesses. Finie, la chambre rose. Fini, le papier peint de chevaliers. Je désirais maintenant une chambre peinte toute en noir, avec des squelettes et des poupées pendues. Mon père s’y est opposé, évidemment… Je n’entretenais pas de pensées sombres. Je ne croyais pas non plus aux monstres. C’est même à se demander d’où venait ma fascination pour l’épouvante. Qu’est-ce que j’y
-

Quand le pape demande pardon
Le 1er avril dernier, le pape François a présenté ses excuses aux différentes nations autochtones victimes des pensionnats, «pour le rôle que différents catholiques, notamment avec des responsabilités éducatives, ont joué dans tout ce qui vous a blessés, dans les abus et dans le manque de respect de votre identité, de votre culture et même de vos valeurs spirituelles». Cette demande de pardon a suscité et suscite encore bien des réactions. Comment doit-on l’interpréter? Le Verbe s’est penché sur cette question. Il y a des demandes de pardon qui marquent plus que d’autres. C’est le cas notamment de celles qui proviennent de la
-

Miséricorde et vérité se rencontrent
Les abus sexuels et culturels aussi bien de l’Église que de l’État nous posent collectivement la difficile question de la réconciliation. Faut-il choisir entre justice ou miséricorde? Pardonner serait-il la faiblesse de ceux qui n’ont pas la force de se venger pour rétablir la justice, comme le pensait Nietzsche, ou encore une astuce de criminels pour s’exempter de procès et de peines? Nullement. Le pardon véritable ne peut et ne doit jamais faire l’économie de la justice. Le sacrement du pardon dans la tradition catholique en est un exemple éclairant. Pour qu’il y ait véritable réconciliation, le pénitent doit nécessairement accomplir
-

Arcade Fire: exorciser l’angoisse par la communion
Il y a un véritable réconfort à écouter un groupe qui partage notre sensibilité à la dimension spirituelle de la crise qui caractérise notre époque. WE est le tout dernier album lancé par le groupe montréalais Arcade Fire en mai dernier. Un album nouveau, sans être un album neuf. Et c’est justement ce qui le distingue du reste de l’œuvre. Dans WE, la formation musicale ne semble pas chercher à se réinventer, à innover comme dans les albums précédents. Mais ceci n’est pas une critique musicale. Je suis davantage captivé par la poésie d’Arcade Fire que par sa musique. En fait, «poésie»
-

Cyriac Vachon: Innu, en chemin vers le diaconat
Ciriac Vachon sait depuis longtemps qu’il veut devenir diacre. Si l’accident de son fils l’a encouragé à prendre ce chemin, cet appel lui est d’abord venu des ainés. Actuellement en formation vers le diaconat, il a partagé son histoire avec Le Verbe. Né à Pessamit, une réserve innue à 45 minutes au sud de Baie-Comeau, Cyriac Vachon grandit dans une famille catholique pratiquante. Ancien joueur professionnel de billard, il pense, à l’âge adolescent, en faire une carrière et représenter la Côte-Nord à RDS. Vers l’âge de 17 ans, alors qu’il s’entraine à la table de la salle paroissiale, un frère lui
-

Visites papales: de 1984 à 2022
Dans les prochains jours, le pape François viendra visiter le Canada. Le moment est historique: c’est en l’occurrence seulement la deuxième fois qu’un pape foulera le sol québécois. C’est en 1984, avec le pape Jean-Paul II, que la seule autre visite d’un pontife romain a eu lieu dans notre coin du pays. Mais que reste-t-il de cette visite qui date déjà d’il y a près de quarante ans? En quoi diffère-t-elle de celle que nous connaitrons en juillet 2022? Liesse populaire en 1984… et en 2022? Les articles de journaux du début des années 1980 sont unanimes: la visite de Jean Paul II
-

