Marie Laliberté/Le Verbe médias

Récit de migration à l'italienne

Au milieu du siècle dernier, de 20 000 à 30 000 Italiens arrivent chaque année au Canada. Montréal fait partie des villes canadiennes qui accueillent en grand nombre ces immigrants à la recherche de meilleures conditions de vie. Lodovico Forlini et Maria Venettacci, tous deux originaires de Collelongo, une petite commune des Abruzzes, en Italie, arrivent à la fin des années cinquante. D’abord parti pour l’Australie, Lodovico rejoint Maria à Montréal pour l’épouser. Deux enfants et soixante-cinq ans de mariage plus tard, ils vivent toujours à Saint-Léonard, le quartier où prospère leur communauté. Un parcours singulier qui encapsule l’expérience de tant d’autres qui ont pris la décision d’émigrer à cette époque.

Maria:

Nos parents, ils sont restés en Italie. La vie après la guerre, c’était pas facile. Nous, on n'avait pas de misère à se nourrir, mais on n'avait pas d'argent.

Il n'y avait pas d'ouvrage pour aller travailler ailleurs, pour avoir une paie. On travaillait dans le champ. On avait une terre à cultiver.

Moi, quand je suis partie, j'étais seule. J’ai pris le bateau à Naples et puis j'ai débarqué à Halifax. Après ça, j'ai pris le train pour venir à Montréal, toute seule. J'avais 19 ans.

Dans le temps, je ne pensais pas à avoir peur. J'étais décidée à émigrer et c'est tout.

J'ai beaucoup pleuré après. Je ne connaissais pas la langue, puis j'ai commencé à travailler 15 jours après être arrivée ici.


Lodovico:

Moi, j'ai fait tout homemade, comme on dit en anglais. Je fais de la saucisse, de la viande, du prosciutto.

À 91 ans, elle fait encore les pâtes à la main… Elle fait des fettuccines, des gnocchis, des raviolis… Elle fait tout!

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Maria:

On ne parlait pas français, on ne parlait pas anglais. J'ai travaillé avec les Juifs pendant dix ans. On ne savait pas se parler, mais on se comprenait.

Notre culture, la culture italienne, on ne l’a pas perdue.

On ne voulait pas perdre notre langue. Même les petits-enfants, ils parlent italien.

Je n’ai jamais mangé de hotdog. Je ne sais pas pourquoi je n’y ai jamais gouté.


Lodovico:

Moi, je ne mange même pas de ketchup. Je mange des tomates, mais je ne mange pas de ketchup.

À 22 ans, j'ai fait une appendicite. J'étais dans les montagnes à travailler. À un moment donné, quand les boss m'ont vu, ils m'ont pris et ils m'ont emmené à l'hôpital. Quand je me suis réveillé le matin, après l’anesthésie, il y avait une fille qui m’essuyait le front.

Elle m’a dit qu’hier soir, les docteurs me donnaient juste une heure à vivre. C’est pour te dire que le bon Dieu, il m’a sauvé.


Maria:

Le bon Dieu nous a donné le courage d'affronter tous – come se dice? – les obstacles. On n'a jamais été découragés. On a toujours essayé d’aller de l’avant, parce qu'on avait la foi. Le bon Dieu, il nous a vraiment aidés.

Mais les jeunes d'aujourd'hui, ils ne pensent pas à ça. En vieillissant, ils vont comprendre qu’il existe, le bon Dieu.

Je ne regrette rien.

On a une belle famille, on a la paix dans la famille.

Je ne peux pas me plaindre. Je suis fière. On a travaillé fort, mais on a réussi à avoir une belle famille, à leur donner une éducation, à les envoyer à l'école. On est fiers de nous autres.

Le bon Dieu, il nous a vraiment aidés.

Marie Laliberté
Marie Laliberté

De Repentigny-La-Pittoresque, Marie Laliberté détient deux DEC, un en arts et lettres et un en photographie. Elle adore documenter des histoires en photos.