
Peut-on savoir d'où vient l'univers?
Si l’univers a été créé par un être doté de volonté et d’intelligence, on pourrait s’attendre à y trouver la signature de celui-ci, non? C’est ce que pensent de plus en plus de scientifiques, comme le Dr Nicholas Newman, chirurgien orthopédiste et professeur agrégé à l’Université de Montréal. Passionné des questions que pose la complexité de la nature, il demande ce qu’ont en commun les constantes fondamentales de l’univers, la première cellule et la conscience.
Nicholas Newman dit avoir toujours vu une complémentarité entre la foi et la science. Alors que certains scientifiques réduisent l’humain à un jeu de mécanismes biologiques sophistiqués, il considère que cette complexité peut aussi ouvrir à plus grand. Pourquoi rejeter d’emblée l’hypothèse d’un créateur? S’il est courant aujourd’hui de penser que science et religion s’opposent, le professeur rappelle que la foi a inspiré de nombreux scientifiques dans leur démarche, et que, si Dieu se révèle par la beauté de sa création, il le fait aussi à travers sa surprenante complexité.
Selon lui, ce n’est pas sans raison que la science moderne a commencé dans le monde chrétien. Dès le départ, les croyants avaient «l’hypothèse que Dieu est bon et qu’il est rationnel, donc que sa création l’est aussi», soutient le Dr Newman. Il réfère notamment à certains scientifiques croyants qui ont marqué l’histoire de la science moderne, née en Occident. On pense à ses précurseurs Copernic ou Kepler, qui pavent la voie, à Isaac Newton ou à Euler, Ampère, Planck, Mendel et Lemaitre, pour ne nommer que ceux-là.
Contrairement aux créationnistes, qui lisent le récit biblique de la Genèse au sens littéral, le Dr Newman voit plutôt dans ce récit un livre symbolique qui énonce des vérités métaphysiques. «Le but de la Genèse n’est pas de parler de science. Il n’y avait pas de science dans ce temps-là.» Si l’apôtre Pierre écrit qu’un jour pour Dieu est comme mille ans pour l’homme (2 Pierre 3:8), on peut induire que l’évolution de la vie sur terre suit une ligne du temps différente de celle de l’acte créateur de Dieu, qui, lui, est hors du temps.
«Lorsqu’on étudie la science de près, on voit qu’il n’y a pas de contradiction du tout», dit le Dr Newman. Il fait ainsi écho à la célèbre phrase «Un peu de science éloigne de Dieu, mais beaucoup y ramène», attribuée à Louis Pasteur.
Au commencement, l’Intelligence
La vie dans l’univers est-elle le fruit du hasard? Les tenants du principe anthropique, dont le Dr Newman se réclame, croient que non. Selon eux, les vingt constantes indépendantes derrière toutes les lois de la physique sont finement réglées afin de permettre l’apparition de la vie intelligente dans l’univers. «S’il y avait un changement de 1% de ces valeurs, nous ne serions pas ici pour en parler», soutient le docteur.
Prenons l’exemple de la constante cosmologique. Pour que la vie telle que nous la connaissons existe, plusieurs conditions doivent être remplies. L’univers doit d’abord permettre la formation d’étoiles, qui sont les pouponnières des éléments à la base des molécules organiques. Cette évolution nécessite également que l’univers n’implose pas sur lui-même dès le commencement ou que son expansion ne soit pas trop rapide, sans quoi l’échelle de la complexité ne pourrait se déployer.
Par un concours de circonstances favorables, l’univers rend possible l’apparition d’une planète comme la nôtre. Mais encore faut-il réunir bien d’autres conditions sur la terre pour que naissent les premières cellules, il y a environ quatre milliards d’années. Aux yeux de la science, l’origine de la vie demeure toujours un mystère.
Que des molécules simples s’assemblent pour former des structures plus complexes pose des questions. Que ce soit par la conservation de l’information dans les parois cellulaires, la reproduction de la cellule assurée par la réplication de l’ADN structuré comme un langage ou l’énergie produite par les ribosomes pour synthétiser les acides aminés: la cellule opère de façon coordonnée et unifiée, à partir d’éléments individués. «Tout ça, c’est très mystérieux et ça soulève l’hypothèse raisonnable d’un créateur», pense le chercheur.
«Je me regarde moi-même, mais avec quoi je me regarde? Où est le moi dans le cerveau?»
Mystérieuse irréductibilité
«Chaque découverte scientifique ouvre à d’autres questions. On voit ça dans l’étude du corps humain, dans les mathématiques, dans l’étude du cerveau», constate le chirurgien. Il perçoit dans les avancées de ces disciplines le reflet d’un être infini.
Le Dr Newman s’appuie également sur le théorème d’incomplétude du logicien et mathématicien Kurt Gödel. Ce théorème démontre que, dans tout système formel, il y a toujours un nombre de vérités indémontrables qui dépassent ce système. «Aucune théorie
ne peut démontrer sa propre cohérence. La science, incluant les mathématiques, a prouvé qu’on ne peut pas tout connaitre», affirme-t-il dans sa conférence au séminaire de Montréal.
Autrement dit, la vérité est transcendante parce qu’elle ne peut pas être encapsulée complètement par aucune théorie.
Une autre forme de transcendance existe aussi en nous: la conscience qui se regarde en train de regarder, réflexivité qui se décline à l’infini, qui échappe à elle-même. «Je me regarde moi-même, mais avec quoi je me regarde? Où est le moi dans le cerveau? On ne le sait pas. Suis-je des neurones qui regardent d’autres neurones? Mais les neurones ne voient rien, elles reçoivent des signaux de l’extérieur. Je cherche un sens à ma vie, je cherche Dieu, mes neurones s’activent pour répondre à cette question, mais il n’y a pas de personne dans l’activité neuronale, dans mes cinq sens, dans mes synapses.»
Selon le chirurgien, la croyance qu’il n’existe que la matière réduit la liberté humaine à un enchainement de causes et d’effets. Or, comment expliquer l’acte d’un bienheureux comme Franz Jägerstätter, qui préfère perdre sa vie plutôt que d’appuyer le régime nazi, demande le Dr Newman? Il n’y a pas d’avantage génétique et sociobiologique à mourir et à quitter sa famille pour choisir ce que la conscience juge être vraie. Selon lui, la liberté doit relever du spirituel.
«La conscience n’est pas reliée seulement à l’activité de ses molécules, mais à autre chose. On doit soulever l’hypothèse que la conscience, c’est peut-être notre façon de communiquer avec Dieu», croit le chercheur.
Entrevue menée avec le Dr Newman à la suite de sa conférence Et si la science révélait Dieu?, prononcée au Grand Séminaire de Montréal.



