Illustration: Marie Laliberté/Le Verbe

Démasquer le Comic-Con

À trois semaines de l’Halloween, j’en ai déjà un avant-goût au Comic-Con de Québec. Et ici, on ne fait pas que se déguiser, on fait du cosplay. Qui pratique cet art? Pourquoi? Pleins feux sur la version contemporaine du bal masqué.

Entre les figurines, les bandes dessinées, les vêtements et les autographes de célébrités, il y a de quoi vider son portefeuille. Mais que viennent réellement chercher les participants? Si pour certains c’est encore une occasion de partager sa passion et sa créativité, pour beaucoup c’est la licence d’incarner une identité fantasmée.

Depuis le premier Comic-Con à San Diego en 1970, les conventions de ce genre ont beaucoup évolué. Elles rassemblent aujourd’hui des amateurs d’univers variés, issus de la littérature, de la bande dessinée, du cinéma, des jeux vidéo et de l’animation. Les adeptes du cosplay — contraction des mots anglais costume et play — y occupent une place de choix: leurs costumes attirent les regards et donnent vie à des personnages bien connus.

Ici, Freddy discute gentiment; là, Mario Bros magasine des sacoches en cuir et Cendrillon croise Blanche-Neige. Il y a même Velma qui cherche Scooby-Doo. Moi, parmi les centaines de cosplayers, je cherche Luce, la mascotte du Jubilé 2025 inspirée par le désir de l'Église catholique de rejoindre cet univers si populaire auprès des jeunes.

  • Avec l'aimable autorisation de Gosselin

Furries et autres surprises

Si des passions très diverses sont représentées au Comic-Con, certaines sont beaucoup plus visibles que d’autres. Les cartes de collection et les personnages d’anime sont partout et je croise plusieurs personnages de Star Wars et de Ghostbusters, mais aucune trace de kiosques consacrés aux jeux de rôle sur table.

La rencontre la plus courante — et la plus frappante — est toutefois celle avec les furries. Ces participants revêtent des costumes d’animaux inspirés de personnages qu’ils ont eux-mêmes imaginés. Pour certains, le costume est un jeu ou une activité artistique, mais pour d’autres, le personnage inventé — appelé fursona — représente l’identité même de la personne. Lorsqu’il s’identifie réellement à ce fursona, le joueur ne joue plus, mais croit réellement être un animal né dans le mauvais corps. Est-ce encore du cosplay à ce stade?

Le choix du costume dit quelque chose de ce qui nous fascine et nous inspire.

Et qu’est-ce que ces personnages permettent d’exprimer? J’ai voulu poser cette question à ceux que j’ai croisés, mais j’ai rencontré un obstacle majeur: la langue. Les fursona communiquent essentiellement par des aboiements, grognements et autres vocalisations animales.

Autre surprise: les costumes de Star Wars représentent le plus souvent des personnages du côté obscur de la Force. La fascination pour les figures qui flirtent avec le mal et le désordre semble courante ici. Cela ne signifie évidemment pas que leurs interprètes souhaitent leur ressembler dans la vie réelle. Les antagonistes ont souvent des costumes spectaculaires, des histoires complexes et une présence qui marque l’imaginaire. Mais il ne faut pas tenter le diable non plus. Le choix n’est pas complètement anodin. Il dit quelque chose de ce qui nous fascine et nous inspire.

Des masques révélateurs

Parmi les cosplayers que je rencontre, plusieurs semblent trouver dans cette pratique une communauté, un espace de création et le plaisir de faire vivre un personnage. Le déguisement permet de jouer avec les apparences et d’explorer des aspects de soi qu’on montre moins d’ordinaire. Toutefois, il ne raconte jamais toute une personne. C’est malheureusement un univers où il est facile de l’oublier.

Finalement, je n’ai pas trouvé Luce au Comic-Con. La petite pèlerine nous aurait rappelé que la culture populaire n’est pas étrangère à la quête de sens. Derrière ces mondes imaginaires, au milieu des costumes et des héros de fiction, il y a des personnes qui cherchent à créer et à rencontrer d’autres passionnés. Et peut-être aussi à trouver un peu d’extraordinaire dans un quotidien parfois trop beige. Mais à la sortie de l’évènement, je me pose toujours la question: qu’est-ce qu’on cache sous ces masques?

Laurence B.-Lamarche
Laurence Bédard-Lamarche

D’abord formée en cuisine, Laurence continue aujourd’hui à nourrir son prochain… au sens figuré ! Sa passion pour l’art s’exprime sous diverses formes et sa curiosité intellectuelle l’appelle à en apprendre davantage chaque jour. Ce qui l’anime : foi, espérance et charité.