
La guerre juste est-elle juste?
Texte de Jacques de Guillebon
Peut-on limiter le mal par le mal ? À une époque où les nouvelles guerres se déclarent plus rapidement que les anciennes ne se résolvent, cette question brûle de trouver réponse. Non, affirme l’Église catholique, qui invite à dépasser la théorie de la guerre juste, laquelle ne se confond pas avec le devoir de légitime défense. Tour d’horizon.
Le Livre des Juges, rappelle le Compendium de la doctrine sociale, parle de la paix comme d'un attribut essentiel de Dieu : «Seigneur-de-la-paix», est-il dit (Jg 6,24). Jésus, lui, est le prince de la paix: il appelle les artisans de paix «Fils de Dieu» (Mt 5, 9), il nous «donne sa paix» (Jn 14, 27), juste avant de passer à son Père, il est celui qui «en sa personne, a tué la haine» (Ep 2, 16).
Bref, tout cela devrait interpeler profondément le chrétien, et pourtant notre vanité, notre inconséquence, notre peur nous font à chaque instant trouver des justifications à nos guerres, quand celles de l’adversaire demeurent évidemment toujours monstrueuses et injustifiées. Le principal enseignement de l’évangile pour rectifier nos comportements humains abimés depuis la chute est pourtant de ne pas répondre au mal par le mal, de tendre l’autre joue, d’aimer son ennemi, de ne pas se comporter comme les païens.
«La violence ne constitue jamais une réponse juste», dit le Compendium (496). Mais il est courant parmi les chrétiens, aujourd’hui encore, de dissocier spécieusement leur morale personnelle et leur agir dans le monde.
Le terme, et l’idée, de guerre juste se sont répandus au cours des derniers siècles dans le monde entier. Si chacun croit savoir de quoi il retourne, les faits contredisent cette évidence : les chrétiens particulièrement devraient connaitre sur le bout des doigts la notion, puisqu’ils en sont les inventeurs. Hélas, non. D’autant plus que depuis dix ans, la «guerre juste» n’existe plus pour le magistère ordinaire. Tout cela n’empêche pas que des catholiques croient qu’il pourrait y avoir une «sainte violence», ou une guerre pas si condamnable que ça. La difficulté tient à la confusion couramment faite entre légitime défense et guerre juste.
Or la légitime défense, comme le terme l’indique, suppose le refus fondamental de la guerre. À l’inverse, la guerre juste autorise ce qu'on pourrait qualifier d'illégitime défense et c'est pourquoi la sagesse ecclésiale répudie désormais le concept, non pas dans une spécieuse querelle terminologique, mais parce qu'elle condamne, horrifiée les effets monstrueux et désastreux de son emploi. Précisons et illustrons.
L'homme de bonne volonté contemporain imagine la guerre juste comme une simple opération de police, comparable par exemple au fait de protéger un enfant d'une agression. Dans ce monde irénique, l'usage de la force par une nation en armes pour protéger son petit voisin (« l’enfant » de la fable) serait, outre une nécessité, un bienfait pour l'humanité. Cette position, admirable dans son intention première et apparemment réaliste, contredit pourtant totalement la réalité de la guerre et à plus forte raison de la guerre moderne. C'est ce que les papes s’efforcent de montrer depuis plus d’un siècle, affinant et développant la pensée de l'Église, de la même façon que Léon XIV l'a affirmé pour la condamnation de l'esclavage dans Magnifica humanitas.
Illustrons : la Russie, après avoir annexé la Crimée, envahit l'est de l'Ukraine en février 2022. L’Ukraine réagit et se défend, légitimement. Pour l’Occident, et globalement le concert des nations, notamment par la voix de l’ONU, il s'agit d’une nation faible attaquée par un puissant voisin. Pour la secourir, tous les moyens sont-ils bons ? Non, répond l’Église catholique, suivie d'ailleurs par les grandes puissances : l'application basique des règles de la guerre juste aurait pourtant dû nous pousser à déclarer la guerre à la Russie. Mais la considération des dégâts et le refus donc d'une guerre mondialisée nous a intelligemment poussés à aider et soutenir l'Ukraine sans entrer en guerre, donc sans déployer les forces armées à notre disposition.
