
Le début d’un temps nouveau
À lire en écoutant Le début d’un temps nouveau (Venne, 1970).
L'infini ne nous effraie pas, chante Renée Claude, égérie d’un peuple neuf, en 1970.
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J’ai toujours aimé la rentrée. Les cahiers tout propres, les crayons bien aiguisés, les agendas intacts et les ambitions démesurées continuent d’exercer sur moi l’empire de leur nouveauté. À la rentrée des classes, tout est possible.
Et pourtant, les années passent. Les promesses sont moins certaines, les aspirations moins profondes, les nuques moins raides. Le nouveau look, le nouveau groupe, le nouveau désir, le nouvel avenir laissent leur place à la nouvelle série, à la fermeture de la piscine et au retrait des cônes orange.
L’assurance de l’écolier s’essouffle à mesure que les feuilles rougissent avant de tomber. Les rêves du contribuable s’affadissent à mesure que les cheveux grisonnent avant de décliner.
Avant qu’on ait eu le temps d’y penser, la peur nous prend, l’infini nous donne la nausée.
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Dans quelques semaines, les Québécois auront leur occasionnel mot à dire sur l’avenir politique de la province. Après la rentrée scolaire et la rentrée culturelle, il y aura la rentrée démocratique. Or, le peuple qui n’avait pas trente ans en 1970 a bien changé.
Agitée qu’elle était par les modestes soubresauts d’une révolution à sa mesure, la société québécoise nourrissait alors autant de rêves que de fantasmes. Cinquante‑six ans après l’année zéro, force est de constater que le pays a pris des rides, mais bien peu de risques. Depuis la naissance en 1996 de votre humble serviteur, on nous a parlé de conditions gagnantes, de réingénierie de l’État, de lucidité; de cigarettes dans les bars, de mains sur le volant, de partenariats public-privé; de passeport vaccinal, de cote de crédit, de sécurité et de respectabilité.
Le tristement célèbre écrivain felquiste Pierre Vallières qualifiait ce système de modèle «qui fait mourir le monde, qui les dénature, qui les vide de toute vie spirituelle qui a du sens».
Pas étonnant qu’un peuple qui abaisse son désir d’infini dans les cumulus du temps beau soit retombé si vite sur le plancher des vaches. Après avoir levé l’ancre qui les tenait fixés au ciel, comme dirait Rémi Brague, nos compatriotes ont frappé le sol à vitesse grand V.
Nous y reprendra-t-on?
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Écolier, comme tout le monde, j’ai découvert la grandeur et les misères de l’histoire du Québec. J’en ai retenu plus qu’autre chose la figure de Pierre Bourgault, peut-être le plus grand emmerdeur que notre société ait jamais connu.
«Nous devons refuser, disait l’agitateur politique, dans une envolée lyrique dont il avait le rare secret, de tenter de nous faire une image de respectabilité qui soit l’image traditionnelle des notables, des possédants, des riches et des bourgeois. La respectabilité, ce n’est pas une image. C’est ce à quoi on arrive quand, après des années, on se retrouve fidèle à ses objectifs du début, fidèle à ses principes du début et fidèle à ses rêves du début.»
Il y a à peine quelques jours, c’était à mon plus vieux de devenir à son tour écolier. À lui comme à nous, je ne sais que dire, sinon, comme le déclare si bien la fameuse enseignante du Bus magique: «Prenez des risques! Faites des erreurs!»
Ça donne les plus beaux enfants.


