
Quand la réalité pulvérise l'idée: les ados
Les ados ont une fonction. Il ne faut pas leur dire trop fort, mais leur insolence sert un dessein plus grand qu’eux: faire éclater le projet que leurs parents ont eu l’outrecuidance de concevoir à leur égard avant même le jour de leur naissance. Ils sont l’incarnation de la réalité qui pulvérise l’idée.
Suis-je bête! J’ai pensé qu’ils resteraient obéissants, qu’ils deviendraient médecins, qu’ils seraient capables de parler en ouvrant un peu la bouche. J’avais tout misé là-dessus.
D’une manière un peu paradoxale, ils «battent les odds», comme ils disent. Ils déjouent les attentes qui leur pendent au-dessus de la tête en décevant leurs parents. Et c’est souvent beaucoup mieux ainsi.
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«L’avenir d’une personne n’est pas prévisible», écrit le pape Léon XIV dans Magnifica humanitas, «mais dépend de sa liberté portée par la grâce divine inépuisable, et des liens qu’elle cultive.»
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Au début de juin, l’équipe de flag-football scolaire de notre fils É., seize ans, participe au championnat de fin d’année. À juste titre, ce sport explose en popularité ces temps-ci. Ça réunit tous les aspects spectaculaires et stratégiques du football américain, tout en préservant les jeunes cervelles des commotions – et du machisme caricatural. Qui dit mieux?
Quoi qu’il en soit, remporter un tournoi régional de quatrième division, ce n’est pas exactement la même chose qu’un Super Bowl. Mais ici, le processus ayant mené au résultat nous intéresse au moins autant que le sacre des champions.
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Au début de juin, l’équipe de flag-football scolaire de notre fils É., seize ans, participe au championnat de fin d’année. À juste titre, ce sport explose en popularité ces temps-ci. Ça réunit tous les aspects spectaculaires et stratégiques du football américain, tout en préservant les jeunes cervelles des commotions – et du machisme caricatural. Qui dit mieux?
Quoi qu’il en soit, remporter un tournoi régional de quatrième division, ce n’est pas exactement la même chose qu’un Super Bowl. Mais ici, le processus ayant mené au résultat nous intéresse au moins autant que le sacre des champions.
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Ce dont les autres clubs de la ligue ne peuvent pas se douter en voyant débarquer cette douzaine de Beauportois néophytes sur leurs pelouses, c’est qu’il y a au cœur de cette équipe une bande d’amis d’enfance qui a déjà répété ensemble ces gestes – courir, lancer, attraper – des milliers de fois.
À partir du jour où leurs petites mains ont su tenir un ballon, mon fils et ses potes ont commencé à faire des tracés au sol sur les gazons du voisinage, des feintes de remise, des passes Hail Mary et des jeux renversés. Et le plus souvent, É. revenait du parc le visage égratigné, de la boue dans les cheveux, triste que ça se soit encore terminé en foire d’empoigne. Les tensions entre amis éternels ont viré, une fois de plus, en échanges d’insultes et de poings sur la gueule.
Sur papier, l’avantage va à l’adversaire. Puisqu’il n’y a jamais eu d’équipe de flag-football à l’école, la troupe n’est composée que de recrues – dont deux receveurs qui ne sont qu’en 1re et 2e secondaire. Ces chicots affrontent des géants avec un pinch mou qui auront surement le droit de vote aux prochaines élections.
Dans la réalité, c’est plus complexe. Notre équipe ressemble à un mélange de Cendrillon, Le Big Green et Petit champ. Par les liens cultivés dans la durée, à travers les engueulades et les réconciliations, ces ados ont fait les ados.
Cette fois-ci, leurs parents étaient très fiers qu’ils n’aient pas fait simplement ce qu’on attendait d’eux. Ils ont pété les odds… et ont gagné la médaille d’or.
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«La civilisation de l’amour ne nait pas d’un geste unique et spectaculaire, dit encore le pape Léon XIV, mais d’une somme de petites et tenaces fidélités faisant barrage à la déshumanisation.»


