Peinture: Anonyme, portrait de Dante Alighieri, vers 1500

Dante Alighieri: décrire le domaine de Dieu

Né entre 1265 et 1267 à Florence et mort à Ravenne en 1321, Dante contribue à la formation de la langue italienne grâce à ses exploits dans l’usage de son toscan natal. Ses idées politiques le mènent par ailleurs à l’exil au tournant du XIVe siècle. Il est alors partisan de la faction des guelfes, favorable au pape plutôt qu’à l’empereur, devant les gibelins. Les choses se corsent quand Dante prend le parti des guelfes blancs, tenants d’une plus grande autonomie de la ville, par rapport aux guelfes noirs, qui favorisent l’implication du pape Boniface VIII à Florence.

La fameuse Divine comédie de Dante est écrite pendant son exil après la victoire des guelfes noirs. On y retrouve Virgile comme guide d’un poète de 35 ans perdu à travers l’enfer et le purgatoire. Le pendant poétique de l’auteur est secoué par les horreurs subies par les âmes en enfer et la souffrance de l’attente des âmes au purgatoire. Au moment d’entrer dans le paradis, c’est son amour de jeunesse qui prend le relai pour le guider: l’illustre Béatrice.

Comme Gustave Doré tente de le montrer dans ses gravures au XIXe siècle, le ciel de Dante est composé de sphères concentriques. Neuf sphères célestes enveloppent successivement la terre et mènent à l’Empyrée, le domaine de Dieu.

Le paradis de l’auteur italien manifeste un règne inégalé de la beauté. Se succèdent alors de riches descriptions des éléments du paradis, comme le fleuve lumineux de la grâce, le tout dans un souci de symétrie parfaite avec l’ensemble du poème.

L’avancée le rapproche progressivement du Seigneur, jusqu’à retrouver la Vierge Marie elle-même, puis plonger dans l’Essence infinie. Celle-ci procure à Dante des intuitions sur les mystères profonds de la vie divine: celui de l’incarnation, de la trinité de Dieu et de l’unité de l’univers orienté vers Dieu.

Les sphères du ciel sont nommées en fonction d’astres connus. C’est ainsi qu’au moment final, le désir du poète n’est commandé que par «l’Amour / Qui meut et le Soleil et les autres étoiles» (Alighieri, 2019). Cette unité entre le ciel divin et le ciel matériel est si grandiose qu’elle laisse le protagoniste incapable de vraiment la décrire. Aujourd’hui, alors que les connaissances sur l’univers qui nous entoure sont plus abondantes que jamais, nous demeurons fascinés par son étendue et ses propriétés. Pour l’esprit médiéval comme pour le nôtre, le paradis de Dante permet de nous émerveiller tout à la fois de notre possible avenir au paradis et de l’immensité de la création céleste.

Isabelle Gagnon
Isabelle Gagnon

Doctorante en lettres et enseignante au niveau collégial, Isabelle Gagnon étudie les littératures de la Renaissance française et de l'Antiquité grecque. Épouse et mère, elle s'émerveille devant l'expérience humaine, aussi bien au quotidien que dans le passé lointain.