«Guéris ce que tu juges bon de guérir»
Judith Trudeau voulait des enfants, mais n’en avait pas. Son histoire est un témoignage d’accueil de la grâce dans une situation de vie en apparence stérile. Pleine de vitalité, Judith nous accueille dans sa maison chaleureuse, à Saint-Nicolas. Son mari André, musicien de profession, s’est absenté pour aider un ami à produire un vidéoclip. Chez les Nadeau, le don de soi fait partie de la routine. Dans le salon, il y a des photos de leur fille et de leur garçon. Ils sont au cœur de l’histoire que Judith va me raconter avec des yeux brillants de gratitude. Avant de
-

Visite papale: regards des églises locales
Il l’avait annoncé dès le début de son pontificat. Jorge Mario Bergoglio allait être un pape des périphéries, pour les périphéries. Ayant murement discerné les besoins actuels de l’Église universelle, il allait mettre au centre de ses priorités l’accueil des pauvres et des plus vulnérables. Ses différents voyages apostoliques n’ont pas fait exception à cette règle. En effet, le pape François n’a pas manqué de se rendre dans des zones de haute tension, telles que l’Irak et la République centrafricaine. Dans un tout autre ordre d’idée, le contexte canadien demeure marqué par le besoin de guérison d’une humanité blessée. Aux
-

À corps perdu
«Je ne peux pas sortir ton corps de ma tête», chantait le groupe de rock alternatif Presidents of the United States of America («Body», 1995), non sans arrière-pensées grivoises. Fait marquant, ces musiciens gravement déjantés s’étaient imposé la limite de jouer avec des instruments volontairement amputés: une batterie minimaliste, une guitare à trois cordes et une basse à deux cordes. Quand on dit que la contrainte stimule la créativité! En comparant la three-string guitar de Dave Dederer avec le balai que prend mon fils de deux ans pour imiter la rock star sur la scène improvisée de notre salon, je
-

Roger Twance: Ojibwé, bâtisseur de ponts
Dans son minuscule bureau à l’entrée de la Chapelle Notre-Dame-de-Lourdes, où il officie comme portier, Roger Twance ne passe pas inaperçu: il est d’un physique imposant. Son sourire et sa ferme poignée de main sont pourtant doux et rassurants. Tout comme le saint Frère André, il accueille avec chaleur les habitués et les touristes. Et si d’aventure ils ont du temps devant eux, il leur parle volontiers de la réalité des peuples autochtones et de sa volonté de tisser des liens entre ces derniers et l’Église catholique. «Nous allons faire l’entrevue ici», me lance Roger Twance. Devant mon air surpris,
-

Cardinal Lacroix: «Nous n’avons pas honte de dire que nous avons été complices et coupables»
Alors que le pape François s’apprête à venir au Canada pour rencontrer les peuples autochtones, le cardinal Lacroix — archevêque de Québec et primat du Canada — répond à plusieurs questions difficiles sur les abus dans l’Église et le long chemin de réconciliation que cette dernière doit emprunter. Le Verbe: L’Église catholique est pointée du doigt pour de nombreux abus ces dernières années, au Québec et partout dans le monde. Comment accueillez-vous ces dénonciations et accusations? Cardinal Lacroix: Les dernières décennies nous ont permis de mettre à la lumière du jour des situations de notre passé qui sont très douloureuses.
-

Céline, entre instinct et destin
En juin 1944, Louis-Ferdinand Céline (1894-1961), l’auteur de Voyage au bout de la nuit (1932) qui s’est compromis avec l’occupant nazi durant la guerre et qui est menacé de mort par les épurateurs à la veille de la Libération, décide de fuir en Allemagne avec sa femme Lucette et son chat Bébert. Faute de pouvoir tout emporter avec lui, il laisse dans son appartement parisien quelques précieux manuscrits, qui sont volés peu après son départ. Presque 80 ans plus tard, en aout 2021, les habitants de la planète Littérature ont été stupéfaits d’apprendre, dans Le Monde, que ces manuscrits volés venaient
-

