
Digger: un flop inoubliable
Le film Digger, du réalisateur mexicain Alejandro Iñárritu, creuse sa tombe dans le boxoffice depuis sa sortie le 2 octobre. Il semble pourtant que le dernier film du studio Warner Bros. ne visait pas l’or ni les honneurs. Œuvre intrigante et marquante, les critiques ne sont pas certaines de comprendre ce qu’elles ont vu; et moi non plus.
Tom Cruise joue le rôle de Digger Rockwell, un magnat du pétrole américain responsable d’un cataclysme naturel sans précédent: un morceau du Groenland s’est détaché. Il dérive vers l’Europe et provoque une série d’évènements plus invraisemblables les uns les autres. Au fil des blagues vulgaires servies avec la subtilité d’une taloche en arrière de la tête, le spectateur se demande de plus en plus si le film le prend au sérieux.
Embrouiller dès le début
C’est sans aucune attente que je m’installe dans mon siège au cinéma. En effet, le marketing du film était nébuleux, pour ne pas dire incompréhensible. Une des premières publicités n’est autre qu’une rétrospective de trois longues minutes des œuvres marquantes de Tom Cruise. Les quelques scènes tirées de Digger sont à la toute fin, accompagnées de la chanson Money for Nothing du groupe britannique Dire Straits. Ironique? Le public ne savait toujours rien du film, mais il y a Tom Cruise! Que vouloir de plus?
Ce mauvais marketing voulait-il obscurcir ce que le film est véritablement? C’est effectivement difficile de parler de ce chef-d’œuvre cinématographique inattendu sans trop en révéler. Iñárritu invite le spectateur dans sa réflexion philosophique et le fait entrer dans un questionnement pertinent sur la caricature, le spectacle, la responsabilité et la justice. Digger est un film autoréférentiel, une parodie d’une parodie, qui révèle les mauvais plis de l’humanité et de son attitude envers les grands joueurs de son histoire.
Le célèbre directeur de jeux-vidéos et cinéphile Hideo Kojima dit ceci: «[Digger] est un film que tout le monde devrait aller voir. C’est une œuvre qui reste avec le spectateur, qui provoque la réflexion et sonne des alarmes.» Son commentaire est une note dissonante dans l’accord parfait de la majeure partie des autres critiques qui semblent incapables de passer outre la grossièreté postironique.
Fou du roi
Le tour de force de Digger, c’est d’user de la parodie pour poser au spectateur des questions malaisantes. Que faire du tyran, du supervilain, qui cause la fin du monde? Doit-on le pointer du doigt et danser sur sa tombe, même dans les ruines de notre civilisation? Est-ce qu’un bouc émissaire, si horrible soit-il, peut disculper toute l’humanité? Et finalement, cette humanité passera-t-elle le test ultime de la charité et de l’entraide que représente le cataclysme? Le Rockwell de Cruise est le fou du roi qui tente de faire chavirer nos perspectives.
On pourrait facilement trouver le film d’Iñárritu prétentieux et dur à avaler. Mais, comme toute vérité complexe, il trotte dans la tête et finit tranquillement par se dévoiler. Ne laissez pas la critique vous détourner de cette comédie noire acérée et inoubliable. Laissez-vous plutôt creuser.