Car la vraie question que l'on doit se poser, plutôt que : « qu’est-ce que j'attends pour sauver cet enfant agressé? », c’est : "combien d’enfants suis-je prêt à tuer pour sauver celui-ci? »
Voilà la réalité de toute guerre et surtout de toute guerre moderne. Sans même parler de Gaza, les cadavres des 168 enfants iraniens de l'école de Minab bombardée par les États-Unis le 28 février dernier sont là pour témoigner de cette erreur tragique, qui a parcouru les siècles.
Aux origines
Revenons sur l'idée, le processus et surtout l’éclaircissement continuel donné par l’Église au cours de ces 2000 ans.
Selon le dominicain Michael S. Sherwin, les militaires ne sont pas explicitement condamnés dans le Nouveau Testament, puisque Jésus admire la foi d’un centurion sans lui demander de changer de métier et, par la suite, Jean Baptiste, puis saint Pierre, baptise des militaires. De la même manière, les prostituées et les publicains nous précèdent dans les cieux, par grâce et s’ils ont beaucoup aimé, mais cela n’entraine pas du tout que Jésus légitime leurs professions.
Cependant les «premiers chrétiens» refusaient généralement de porter les armes, même pour défendre l’empire, invoquant les paroles de Jésus à Pierre, quand ce dernier voulait le défendre par l’épée : «qui utilise l'épée périra par l'épée» (Mt 26,51).
Martin de Tours (316-397), l’évangélisateur des Gaules après sa conversion, alors même qu'il est engagé dans l'armée par un contrat de 25 ans, demande à ne pas participer à l'attaque de Civitas Vangionum (l’actuelle Worms en Allemagne), en disant dans une formule paradoxale courante chez les chrétiens (à quoi on les reconnait même): «Je suis un soldat du Christ. Je ne peux pas combattre.»
Il y a donc d’ores et déjà un autre Royaume qui guide notre vie. Comme on traite Martin de lâche – argument encore classique des contempteurs de pacifistes –, il décide de marcher en tête de ses troupes, sans autre arme qu'une croix: il se trouve que miraculeusement les Alamans se rendent avant l’assaut. Mais Martin ne pourra jamais devenir prêtre, parce qu’il est un ancien homme de guerre, ce qui montre explicitement en quelle estime cette profession était tenue par les chrétiens d’alors.
Rétablir la paix par la guerre
C’est chez saint Ambroise, maitre d’Augustin, qu’on rencontre d’abord le terme de guerre juste d’un point de vue chrétien : «Face aux invasions barbares du IVe siècle, qui sont autant d’atteintes à l’intégrité territoriale et culturelle de l’Empire, l’évêque Ambroise de Milan (c. 339‑397) en appelle à la sauvegarde de la patrie menacée, se faisant ainsi l’artisan non pas tant de la théorie de la guerre “juste”, que de l’idée d’une légitime défense, appliquée à l’échelle d’un empire.» (Amaury Levillayer, 2010)
C’est surtout Ambroise, qui dans un eusébianisme non réfréné (un césaropapisme) assimilera l’Empire à la chrétienté et donc sa défense à une cause juste. Ce n’est donc pas l’Empire qui devient une chrétienté, mais la chrétienté qui devient empire, pour le plus grand dommage des croyants. C’est de plus réduire l’Église, même physiquement et géographiquement, à l’Empire romain, comme si l’Asie et l’Afrique n’avaient pas déjà été partiellement évangélisées.
Ces propagateurs du «nationalisme» impérial romain sont d’ailleurs rapidement bien punis: il ne faut pas un siècle pour que leurs nouveaux empereurs «christianisés» subissent une dérouillée barbare qu’Alaric pille Rome et éteigne le feu sacré.
Prudence, qui en manque singulièrement, prédit moins de dix ans avant le fameux sac de Rome par Alaric, que la Ville ne tombera jamais, protégée par une divine faveur. Inversement, des Jérôme et des Rufin d’Aquilée considèrent les victoires des Barbares comme le fruit non seulement de l’impiété romaine, mais aussi de la foi nouvelle de ces peuples, ainsi les Arméniens ou les Arabes Saracènes.
