Photo: Marie Laliberté/Le Verbe

Qui s’occupe de nos vieilles pierres tombales?

Pendant une visite au cimetière Notre-Dame-de-Belmont où un proche est enterré, une pierre tombale datant de la Seconde Guerre mondiale attire mon attention. Pourquoi est-elle encore debout et en bon état alors que d’autres sont en train de s’effondrer? À qui revient la responsabilité d’entretenir les monuments funéraires lorsque les proches ne s’en occupent plus ou ont à leur tour disparu? Tour d’horizon en trois questions.  

Les pierres tombales qui s’effondrent sont-elles abandonnées?

Certains cimetières ont des sections appelées «fosses temporaires dix ans». On y retrouve de très vieilles tombes datant de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle. «Leurs fondations sont faites de pierre poreuse peu solide et leurs concessionnaires ont payé des droits d’inhumation pour dix ans», explique François Chapdelaine, directeur général de la Compagnie Saint-Charles, dont fait partie le cimetière Notre-Dame-de-Belmont que j’ai visité.

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Ces maigres avances financières sont écoulées depuis longtemps et personne n’a repris la charge de l’entretien. «Il y a malheureusement plusieurs monuments orphelins abimés et renversés qui vont continuer de se détériorer si personne n’en prend la responsabilité», se désole François Chapdelaine. Dans ces cas-là, la Compagnie Saint-Charles, qui ne réserve pas de fonds pour les restaurer, sécurise les monuments abandonnés dangereusement inclinés en les couchant au sol.

Même son de cloche du côté du cimetière de l’Hôpital général de Québec (1721), où plusieurs monuments funéraires datant de la guerre de Sept Ans et de la bataille des plaines d’Abraham montrent des signes de dégradation. Bien que le cimetière soit classé au patrimoine du Canada depuis 1977, les fonds alloués à sa restauration sont insuffisants, juge la directrice des immeubles et ressources matérielles pour la Fédération des monastères des Augustines, Mélanie Tremblay.

«Autrefois, et encore aujourd’hui, les chrétiens veillaient à ce que la mémoire des défunts soit commémorée, on nettoyait la tombe et on y déposait des fleurs, dit-il. Pourquoi? Parce que le monument continue de raconter l’histoire du défunt qui a bel et bien existé et qui repose là dorénavant. Même une fois partis, on doit continuer de prendre soin d’eux.» - François Chapdelaine

Qui paie pour l’entretien des vieilles tombes?

Pendant plus de 300 ans, les Augustines ont entretenu à leurs frais le terrain du cimetière de l’Hôpital général situé sur les terres de l’hôpital dont elles s’occupent. «Dans les faits, ce n’était pas à elles que revenait cette responsabilité, elles ne connaissaient pas les gens qui y sont enterrés», avance Mélanie Tremblay.

Les Augustines ont fait les démarches pour obtenir une subvention gouvernementale afin de restaurer les monuments les plus brisés. «Elles ont fait ce qu’elles ont pu avec l’humble montant qu’elles ont reçu, déclare Mélanie Tremblay. «C’est désolant qu’il n’y ait pas plus d’argent alloué annuellement aux sites historiques pancanadiens», déplore-t-elle.

En 2001, les Augustines mandatent la Commission de la capitale nationale du Québec (CCNQ) d’aménager le cimetière et de le conserver pour les générations à venir. «Notre rôle est de protéger les arbres, de tondre la pelouse, de ramasser les feuilles et d’entretenir le mémorial de la guerre de Sept Ans et le mausolée de Montcalm», affirme le président-directeur général de la CCNQ, André Roy.

«Pour ce qui est de rénover les pierres tombales datant de 400 ans, je ne suis pas certain que c’est dans notre mandat», reconnait-il avant de mentionner qu’aucune n’a été restaurée depuis 2001. Malgré la généreuse subvention annuelle que reçoit la CCNQ, elle n’est pas suffisante pour préserver tous les sites patrimoniaux de la ville. La commission doit «faire des choix».

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Autrefois propriété du diocèse anglican de Québec, le cimetière Saint-Matthew (1772) est à la charge de la Ville de Québec depuis 1979, soit un an après avoir été classé bien patrimonial. Selon le directeur des relations publiques, François Moisan, la Ville de Québec entretient aujourd’hui le lieu de manière sporadique.

«Depuis 1983, des travaux de restauration du cimetière ont été réalisés et plusieurs monuments funéraires ont fait l’objet de travaux de restauration par le Centre de conservation du Québec», partage-t-il. Selon lui, les derniers travaux remontent à 2024. Et je constate moi-même pendant ma visite la bonne santé du cimetière malgré son vieil âge.  

François Chapdelaine avance, quant à lui, que la majorité des pierres tombales centenaires du cimetière Notre-Dame-de-Belmont sont encore en bon état, puisque «supportées financièrement par les familles endeuillées qui ont payé des frais d’entretien pour 99 ans». Selon lui, il arrive également que de généreux donateurs paient pour que les fondations de trois ou quatre monuments dans les fosses temporaires soient reconstruites.

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Lorsqu’il s’agit d’une section où reposent d’anciens militaires, la responsabilité revient au fédéral, qui réserve des fonds pour l’entretien de ces monuments. Des fondations telles que la Commonwealth War Graves Foundation ont pour mission d’entretenir les tombes d’anciens combattants. «Lorsqu’on trouve une stèle militaire renversée, on communique avec eux pour qu’ils viennent la redresser», témoigne François Chapdelaine.

Avons-nous une responsabilité envers les défunts d’entretenir leur pierre tombale?

François Chapdelaine pense que oui. Selon lui, nous avons un devoir de mémoire envers les défunts. La dignité des lieux de sépulture qui les accueillent en fait partie. «Autrefois, et encore aujourd’hui, les chrétiens veillaient à ce que la mémoire des défunts soit commémorée, on nettoyait la tombe et on y déposait des fleurs, dit-il. Pourquoi? Parce que le monument continue de raconter l’histoire du défunt qui a bel et bien existé et qui repose là dorénavant. Même une fois partis, on doit continuer de prendre soin d’eux», pense le directeur de la Compagnie Saint-Charles.

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François Moisan pense aussi que le cimetière Saint-Matthew est un lieu de mémoire des personnes qui y sont inhumées. Il témoigne qu’«il est important de préserver ce cimetière qui rappelle la présence anglophone et sa contribution dans l’histoire de Québec».

Pour André Roy, préserver les vieux cimetières est également important. «Je pense qu’on doit faire au moins le minimum et garder le lieu propre. Le cimetière de l’Hôpital général fait partie de notre patrimoine et de l’histoire de Québec, c’est notre rôle de mettre en valeur de tels lieux dans la capitale», partage-t-il.

Si l’entretien des vieilles pierres tombales est essentiel aux yeux des responsables interviewés, les fonds alloués pour leur préservation semblent toutefois insuffisants. L’état de certaines pierres tombales ne reflète malheureusement pas l’importance qu’on accorde à ces cimetières pourtant classés patrimoniaux.

Frédérique Bérubé
Frédérique Bérubé

Diplômée au baccalauréat en communication publique et à la maîtrise en journalisme international, Frédérique est passionnée de voyages, de rencontres humaines et, bien sûr, d’écriture. À travers ses reportages, elle souhaite partager des histoires inspirantes et transformantes!