
65 déménagements gratuits grâce à Opération Clin d'oeil
Au Québec, le 1er juillet rime davantage avec cartons qu’avec Confédération. Véritable phénomène social depuis le milieu des années 1970, ces déménagements de masse font grimper les coûts de la main-d’œuvre et du transport. Pour certains, c’est carrément inabordable. Dans ce contexte, les services gratuits d’Opération Clin d’œil tombent à point. Le Verbe est allé à la rencontre de ces braves bénévoles le temps d’une chaude journée d’été.
Côte à côte, les bénévoles forment une longue chaine humaine du camion jusqu’à l’entrée de l'appartement. Pendant que certains se passent des boites en carton, d'autres transportent les gros meubles et les électroménagers.
Depuis 7h du matin, les bénévoles d’Opération Clin d’œil (OCO) s’activent à déménager des couples, des familles et des ainés aux quatre coins de la ville de Québec. Ils sont jeunes, souriants, motivés et tous habillés d’un t-shirt bleu affichant «Église 180».
Servir son prochain
Fondée en 2017 par le pasteur David Chouinard, Opération Clin d’œil est le volet communautaire de l’Église Urbaine 180. «On souhaite s’investir dans des activités qui font une différence dans la vie des gens et les déménagements répondent à un besoin immense», déclare David Chouinard.
En 2025, entre le 30 juin et le 1er juillet, OCO a exécuté 54 déménagements grâce au dévouement de 140 bénévoles croyants et non croyants. Cette année, l’objectif de 65 déménagements est atteint avec huit équipes de douze à quinze bénévoles. Certains d’entre eux, membres d’églises protestantes, viennent même des États-Unis pour prendre part à cette opération!
«C’est évident que notre foi est derrière cette initiative, admet le pasteur. On veut incarner la bonne nouvelle en aimant et en servant notre prochain, et montrer les valeurs chrétiennes que sont l’accueil, l’inclusion, l’humanité et la solidarité».
Audrey-Anne Houle, qui a bénéficié des services d’OCO au cours de l’été 2024, a expérimenté cet accueil chaleureux. Nouvelle à Québec, la femme de 41 ans n’avait personne pour l’aider à déménager.
«Je me suis sentie supportée et moins seule dans ce déménagement et cette nouvelle ville. Les bénévoles étaient efficaces, et l’ambiance était vraiment plaisante».
Les plus vulnérables d’abord
Si tout le monde peut s’inscrire pour obtenir ses services, OCO souhaite d’abord venir en aide aux gens plus vulnérables. Immigrants, femmes monoparentales, personnes en situation de handicap ou suivies par un travailleur social représentent la majeure partie des bénéficiaires.
Pour les rejoindre, la bénévole et travailleuse sociale Valérie Hamel-Genest use de ses contacts dans le réseau de la santé et des services sociaux. «Au mois d’avril, j’envoie une publicité d’OCO à d’autres intervenants et travailleurs sociaux du réseau, en mentionnant que c’est un service gratuit pour les gens qui doivent déménager cette année, explique Valérie. Entre collègues, on se partage toujours des ressources dans le genre pour mieux aider les patients avec qui on travaille», précise-t-elle.
Les prestataires de services sociaux ont alors la priorité. Le formulaire d’inscription est ensuite diffusé au grand public sur les réseaux sociaux au mois de mai. Premier arrivé, premier servi.
La travailleuse sociale réfère également OCO à ses propres patients lorsqu’ils doivent déménager. C’est ainsi que la Congolaise Judithe Lukusa, arrivée au Québec avec ses deux garçons en 2023, a pu profiter d’un déménagement gratuit l’été dernier.
«C’est grâce à Valérie, qui travaillait au Centre multiethnique de Québec où j’étais suivie, que j’ai découvert l’Opération Clin d’œil, raconte la mère monoparentale. Le déménagement s’est très bien passé, et ils m’ont offert un panier de bienvenue avec des choses à manger et une Bible. Ça m’a beaucoup touchée», confie Judithe.
À la fin de chaque déménagement, les membres d’OCO offrent un panier au bénéficiaire: rouleau d’essuie-tout, produits nettoyants, fruits et aliments non périssables. Ils prient aussi avec ceux qui le souhaitent pour confier leur nouvelle demeure et les défis qu’ils rencontrent.
Chrétienne, Judithe Lukusa a accepté volontiers de prier avec les bénévoles. Pour Audrey-Anne Houle, c’était la première fois qu’on priait pour sa demeure. Prendre le temps de le faire lui a permis de débuter cette nouvelle étape du bon pied.
La majorité du temps, les gens — croyants ou non — acceptent la proposition, selon Valérie. «C’est vraiment un moment touchant, témoigne-t-elle, plusieurs finissent la journée les yeux plein d’eau».
L’humain avant les meubles
Au cours des deux journées de déménagement, la travailleuse sociale gère les équipes de bénévoles et rencontre les bénéficiaires en personne.
«Je prends les appels et je m’assure que tout roule: les bénéficiaires sont prêts lorsqu’on arrive et les équipes de bénévoles ne prennent pas de retard. Elles s’entraident au besoin», explique-t-elle.
Pour la bénévole de 29 ans, c’est ce lien éphémère, mais profondément humain, qu’elle préfère. Elle aime rencontrer les gens avec qui elle a échangé au téléphone pour mieux comprendre leur situation de vie et leur offrir une écoute. «Certains sont très isolés et ont surtout besoin de parler à un être humain, donc quand je peux, je m’assois avec eux», explique Valérie.
«D’autres nous disent que leurs amis ou leur famille n’ont pas le temps de venir les aider à déménager. Quand ils voient une bande d’inconnus débarquer pour le faire gratuitement, ils sont étonnés, ils trouvent ça presque bizarre, mais sont vraiment reconnaissants», complète David Chouinard.
Donnez et vous recevrez
L’étonnement est la réaction qu’observent le plus fréquemment les trois bénévoles chez les clients. «Les gens ne comprennent pas pourquoi on fait ça et ils sont touchés par l’amour qu’on leur donne indirectement, alors qu’on ne les connait pas», confie le pasteur.
Valérie attribue cette surprise à «notre société individualiste, où donner de son temps gratuitement et souffrir pour un autre est très rare». Elle pense pourtant qu’«il y a quelque chose de fort dans le fait d’aider et de donner sans rien attendre en retour». Chaque année, elle voit les bénévoles en sortir transformés.
C’est le cas d’Élianne, qui affirme recevoir autant, même plus, qu’elle ne donne lors de ces deux journées. «C’est drôle à dire, mais c’est vrai: je donne, mais je reçois aussi beaucoup: de la joie, du bien-être, de l’amour, de la gratitude», témoigne-t-elle, emballée de refaire l’expérience cette année.
Une fois l’opération terminée, les bénévoles — et parfois des bénéficiaires — se réunissent autour d’un grand souper. Chacun partage ses moments forts et ses anecdotes. «C’est vraiment une belle expérience, et les bénévoles reviennent chaque année tellement ils ont aimé ça et vécu quelque chose de fort», s’enthousiasme Élianne.
De plus en plus populaire, Opération Clin d’œil a bien l’intention de continuer d’aider toujours plus de gens. La disponibilité des camions et des bénévoles est sa seule limite.
«On est confiants que Dieu est au contrôle de cette œuvre et qu’il va nous donner les ressources dont on a besoin, confie Valérie. Il nous a soutenu toutes ces années et ça ne fait que grossir, alors on ne s’inquiète pas».







