
Disclosure Day: Dieu ou les extraterrestres?
Un texte de Jonathan Pageau
Disclosure Day de Steven Spielberg sort en salle le 12 juin. Cette machine de marketing attirera certainement un maximum d’attention au moment où le gouvernement américain rend publics une série de vidéos de phénomènes d’objets volants non identifiés. Geste de propagande désespéré? Spielberg n’en est pas à sa première tentative de remplacer la Révélation qui vient réellement du ciel par des extraterrestres. Que penser de celle-ci?
Depuis quelques années, le nombre croissant de révélations interroge le public. Est-ce que le gouvernement américain dissimule l’existence d’une vie intelligente non humaine? Spielberg a déjà donné sa version de l’histoire dans Rencontres du troisième type (1977) et E.T., l’extra-terrestre (1982), dans lesquels il propose l’idée que les extraterrestres sont gentils, pacifiques et miraculeux. Plusieurs chrétiens ont d’ailleurs sourcillé quand E.T. ressuscite d’entre les morts à la fin du film.
Disclosure Day s’appuie sur le même genre de symbolisme. On retrouve, par exemple, l’œil de la providence partout, même dans leurs publicités promotionnelles. Le papillon, symbole fort que certains associent à l’ésotérisme et même aux illuminati, apparait aussi dans une opposition évidente à la croix dans une scène. Très étrange.
Spielberg est maitre de son art, il n’y a pas de doute. Les protagonistes sont intéressants. Le film est truffé de moments drôles, de surprises et d’émotions. Mais il est rapidement évident que le message prime sur tout le reste. S’il était à l’état embryonnaire dans ses films précédents, il est maintenant criant: les extraterrestres existent et sont nos alliés. Ils sont venus nous montrer que l’empathie est le principe fondamental de l’Univers, mais nous les avons capturés et torturés pour leur voler leur technologie.
Mettre sa foi dans les médias
Et si notre relation aux extraterrestres est centrale, celle que nous entretenons avec les médias l’est tout autant. Tout l’enjeu du film est là: nous devons faire confiance aux médias traditionnels et à Hollywood pour connaitre la vérité.
Le scénario met en scène un homme qui vole des preuves vidéos irréfutables de l’existence des extraterrestres qu’il veut dévoiler. L’organisation secrète qui a contrôlé l’information jusqu’à aujourd’hui cherche à l’en empêcher. Il s’ensuit une série de péripéties et de poursuite jusqu’au moment où l’homme peut finalement relâcher l’information aux nouvelles du soir et la retransmettre sur CNN, ABC, Fox News et autres chaines traditionnelles.
Pourquoi ne relâche-t-il pas les documents en ligne, sur YouTube, WikiLeaks, 4chan ou Reddit? Avec un ordinateur portable et une bonne connexion, l’intrigue est résolue en 10 minutes! Mais l’insistance sur la nécessité des chaines de médias comme véhicule de propagation de la vérité est étonnante et renforce l’impression d’une propagande à l’avant-plan. Puisque le message est ici plus important que l’histoire, le film n’est pas une surprise et un choc comme Rencontres du troisième type, ni une montagne russe d’émotions comme E.T., l’extra-terrestre. Il se déploie comme un exercice compétent, mais plutôt ordinaire.
Piétiner le religieux
Dans les précédents films de Spielberg, le religieux est suggéré et analogique. La symbolique du miracle, de la lumière et de l’ascension est simplement remplacée par les extraterrestres et leurs révélations. Mais cette fois, comme dans une sorte de cri final, la question religieuse est abordée directement via trois femmes. L’une se demande si la révélation extraterrestre va supplanter la religion; l’autre, comprise comme chrétienne, tente de s’agenouiller devant le porte-parole des extraterrestres en faisant le signe de la croix, et la dernière, possédée par un homme utilisant la technologie extraterrestre, arrache son crucifix et agit de façon maléfique contre son gré.
Ces représentations ne sont pourtant pas l’aspect le plus étrange de ce film. La façon dont sont traités les enlèvements extraterrestres est carrément choquante.
Deux enfants, un garçon et une fille, sont kidnappés par les extraterrestres. Sous l’apparence de gentils animaux, ils leurrent les enfants et les conduisent à leur vaisseau. Ils les soumettent à une procédure si traumatisante que leurs victimes la répriment complètement dans leurs mémoires et refusent d’y penser autrement qu’en référant à «la maison d’Hansel et Gretel». Comment oublier ce conte où une sorcière tente de manger des enfants? Ce n’est qu’à l’âge adulte que cet évènement est de nouveau « activé » par les extraterrestres pour leur donner des pouvoirs.
Ils ont désormais la capacité de lire les pensées et de manipuler la perception des gens, pouvant se faire passer pour leurs proches. Ils peuvent également manipuler les perceptions en rendant les gens et les choses invisibles. Ils deviennent enfin les hôtes du message des extraterrestres. Par leur biais, ils veulent révéler aux humains leur existence et la vérité sur l’Univers.
Dans un monde post-Epstein, où la question de l’exploitation des enfants par des réseaux cachés est une obsession culturelle, il est ahurissant de voir un film traiter l’enlèvement d’enfants par des êtres déguisés comme une forme d’initiation nécessaire et finalement positive.
Est-il nécessaire de donner à ce film davantage d’argent ou de publicité? Disons que je l’ai vu pour que vous puissiez vous en passer.


