Illustration: Marie-Pier LaRose/Le Verbe

Communion: le témoignage maladroit de J.D. Vance

Dans son nouveau livre, le vice-président américain James David Vance passe du coq à l’âne — ou plutôt à l’éléphant —, en dévoilant son témoignage de conversion au catholicisme au public. Il attache toutefois un sermon politique désagréable à la fin d’une histoire pourtant touchante. Une maladresse qui en révèle peut-être davantage sur lui qu’il ne l’aurait souhaité.

Le vice-président des États-Unis, JD Vance, enfant terrible de la politique américaine, a publié la seconde partie de son autobiographie plus tôt cet été. Communion — Finding My Way Back to Faith commence à prendre forme deux ans avant son entrée dans la troisième campagne électorale de Donald Trump. Le livre est en quelque sorte la suite de Hillbilly Elegy, publié en 2016.

Rédemption à l’américaine

Vance réussit à transmettre au public un récit de conversion touchant et inspirant. Il nous fait parcourir l’Appalachia majoritairement protestante de son enfance. Le politicien américain raconte ses débuts modestes dans une famille très dysfonctionnelle. Il voit une foi charismatique bien vivante chez ses voisins et sa grand-mère, auprès de laquelle il grandit, mais ça ne suffit pas à enrayer les crises qui fragilisent sa communauté de Middletown, en Ohio. Il mentionne les graves problèmes de drogues, qui empoisonnent cette région américaine, ainsi que l’alcoolisme ou les divorces. Le jeune JD Vance, dans cet univers sombre, se pose la question: «Si Dieu est bon, pourquoi toute cette souffrance?»

Par la suite, nous vivons avec lui sa progression dans l’armée et son entrée en droit dans la prestigieuse Université de Yale. Vance fait du succès et de la carrière une idole. Ses interrogations existentielles sont occultées par le travail constant, l’acharnement scolaire et les fêtes bien arrosées. Le vice-président rend un portrait bien tangible du jeune fonceur en quête du rêve américain classique.

Il assiste pendant ses études à une conférence de l’investisseur chrétien Peter Thiel, qui le remet en question. S’ensuit une démarche qui changera la vie de Vance: la découverte de la foi par la raison. Par l’intermédiaire de saint Augustin, de saint Thomas d’Aquin et de quelques expériences avec des amis catholiques, il arrive à la conclusion que toutes ses souffrances sont un chemin vers Dieu.

Cette approche intellectuelle de la foi semble d’ailleurs gagner en popularité depuis l’arrivée de penseurs chrétiens, comme Jordan Peterson, Jonathan Pageau ou l’évêque américain Robert Barron. Peut-être verrons-nous désormais plus de figures chrétiennes dans la politique de haut niveau?

Un homme racheté

Lorsque Vance devient père, il se surprend à prier pour la première fois depuis longtemps. L’arrivée de son enfant le confronte au poids de la paternité et à la responsabilité qui l’incombe. Il fait preuve d’une belle humilité dans le passage où il se demande comment bien élever son fils quand lui-même n’a pas eu de figure paternelle forte. C’est ainsi qu’il laisse de plus en plus de place à l’action de Dieu dans sa vie.

Lorsque lui et sa femme Usha se retrouvent dans une cathédrale pendant un voyage en France, toutes ses réticences face au catholicisme refont surface. Ce n’est toutefois pas assez pour l’empêcher d’y ressentir une forte appartenance. Dans le silence et la sérénité du lieu, il comprend que la souffrance et le mal n’empêchent pas l’homme, une fois réconcilié avec le Christ, d’être capable de beauté et de bonté. JD Vance décide à ce moment de se faire baptiser dans l’Église catholique.

Le livre nous fait aussi réfléchir sur nos propres blessures. Dans Hillbilly Elegy, son récit précédent, il dévoile l’histoire de sa famille dysfonctionnelle et des abus de sa mère. Communion se reçoit comme le cri victorieux d’un homme qui réussit à briser un cycle, à se défaire de son passé trouble par le moyen du baptême et du sacrement du pardon. Par un renversement de situation admirable, Vance fait un beau témoignage de la capacité rédemptrice du Christ.  

Une fin rapiécée

Les derniers chapitres laissent malheureusement à désirer. Il y a une brusque cassure entre le récit chaleureux et intime d’un homme qui surmonte son passé et le discours politique qui termine l’œuvre. Après sa conversion et son baptême, Vance entre au Sénat et, rapidement, sa narration se transforme en un essai sur l’économie américaine et l’immigration.

Il continue sa critique de la culture du business en célébrant l’encyclique Rerum novarum (1891) du pape Léon XIII, tout en admettant à plusieurs reprises qu’il doit son succès au capital de risque, autour de Silicon Valley et de Peter Thiel, magnat technocapitaliste américain. Ces entités ne sont pourtant pas reconnues pour leurs pratiques éthiques envers la personne humaine. Il semble donc que Vance veut s’inspirer de la fameuse encyclique sans trop en appliquer les enseignements.

De pauvre à riche, d’anti-Trump à son vice-président, d’athée à catholique, JD Vance laisse transparaître dans son nouveau livre une certaine tendance. Il cherche l’option sécuritaire, celle qui rapportera le plus de retour sur investissement. Si la première partie de Communion montre son humanité, la seconde moitié révèle plutôt son opportunisme. Un témoignage de conversion inspirant qui se termine malheureusement sur une note un peu discordante.

William Roy-Pelletier
William Roy-Pelletier

Musicien passionné, adepte de métal et de chant grégorien, William est formé en charpenterie-menuiserie. Autodidacte assumé, il met aujourd’hui sa curiosité et son amour des mots au service du journalisme chrétien.