Vaincre le sida à coups de rires et de prières
En 1982, le Canada déclarait ses premiers cas de sida, un syndrome qui fera des dizaines de millions de victimes dans le monde. Se mobilisant pour venir en aide aux malades, souvent abandonnés par leur famille, des communautés religieuses, des prêtres et des laïcs ouvrent des maisons d’hébergement. Aujourd’hui, d’autres consacrés prennent la relève, alors que la science permet aux malades de vivre une vie presque normale. Un des tout premiers acteurs de cette période mouvementée que je rencontre est le père Julien-Claude Bédard. Il est membre de la congrégation des Prêtres du Sacré-Cœur (ou Sacré-Cœur de Jésus, comme ils
-

La localisation du monde
C’était il y a à peine 30 ans. La promesse d’un monde sans frontières accroissant la prospérité et le bonheur de tous battait son plein. Un mot était sur toutes les lèvres: mondialisation. La rapidité avec laquelle cette promesse s’est évanouie est fascinante. Aujourd’hui, le changement de paradigme est clair: place à la localisation! Le gouvernement du Québec a récemment adopté le projet de loi 12 visant à favoriser l’achat local sur les marchés publics. On sait ce qu’en auraient pensé, il y a peu, la plupart des élites politiques et financières: «rétrograde!», «passéiste!», «chauvin!». Les temps ont changé. «Buy American», «Produits
-

Qui ne croit en rien croit en tout
Ce vendredi, j’ai une journée chargée. J’enseigne la logique au Grand séminaire de Montréal le matin et je donne une conférence à l’UQAM en après-midi, dans le cadre d’un colloque de philosophie. J’entre au séminaire à 8h00, un peu avant le cours. C’est calme, il n’y a presque personne. La déco me donne un peu l’impression d’être revenue en arrière dans le temps, surtout le tapis. J’aime bien en un sens. C’est confortable et chaleureux. Je commence mon cours de logique par une citation attribuée à G.K. Chesterton, question de faire discuter un peu les étudiants: «When men stop believing in
-

Finalement, je n’aime toujours pas travailler
Dans un autre billet, j’ai confié qu’adolescente, je n’aimais pas travailler. Et malgré la conclusion de ce dernier texte, je crois encore qu’un adolescent ne devrait pas en un certain sens aimer travailler. Je m’explique: c’est qu’un jeune ne doit pas prioritairement apprendre le travail, mais plutôt le loisir. «Apprendre le loisir? Pas besoin! C’est facile! Tous les jeunes aiment le loisir!», me répondrez-vous. Pas du tout en fait. Mais il convient pour le voir de distinguer loisir et divertissement. Et même, avant cela encore, travail et loisir. Travail et loisir On appelle «travail» aujourd’hui tout ce pour quoi on
-

Quand le Christ réveille les «wokes»
*Dans un monde de plus en plus fragmenté et polarisé, Le Verbe médias s’engage à bâtir des ponts au service de la communion. Apprenez-en plus sur notre ligne éditoriale, qui prône un dialogue ouvert et la diversité d’expression, tout en cherchant l’unité dans la vérité et la charité. Depuis plus d’un an, le mot woke est partout dans les médias, et ce n’est pas pour parler de cuisine. Qu’est-ce que ce mouvement qui suscite les critiques et les passions? Est-il aussi «éveillé» qu’il prétend l’être? Quelle lumière le christianisme peut-il jeter sur cette réalité? À l’origine, le terme woke, qui
-

George Weigel: «L’Église a une dette envers certains de ses critiques les plus amers»
George Weigel est l’un des plus importants commentateurs américains du catholicisme et des affaires de l’Église. Théologien, distinguished senior fellow de l’EPPC (Ethics and Public Policy Center) de Washington, il publiait récemment L’ironie du catholicisme moderne. Il nous fait le bonheur de cet entretien. Le Verbe: Dans ce livre, vous apportez un éclairage nouveau sur un sujet d’une grande importance pour l’Église: sa relation avec la modernité. Quelles étaient vos motivations pour écrire un tel ouvrage à ce moment-ci? Qu’est-ce qui, dans le climat actuel, vous a fait penser qu’une telle réflexion était nécessaire? George Weigel: J’ai écrit ce
