Réveiller sa vie intérieure

La contemplation, tout comme l’art, est une sorte de pont entre l’humain et le divin. Devant la beauté, la grandeur et la puissance de forces qui nous dépassent, notre cœur se dilate et notre esprit s’émerveille. Qui ne s’est jamais arrêté, pensif, devant un paysage semblant appeler notre âme vers l’infini? Si l’observation de la nature favorise ce recueillement, la prière apparait encore davantage comme le moyen privilégié de s’élever vers plus grand que soi. Voici cinq œuvres d’art québécoises qui sont autant de reflets de cette vie intérieure.

Ostensoir

Salomon Marion,
entre 1814 et 1830
Argent et verre, 53 x 22,2 x 13,3 cm
Collection du Musée national des beaux-arts du Québec
Photo : MNBAQ

Que ce soit lors de processions solennelles – comme celles de la Fête-Dieu – ou lors d’un temps d’adoration silencieuse, le Saint-Sacrement (corps du Christ sous l’apparence de l’hostie) est exposé aux fidèles par le moyen d’un ostensoir. Cet objet est habituellement fabriqué en utilisant un métal précieux et richement orné, afin de rendre sensible ce qui est invisible à nos yeux: Dieu réellement présent, sous l’aspect banal d’un morceau de pain. Ainsi, un effort mental est nécessaire de la part du croyant qui contemple intérieurement cette vérité, magnifiée par l’éclat de l’ostensoir.

On appelait jadis cette pièce d’orfèvrerie «soleil», en raison des rayons (ou «gloire») entourant l’espace réservé à l’hostie. Salomon Marion, auteur de cette œuvre en argent, est un orfèvre réputé à Montréal au début du XIXe siècle. En plus des motifs végétaux qui décorent la pièce, l’artiste ajoute une représentation miniature de la Cène en médaillon, sur la base: rappel du moment où Jésus livre son corps pour le salut de l’homme.


Un ruisseau silencieux du Nord

Clarence Gagnon, 1921
Pastel sur papier, 50,8 x 66,5 cm
Collection du Musée national des beaux-arts du Québec
Photo : MNBAQ

Même s’il passe plus de temps en Europe qu’au Québec durant sa carrière, Clarence Gagnon peint toute sa vie les paysages enneigés de sa patrie. Parlant de Paris, il affirme: «Là-bas, je ne peins que du canadien, je ne rêve qu’au Canada.» La région de Charlevoix, et spécialement Baie-Saint-Paul, est celle qu’il préfère. Il habitue ses admirateurs à des tableaux colorés et pittoresques, intégrant souvent des éléments de la vie traditionnelle des anciens habitants.

Dans ce pastel aux tons bleutés et sombres illustrant une scène de dégel au crépuscule, l’artiste nous surprend avec une mélancolie poignante. On comprend que la vie mondaine de Montparnasse n’est visiblement pas ce qui occupe son esprit, et que ses séances de dessin in situ dans la nature charlevoisienne le marquent profondément. Que traduisent cette atmosphère méditative, ces ombres et cet astre déclinant? Que voit le peintre dans cette nature grandiose? Dieu? Le miroir de ses pensées, de sa vie? Le mystère enveloppe cette œuvre, la plus contemplative de Gagnon à bien des égards.


Calvaire de Deschaillons-sur-Saint-Laurent

Attribué à Louis Jobin, 1880
175, route 132
Photo : Gérald Arbour

Contempler le Christ en croix est une façon, pour les catholiques, de revenir aux sources de la foi: la vie éternelle obtenue par le sacrifice de Jésus. Méditer sur les souffrances de Jésus dans sa Passion aide aussi chacun à porter sa propre croix – ses épreuves – avec patience et courage. Les représentations sculptées de la crucifixion, appelées calvaires, sont emblématiques du patrimoine québécois; elles jalonnent nos routes et font partie du décor depuis les débuts de notre histoire.

Érigé en 1880 face au fleuve, le calvaire de Deschaillons-sur-Saint-Laurent est considéré comme l’un des plus beaux spécimens du genre au Québec. L’attribution du corpus (figure du Christ) au célèbre sculpteur Louis Jobin ne fait pas consensus parmi les spécialistes. Protégée par un édicule en bois, l’œuvre s’inscrit dans une tradition locale, puisque à une époque plus ancienne, une croix était érigée à cet emplacement par des navigateurs habitués d’y attendre le retour des vents favorables. Attendre, c’est espérer… et espérer, c’est un peu prier. Aussi bien doter l’endroit d’un signe de foi et d’espérance!


Bienheureuse Dina Bélanger

Marius Dubois, 2008
Basilique Sainte-Anne-de-Beaupré

Religieuse de Jésus-Marie, Dina Bélanger est aussi une pianiste talentueuse dont la carrière musicale débute à peine au moment de son entrée en religion. Elle est de même une mystique: amoureuse du Christ présent dans le Saint-Sacrement, elle entretient une dévotion au cœur de Jésus, symbole de son amour infini. Ses écrits racontent des visions et une union particulière avec le Seigneur.

Quant à Marius Dubois, l’auteur de cette toile, il s’agit certainement de l’un des derniers grands peintres d’œuvres religieuses au Québec. Ce portrait fait partie d’un ensemble de 14 immenses tableaux commandés à l’artiste au début des années 2000 par le sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré afin d’orner sa chapelle de l’Immaculée Conception, qui rend hommage aux saints et aux bienheureux du Canada. L’huile sur toile marouflée (collée sur le mur) est l’une des œuvres les plus impressionnantes de Dubois par ses effets de lumière, sa précision extraordinaire et l’originalité de sa composition. Contemplant l’hostie et le calice rayonnants qui lui apparaissent, la bienheureuse Dina Bélanger semble en extase: elle cesse de jouer de son instrument, sourit et pose la main sur son cœur.

Agathe Chiasson-Leblanc
Agathe Chiasson-Leblanc

Formée en histoire de l’art, Agathe réalise une multitude de travaux sur le patrimoine culturel du Québec. Elle trouve sa joie dans tout ce qui élève l’âme : les arts, les livres, les grandes amitiés, la connaissance de la vie des saints. Mariée, elle est mère de quatre enfants.