
La pauvreté, mais encore?
Je me souviens, lors de mes études en journalisme, d’avoir consulté mon professeur pour lui soumettre, encore une fois, un sujet sur la pauvreté. Il me répond alors: «La pauvreté, mais encore?»
Dubitatif, je repense à ma lecture de La misère du monde (1993), un ouvrage collectif dirigé par Pierre Bourdieu. L’opus permet de réfléchir à ce sujet à travers de multiples récits concrets, abordés selon différents angles et entrecoupés d’analyses sociologiques.
Des faits d’actualité liés à la pauvreté, on peut dégager du sens.
Veiller
Quand l’équipe du Verbe m’offre de s’y joindre à titre de chroniqueur, je suis d’abord touché. On me laisse choisir les sujets! Certes, je me suis récemment fait connaitre pour mes réflexions et mes analyses sur l’univers des déchets. Pourtant, c’est rapidement cette discussion passée avec un professeur qui s’impose à moi. Cette occasion doit se traduire en responsabilité, celle de parler de la pauvreté, un sujet que je connais aussi assez bien, ayant notamment été intervenant en itinérance.
Je vous propose donc, lecteurs, lectrices, une veille occasionnelle de l’actualité sur la question. Que ce soit en pensant le mal-logement, l’itinérance, les problèmes structurels liés à la pauvreté, les trajectoires de vie des personnes vivant avec peu – nombreux sont les angles à explorer. L’actualité foisonne de ces nouvelles trop souvent reléguées au seuil du fait divers, ce qui fait d’ailleurs partie du problème. Je souhaite ainsi me pencher sur la question et y réfléchir, avec vous.
Accueillir
Aux États-Unis, d’abord. Mike Johnston, le maire de Denver, fait de la lutte à l’itinérance un pilier de sa campagne électorale en 2023. La ville, qui voit les campements s’accroitre, les fait décroitre. Denver a jusqu’alors le même problème qui grandit à Montréal actuellement: l’accessibilité à un logement abordable.
La municipalité cherche fonds, partenaires et experts pour racheter des bâtiments – que le secteur privé aurait autrement accaparés – afin de les démarchandiser. Cette méthode produit notamment des sites d’hébergement temporaire.
Dans le même esprit, l’administration met alors en branle un chantier de minimaisons abordables. Depuis, elle prend des mesures pour favoriser la relocalisation de personnes itinérantes dans des logis permanents. Si le phénomène de l’itinérance continue à Denver, la population sans refuge connait un net recul. Partant d’une pauvreté structurelle, engendrant une fracture sociale, on réussit, à travers un projet commun, à créer une solidarité par la reconnaissance des besoins des plus vulnérables.
Écouter
Plus près de chez nous, cette fois, le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO) démontre, dans son récent rapport sur les couts liés à l’itinérance au Québec, que «le prix des loyers constitue un prédicteur structurel important de l’itinérance. Les programmes de type Logement d’abord, qui fournissent un logement permanent, […] permettent de réduire significativement les couts liés à l’utilisation intensive des services publics. Le logement permanent semble préférable au logement de transition».
Rien à ajouter; ces deux faits d’actualités se répondent. Sans pour autant qu’on les entende.



