
Une expo rurex toute en couleurs
Le très pittoresque village de Deschambault, dans Portneuf, est l’hôte cet été d’une exposition tout en couleurs. Les murs du Vieux Presbytère s’effacent pour l’occasion derrière d’autres murs: ceux des maisons abandonnées du poète et photographe Jean-Yves Fréchette. Pendant huit ans, il a parcouru l’ouest de Portneuf pour fixer sur pellicule ces derniers témoins de notre histoire rurale.
Alors que ses anciens projets d’art étaient de grande envergure, presque démesurés, Jean-Yves Fréchette pénètre ici dans l’intimité des familles qui ont habité des maisons abandonnées. Il laisse les lieux raconter leur propre histoire.
Un drapeau rouge crie à l’aide
Les maisons qui, selon le photographe, l’«accueillent» chez elles révèlent une beauté insoupçonnée sous l’aspect défraichi de l’extérieur. Le photographe dit avoir ainsi dépassé ses «préjugés de façade» pour découvrir une esthétique décorative cachée derrière des portes et des fenêtres qui ne laissent rien présager. «Ce qui m’a frappé, c’est le contraste entre la grisaille de l’extérieur et, dans les maisons, de petits moments de beauté axés sur la couleur.»
La jaunisse de Jésus
Les yeux vers le vert
Dans presque toutes les maisons, il y a des images ou des objets religieux qui témoignent d’un passé pas si lointain, un patrimoine qu’il faut garder vivant. «Les objets de culte sont omniprésents. C’est cette espèce de fusion entre des symboles collectifs du Québec des années 1950 et ce désir de laisser une trace par la couleur, que je trouve belle. C’est une véritable démarche artistique qui n’était pas encore nommée.»
Tempère ton verre
Le «rurex» que pratique Jean-Yves Fréchette se fait avec une éthique propre à ce mouvement. «Je suis un intrus respectueux, jamais je ne déplace les objets. Je ne touche à rien. Moi, je suis là par un souci de contemplation.»
La vierge à la hache
Cette photo est un bel exemple de toute la force symbolique du décor intérieur de ces maisons abandonnées. Ici, le portrait de la Sainte Vierge se retrouve laissé derrière des instruments de labeur. Le sacré côtoie le quotidien des cultivateurs, dans une sorte de mise en scène involontaire.
Les vieux murs du presbytère sont tout désignés pour accueillir ces photos, qui nous plongent dans une atmosphère empreinte de mystère d’où surgissent des éléments inattendus. Le passé s’y dévoile discrètement par la beauté de ses couleurs.
L’exposition Les couleurs de l’abandon est présentée jusqu’au 4 octobre au Vieux Presbytère de Deschambault.
Photos: Avec l'aimable autorisation de Jean-Yves Fréchette