Le raisonnement selon lequel il est plus noble et juste de défendre sa patrie que de se livrer aux plaisirs individuels est parfaitement recevable d’un point de vue de la morale naturelle. Il se trouve cependant que le christianisme prétend fonder une morale supérieure – ainsi dans le mariage, qui se réfère à la parole du Christ : «Il n’en était pas ainsi au commencement, etc.». Il y a donc un régime plus naturel que le naturel, plus original, plus surnaturel en fait, à atteindre. Ici, il s’agit de la «lutte» non violente, ou de la résistance «passive» dans ce sens qu’elle refuse d’attenter à l’intégrité physique de son frère humain.
Augustin, dans La Cité de Dieu (413), fait un effort gigantesque pour délier les destins de l’Église et de l’Empire. Il reste cependant sous la coupe d’Eusèbe dans ses propos sur la guerre juste. Saint Isidore de Séville synthétisera le concept : « Est juste la guerre qui est entreprise, après avertissement, en vue de récupérer des biens ou de repousser des ennemis » (Etym. XCIII, 1).
Mais le pape Nicolas Ier dans sa fameuse Lettre aux Bulgares en 866 rappelle déjà que le chrétien ne peut faire la guerre qu’en cas de nécessité: «Hors le cas d’urgente nécessité, il faut s’abstenir de la guerre, non seulement durant le carême, mais en tout temps. En revanche, si une nécessité inévitable presse, il est possible de se préparer à la guerre, même en temps de carême, pour la défense de la patrie ou des lois paternelles».
Viendront les institutions célèbres de la Paix de Dieu et de la Trêve de Dieu. La première, instituée par le synode de Charroux de 989, prononce l’anathème contre ceux qui, sans juste cause, s’emparent des clercs ou des animaux domestiques. Elle a pour but de soustraire les populations pacifiques aux risques de la guerre, et connait une extension prodigieuse à l’Église universelle par le concile de Clermont de 1095. Sont désormais protégés les clercs, les femmes, les croisés, les pèlerins, les marchands, les paysans et leurs bêtes.
La seconde institution pacifique, la Trêve de Dieu, oblige les belligérants à s’abstenir de combattre durant certains jours de la semaine ou de l’année liturgique, dédiés au Seigneur. Ces règles, introduites au concile d’Elne de 1027, seront généralisées en 1095, puis réaffirmées dans les conciles généraux du Latran de 1139 et 1179.
Chez saint Thomas (ST II-II 40 .1), pour qu’une guerre soit juste, trois conditions sont requises : «l’autorité du prince, sur l’ordre de qui on doit faire la guerre »; «que l’on attaque l’ennemi en raison de quelque faute»; «qu’on se propose de promouvoir le bien ou d’éviter le mal.»
Le hic est que ces trois conditions peuvent être, et sont souvent d’ailleurs au moins à l’époque contemporaine, invoquées par les deux parties (ou plus si affinités). Je ne sais pas si Vladimir Poutine s’embarrasse de justifications morales de ce type, mais dans sa guerre contre l’Ukraine, il lui serait facile de revendiquer la soumission à ces trois réserves : son autorité d’abord, réputée légitime selon les critères russes modernes; la faute, commise selon lui par l’OTAN qui a souhaité approcher des armes de ses frontières; promouvoir le bien enfin, est évidemment dans son intention, selon lui. Nous autres, occidentaux, invoquons bien sûr les mêmes rigueurs morales et sommes fermement convaincus d’œuvrer dans le bon sens en aidant, armant et soutenant l’Ukraine. Voilà donc une impasse.
Changement de cap
Qu’il n’y ait pas de guerre juste, Léon XIII a été un des premiers papes à envisager cette hypothèse, dans l’encyclique Præclara gratulationis du 20 juin 1894 où il déplore les malheurs des conflits, souligne la nécessité pour les peuples de «revenir à l’unité» et «d'effacer toute trace de division», et aspire au «rapprochement entre les nations, chose si désirable à notre époque pour prévenir les horreurs de la guerre».
