
Les saints aussi ont des mères
Neuf mois à le porter. Espérer pour lui la vie la meilleure. Craindre de le perdre. Ne pas se croire à la hauteur. Découvrir que les douleurs de l’enfantement durent toute la vie et qu’on ne cesse jamais de porter son enfant. Une maman met au monde la chair de sa chair. Mais aussi une âme dont la destinée relève du mystère. Portraits de mères dont les sacrifices silencieux ont donné des saints au monde.
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Frère André,
le thaumaturge de Montréal
Le faiseur de miracles de l’oratoire Saint-Joseph en est lui-même un. Le huitième enfant d’une fratrie de 13, dont quatre sont morts en bas âge, nait en 1845. Alfred est si frêle qu’on doute de sa survie. Sa mère est aux petits soins pour lui. Elle lui donne des friandises et le prend à ses côtés lors du chapelet récité en famille. Au fond de la campagne, cette femme sans éducation lui transmet pourtant l’essentiel : les noms de Marie, de Jésus et de Joseph.
Dans la précarité, elle se montre douce et vertueuse. Alors qu’elle perd son mari, écrasé par un arbre qu’il abat, elle continue de subvenir aux besoins de sa famille nombreuse. Elle succombe à la tuberculose, deux ans plus tard, alors qu’Alfred n’a que 12 ans. Déchirée de laisser ses petits orphelins, elle les confie au Ciel en leur promettant de veiller sur eux. Son sourire est ce qui marque le plus profondément la mémoire du frère André.
Le fruit ne tombe jamais loin de l’arbre. Dès son jeune âge, Anjezë (mère Teresa) fréquente l’école de la charité grâce à l’exemple de sa mère, Drana. Dans sa famille albanaise issue de la bourgeoisie marchande, l’aide aux pauvres est une part importante de l’éducation.
On rapporte que Drana, parfois accompagnée par Anjezë, rend régulièrement visite à une vieille dame pour l’aider à nettoyer sa maison ou soigne et nourrit une femme alcoolique. Elle invite ses enfants à faire le bien «comme on jette une pierre à la mer», sans s’en glorifier ou attendre quelque chose en retour. Ses actions généreuses n’ont d’égal que sa piété. En plus d’emmener ses enfants à la messe presque tous les matins, elle récite le chapelet quotidien.
«L’amour nait et vit dans le foyer. L’absence de cet amour dans les familles crée la souffrance et le malheur du monde aujourd’hui», observe mère Teresa. Une affirmation qui en dit long sur le legs de Drana.
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Mère Teresa,
l’apôtre de la charité
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Carlo Acutis,
le geek de Dieu
La maman du jeune saint passionné de l’eucharistie et de l’informatique n’était catholique que de nom. Née à Rome, issue d’une famille d’artistes et d’écrivains, elle reçoit les sacrements pour la forme. Elle ne transmet donc pas la foi à son fils: c’est plutôt une gardienne polonaise qui parle de Dieu au petit Carlo. La force de l’intérêt qu’il développe ensuite pour la foi étonne la maman. Il lui demande d’entrer dans les églises qu’il croise et veut offrir des fleurs à la Vierge Marie. Elle ne comprend pas d’où lui vient cet intérêt. Après sa première communion, à 7 ans, Carlo ne rate pas une messe. Sa mère l’y accompagne. Il lui pose beaucoup de questions, mais elle ne sait pas quoi répondre.
Le décès subit de son père bouleverse Antonia. Devant son désarroi existentiel, une amie lui conseille d’aller voir un prêtre, surnommé le Padre Pio de Bologne. Il voit le cœur de cette femme, lui nomme ses péchés et lui parle de la mission importante de son fils pour l’Église. Peu à peu, elle commence à son tour un cheminement de foi et entame même des cours de théologie.
Depuis la mort de Carlo, elle reçoit tous les jours des témoignages de grâces reçues par l’intercession de son fils. Antonia perçoit bien la sainteté de son fils, dont la grandeur la dépasse. Elle œuvre aujourd’hui à le faire connaitre, comme une nouvelle mise au monde.
Jean Bosco nait en 1815 dans une Italie ravagée par les guerres napoléoniennes. Les premières années de sa vie sont marquées par la disette, car sa mère, Marguerite, devient veuve brutalement en 1817. La pauvre paysanne doit élever trois enfants et veiller aux soins d’une grand-mère infirme. Elle retrousse ses manches et exploite son lopin de terre avec l’ainé, Antoine.
Quand elle apprend le désir d’être prêtre de son petit dernier, Marguerite l’encourage immédiatement. Les commérages sous-entendent qu’un fils prêtre ne sera pas un bon soutien pour une pauvre dame dans sa vieillesse, mais elle ne craint pas pour son avenir. Elle enjoint même à son fils de toujours choisir la pauvreté et de ne pas s’embourgeoiser. Aussitôt ordonné prêtre, il est ému par la misère matérielle et spirituelle des jeunes de son temps. L’écho des paroles de sa mère résonne profondément en lui, au point qu’il la sollicite pour l’aider à accueillir des jeunes délinquants et illettrés dans un refuge, à Turin. Celle qu’on surnomme «Maman Marguerite» devient couturière, cuisinière, catéchiste et éducatrice. Elle s’éteint dix ans plus tard, à 58 ans, sa vie donnée jusqu’au bout. L’Église, à ce titre, la reconnait comme vénérable.
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Jean Bosco,
l’éducateur des jeunes défavorisés
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Saint Augustin,
père de l’Église
Sainte Monique, patronne des mères chrétiennes, est un modèle de persévérance. À Thagaste, dans l’Empire romain de l’Afrique du Nord, elle reçoit une éducation chrétienne. Enracinée dans la foi, elle saura affronter les épreuves qui l’attendent. Dans Les Confessions, saint Augustin en fait l’éloge: «[…] après m’avoir porté dans son sein, pour me communiquer la vie temporelle, elle m’avait porté dans son cœur, pour me procurer la vie éternelle» (VII, IX, 33).
Dans cette célèbre autobiographie, dans laquelle Augustin s’adresse à Dieu, il raconte sa vie d’errance: luxure, orgueil, manichéisme. Monique prie nuit et jour, comme elle l’a fait sans relâche pour son mari païen et infidèle, s’armant de patience et de bienveillance. Ses prières et son exemple finissent par conquérir le cœur de son mari, il devient chrétien quelques années avant sa mort. Il en sera de même pour son fils, futur père de l’Église, qui sera touché droit au cœur par l’amour de Dieu.
«Et que te demandait-elle, mon Dieu, de toute la force de ses larmes, sinon de ne pas me permettre de prendre la mer ? Mais, toi, dans la profondeur de ton dessein, tout en exauçant l’essentiel de son désir, tu n’as eu cure de ce qu’elle demandait à cet instant, pour faire de moi ce qu’elle demandait depuis toujours.» (V, IX, 15)



