Illustration: Marie Laliberté/Le Verbe

À 22 ans, il devient croyant

Texte écrit par Zachary Ouimet

Récemment, on célébrait le Triduum pascal, ces trois jours où on fait mémoire de la mort, de la mise au tombeau, puis de la résurrection du Christ Jésus. Pour la première fois depuis des décennies, les médias traditionnels ont couvert un phénomène grandissant en Occident: le retour à la foi des jeunes adultes. Guidés par une quête de sens, nous sommes de plus en plus nombreux à franchir les portails des églises que l’on croyait pourtant mourantes. Voici mon histoire.

Cette tendance dépasse désormais les frontières de la France et touche le Québec. Si le sujet a été abordé par diverses figures publiques, la parole n’a pas encore été donnée aux jeunes convertis. Je veux donc parler au nom d’une génération qui, même si elle a grandi dans une société remplie d’aversion pour le fait religieux, trouve en Dieu ce que le monde n’a su lui offrir.

Je suis issu d’une famille québécoise, dite de souche, dont le rapport au religieux se limite au baptême et à une messe de Noël occasionnelle. Comme chez bien des gens, l’attachement culturel reste fort: la crèche, les chants et les visites à l’oratoire Saint-Joseph. Cet énorme dôme vert dominant l’horizon montréalais fascine mes yeux d’enfant. Pourtant, la religion n’est pas un sujet abordé à la maison. Nous sommes une simple famille canadienne-française dont la foi des ancêtres a été troquée par la génération du Babyboum contre l’espoir d’une émancipation face à l'emprise de l’Église.

Cette émancipation, dont l’écho résonne jusque dans le théâtre de Michel Tremblay, est le fruit d’un mouvement mondial. Les années soixante introduisent une vague de contestations, de Mai 68 à la Révolution tranquille, dont la religion n’est pas épargnée. Tandis que l’Église catholique tente de se moderniser à travers le concile Vatican II, le Québec traduit ce renouveau par une liturgie délaissant les chants grégoriens et l’encens au profit de chansons mondaines et des fameuses «messes à gogo». La génération de mes grands-parents se contente dès lors du confort d’une société bâtie sur l’individualisme et le consumérisme.

La richesse intellectuelle de la tradition chrétienne, de saint Augustin à saint Thomas d’Aquin, me guide vers la personne du Christ, le divin Logos fait chair.

Dès l'origine

De mon enfance, je me souviens de mon intérêt pour les sciences et de mon rejet pour la foi. À ma grand-mère qui me parlait de la conception miraculeuse du Christ lors d’un souper, j’ai répondu en riant que rien de cela n’était possible. Près de quinze ans plus tard, j’y crois. Que s’est-il passé?

C’est le résultat du désert spirituel dans lequel on nous a laissés. Le système d’éducation m’a inculqué que l’idée de Dieu est comparable au père Noël, que Galilée a été martyrisé par une Église qui croyait à une Terre plate. On m’a caché que parmi les plus grands génies de l’histoire se trouve des clercs, ou que la théorie du Bigbang a été initialement développée par un prêtre catholique. La théorie du père Georges Lemaître allait d’ailleurs contre le consensus scientifique de son époque.

Dans le débat actuel sur la laïcité, plusieurs adhèrent à l’idée qu’une société purgée de toute religion est possible. Or, comme l’écrit l’anthropologue Daniel Baril, cette idée est utopique, car Sapiens est par nature religieux, ou Homo Religiosus pour citer Mircea Eliade. J’irai plus loin: Sapiens est Homo Liturgicus. Il conçoit le monde par des symboles et une hiérarchie qui structurent son existence. Pour un jeune cherchant un sens à sa vie, l’idée de Dieu devient alors attrayante.

Point de bascule

Vers la fin de l’adolescence, le passionné d’histoire que je suis accepte le consensus historique entourant Jésus de Nazareth, mais non ses miracles. Toutefois, lorsque des médailles religieuses appartenant à mon arrière-grand-père me sont remises, je débute une véritable enquête. La richesse intellectuelle de la tradition chrétienne, de saint Augustin à saint Thomas d’Aquin, me guide vers la personne du Christ, le divin Logos fait chair. La vision matérialiste du monde, saupoudrée de scientisme depuis Richard Dawkins et ses «cavaliers du Nouvel Athéisme», m’apparait alors comme un modèle devant mettre de côté la raison pour combler ses failles quant à la causalité et la contingence des choses.

La jeune génération en quête de repères l’a compris. Les statistiques démontrent que les millénariaux et la génération Z fréquentent l’église plus régulièrement que leurs ainés. En 2026, 14 000 personnes se sont inscrites pour le pèlerinage Paris-Chartres en une journée. De Boston à Montréal, le nombre de baptêmes d’adultes explose. Pourquoi choisit-on encore de croire? Parce que lorsque le monde perd son éclat, l’univers murmure aux cœurs sincères la vérité de son créateur.

Cette résurgence n’est peut-être qu’une répétition de l’histoire. Comme l'écrivait G.K. Chesterton dans L'Homme éternel, l'Église a semblé, à maintes reprises, mourir puis «aller aux chiens», mais à chaque fois, ce sont les chiens qui sont morts. Face au vide d'une modernité qui s'essouffle, ma génération redécouvre que le Christ n'est pas une relique du passé, mais la seule issue vers l'avenir.

Ma génération redécouvre que le Christ n'est pas une relique du passé, mais la seule issue vers l'avenir.

Collaboration spéciale
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