Benoît XV, dans sa Lettre aux chefs des peuples belligérants, du 1er aout 1917, insiste, «en substitution des armées», sur un arbitrage international contraignant «selon des normes à concerter et des sanctions à déterminer». Ainsi, la tradition millénaire de la doctrine de la «guerre juste» est remise en question cette année-là, lorsque Benoît XV qualifie la guerre de «massacre inutile».
Mais c’est surtout Pie XII, dans un discours de 1954, qui contestera la possibilité d’une «guerre totale moderne, la guerre A. B. C. (atomique, biologique, chimique)». Si l’usage de ces armes «échappe entièrement au contrôle de l’homme, son utilisation doit être rejetée comme immorale. Ici il ne s’agirait plus de défense contre l’injustice et de la sauvegarde nécessaire de possessions légitimes, mais de l’annihilation pure et simple de toute vie humaine à l’intérieur du rayon d’action. Cela n’est permis à aucun titre».
Le Catéchisme de l’Église catholique loue «ceux qui renoncent à l’action violente et sanglante, et recourent pour la sauvegarde des droits de l’homme à des moyens de défense à la portée des plus faibles». Depuis Vatican II particulièrement et la constitution pastorale Gaudium et spes, le magistère condamne explicitement «la barbarie de la guerre» qu’il faut désormais considérer dans une approche complètement nouvelle, Jean XXIII ayant déjà, dans le fondateur Pacem in terris, expliqué qu’il était désormais «humainement impossible» à l’ère atomique de considérer la guerre comme moyen adéquat pour obtenir justice.
C’est en français, rappelons-le avec quelque fierté, que Paul VI, à l’Assemblée générale de l’ONU en 1965, s’écria : «Jamais plus la guerre, jamais plus la guerre !»
Guerre préventive et légitime défense
La légitime défense est permise, comme son nom l’indique, à des conditions très strictes, ainsi que l'on soit sûr d’être attaqué, que le dommage soit durable, que toute autre méthode ait été utilisée, et que la défense soit proportionnée. Mais la «guerre préventive», à l’image de celles que mènent Israël et les États-Unis couramment depuis des décennies, est très suspecte, voire prohibée. D’autant que ces guerres sont souvent déclenchées en dehors de l’accord des instances internationales ad hoc.
D’un point de vue personnel et de la conscience, nul n’est jamais tenu de manier les armes, pourvu qu’il s’engage d’une autre façon à servir la communauté humaine. Où l’on retombe sur saint Martin. La communauté internationale, elle, a en revanche le devoir de s’engager pour désarmer l’agresseur qui viole les droits fondamentaux de groupes plus faibles. Les instances internationales de justice, telle la Cour pénale internationale (CPI), sont encouragées par le Magistère. Il est précisé que les sanctions internationales contre l’agresseur doivent ouvrir la voie au dialogue et à la négociation.
De même, si l’Église catholique condamne évidemment le terrorisme, elle condamne aussi la méthode aveugle de répression du terrorisme : là encore, il faut conserver l’État de droit et tout n’est pas permis, sans quoi l’on risque de devenir semblable à son ennemi. La politique guerrière israélienne en constitue un exemple frappant et glaçant.
«La violence détruit ce qu’elle prétend défendre : la dignité, la vie, la liberté des êtres humains», dira saint Jean-Paul II en Irlande en 1979. Le pape polonais, toujours lui, devant l'Académie des sciences en 1983, alors que les missiles SS-20 et les Pershing déployés en Europe menaçaient plus que jamais la paix du monde, poursuivait :
«Les prophètes désarmés ont été de tout temps objet de dérision spécialement de la part des politiques avertis, partisans de la puissance. Mais notre civilisation ne doit-elle pas reconnaitre aujourd’hui que l’humanité a besoin d’eux ? Est-ce qu’ils ne devraient pas être les seuls à être écoutés unanimement par la communauté scientifique mondiale, afin que les laboratoires et les usines de la mort cèdent la place aux laboratoires de la vie ? L’homme de science peut user de sa liberté pour choisir le domaine de sa propre recherche. Lorsque, dans une situation historique déterminée, il est presque inévitable qu’une certaine recherche scientifique soit employée dans des buts d’agression, il doit faire un choix qui lui permette de coopérer au bien des hommes, à la construction de la paix. En refusant certains domaines de recherche, inévitablement destinés, dans les conditions historiques concrètes, à des fins de mort, les savants du monde entier devraient se retrouver unis dans une volonté commune de désarmer la science et de constituer une force providentielle de paix.»
