Photo: Eveya Productions, Page Films

Compostelle, une rando comme une autre

Beaucoup connaissent «el camino», qui mène à Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne. Or, les origines religieuses du chemin sont souvent méconnues. Le film Compostelle, en salle aujourd’hui, ne fait malheureusement pas exception et passe sous silence la vraie raison d’être de ce pèlerinage. Bien que touchant et lumineux, il laisse sur sa faim l’auditeur en quête de profondeur spirituelle.

Je ne pensais pas avoir d’attentes avant de regarder Compostelle. Mais, plus les minutes s’écoulent, plus je me rends compte de mon erreur. J’en ai. L’optimiste en moi espérait sans doute que le film s’attarde au moins un peu sur les bienfaits spirituels du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Croyants ou non, les pèlerins font l’expérience de plus grand qu’eux-mêmes, les regards se tournent vers le haut en même temps que vers l’intérieur. Mais pas ici.

Comédie sensible et humaine, le film de Yann Samuell offre plutôt une réflexion sur la solidarité, les secondes chances et la réinsertion des jeunes en difficulté. Pendant deux heures, on suit les chemins de guérison de Fred (Alexandra Lamy), une professeure récemment mise à pied par son institution scolaire, et d’Adam (Julien Le Berre), un adolescent délinquant et impulsif.

Fred et Adam ne se connaissent pas. La première est dans le déni quant à sa relation compliquée avec sa fille et à son mariage, qui bat de l’aile. Le second est profondément blessé par l’abandon de sa mère durant l’enfance: il multiplie les infractions et il est sur le point d’aller en prison. Ensemble, ils parcourent 2000 kilomètres de Puy-en-Velay, en France, à Saint-Jacques-de-Compostelle, en Espagne. Il marche pour son futur; elle l’accompagne pour tourner la page sur son passé.

Au fil des bornes et au gré des querelles, un lien se tisse entre les deux protagonistes. On constate un changement chez Adam, qui s’adoucit, s’ouvre à Fred et abandonne progressivement ses mauvais comportements. On comprend qu’ils vivent individuellement et conjointement un développement intérieur, mais sans trop en connaitre la nature ou le processus.

Le spectateur pensera tout au plus que le silence, la marche et les paysages magnifiques expliquent la transformation du duo. Lorsqu’on connait l’origine de Compostelle et la profondeur de la démarche entreprise sur ce chemin difficile, disons qu’on reste sur notre faim.

  • Photo: Eveya Productions, Page Films

Un beau prétexte

Inspirée de faits réels, la comédie de Yann Samuell rend hommage à l’œuvre de l’association française Seuil, qui offre un programme de réinsertion sociale aux adolescents en difficulté à travers des «marches de rupture». Le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, d’une durée de trois mois, est l’une des options offertes. Accompagnés d’un adulte, les jeunes y reçoivent un suivi éducatif individuel. 

C’est donc dans ce cadre que se déroule le récit: une quête plus identitaire que spirituelle. Nous sommes dans une démarche thérapeutique. Normal, vous me direz, puisqu’il s’agit d’un projet à caractère social et non religieux. Vrai. Il faut applaudir la mission du Seuil et encourager de telles initiatives. Mais est-ce une raison de dénaturer le caractère sacré du chemin de Compostelle? De se réapproprier «el camino» pour en faire ce qui nous arrange personnellement?

Retour à la source

En guise de rappel, Saint Jacques est l’un des douze disciples de Jésus et l’apôtre qui a évangélisé l’Espagne. Ses reliques sont enterrées en Galice. En 950, au Moyen Âge, l’évêque de Puy-en-Velay, monseigneur Godescalc, se rend pour la première fois en pèlerinage à son tombeau. D’autres l’imitent par la suite et, avec le temps, le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle est balisé et devient l’un des pèlerinages les plus populaires au monde.  

Les raisons d’entreprendre cette longue marche sont aujourd’hui aussi diversifiées qu’une quête personnelle, un défi sportif ou un simple voyage. À l’origine, le chemin de Compostelle a toutefois été créé pour aller prier au tombeau de saint Jacques le Majeur. Le réduire à une quête de soi ou à une expérience touristique, c’est perdre de vue son sens premier : un chemin de rédemption et de purification.

Bien qu’il montre une transformation chez les deux personnages principaux, le film Compostelle ne va pas plus loin. Cliché et prévisible, cette version est, en plus, coupée du divin. Or, supprimer le caractère religieux du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, c’est en faire une simple randonnée. Compostelle, c’est un voyage spirituel intérieur où le randonneur donne à Dieu le contrôle de ses pas pour marcher dans son chemin.

Frédérique Bérubé
Frédérique Bérubé

Diplômée au baccalauréat en communication publique et à la maîtrise en journalisme international, Frédérique est passionnée de voyages, de rencontres humaines et, bien sûr, d’écriture. À travers ses reportages, elle souhaite partager des histoires inspirantes et transformantes!