Comment ne pas entendre l’écho de ces paroles chez Léon XIV aujourd’hui, parlant de désarmer l’IA ?
Les évêques américains publient une importante lettre pastorale sur la guerre et la paix en 1983, qui condamne non seulement la course aux armements, mais aussi la dissuasion nucléaire dès lors qu’on s’en satisfait comme d’une solution pérenne. Ce document marque un tournant, en faisant pleinement droit à la voie de l’option non-violente, à côté de l’enseignement pluriséculaire sur la guerre juste. Et ce, y compris en cas de défense légitime face à une agression.
Le cardinal Ratzinger, en avril 2003, posait la question explicitement : «Compte tenu des nouvelles armes qui rendent possible des destructions allant bien au-delà des groupes de combattants, nous devons aujourd’hui nous demander s’il est encore licite d’admettre l’existence même d’une « guerre juste». Devenu Benoît XVI, il écrit dans Caritas in veritate (2009): «On ressent fortement l’urgence de trouver des formes innovantes pour concrétiser le principe de la responsabilité de protéger».
Dans son livre d’entretiens avec Peter Seewald (2010), Lumière du monde, le même pape affirme: «La foi chrétienne a toujours affirmé que la violence n’est jamais un moyen approprié pour faire triompher la cause de Dieu. […] La guerre ne peut jamais être un moyen de résoudre les conflits de manière durable.» Et : «Nous devons apprendre à penser la paix de manière plus radicale. La guerre, avec les moyens destructeurs dont nous disposons aujourd’hui, ne peut plus être considérée comme une solution raisonnable (…) L’Église doit être une force de paix, elle doit plaider pour la non-violence active, pour le dialogue et pour la réconciliation, tout en reconnaissant que, dans des cas extrêmes, la protection des innocents peut exiger l’usage de la force – mais toujours comme dernier recours et avec une proportionnalité stricte.»
Enfin, dans Fratelli tutti, c’est le pape François qui juge «très difficile aujourd’hui de défendre les critères rationnels, muris en d’autres temps, pour parler d’une possible “guerre juste”». Et d’ajouter : «Même saint Augustin qui a forgé le concept de “guerre juste” que nous ne soutenons plus aujourd’hui a affirmé que “mettre un terme à la guerre par la parole, en poursuivant et en obtenant la paix par la paix et non par la guerre glorifie davantage que de la donner aux hommes par l’épée”».
Le bien commun ne peut être défendu par la force armée, déclare le pape au congrès de la Fondation pontificale , le 18 mars 2022 : «Il n’existe pas de guerre juste», tonne le pape, elle est toujours une «défaite de l’humanité».
Le pape François tint bon dans son refus de réhabiliter la notion de guerre juste : «ne prendre qu’un seul parti : celui de la paix» (audience du 27 octobre 2023). François était sollicité par les évêques américains en 2024 pour produire une encyclique sur la non-violence. Sa mort empêchera le projet d’aboutir. Le père Bernard Bourdin, théologien français, écrivait dans le Vatican News en 2024 : «Il serait extrêmement grave que le sujet politique soit complètement submergé par la technologie et l'intelligence artificielle, car, dans la doctrine de la “guerre juste”, traditionnellement, le premier critère, c'est la prise de décision par un empereur/État/gouvernement. Autrement dit, un sujet humain, donc responsable politiquement et moralement. Une intelligence humaine et non artificielle. Que serait la responsabilité morale de l'intelligence artificielle? Ça ne veut rien dire. C'est une intelligence, à mon avis, qui est amorale».
Léon XIV clôt le sujet, peut-on affirmer, avec Magnifica humanitas (192) : «Aujourd’hui plus que jamais, il est important de réaffirmer le dépassement de la théorie de la “guerre juste” trop souvent invoquée pour justifier n’importe quelle guerre, sous réserve du droit à la légitime défense dans son sens le plus strict.»


