
Charlie Kirk: apôtre des temps modernes?
Assassiné le 10 septembre 2025 à l’âge de 31 ans, Charlie Kirk est connu aussi bien des milieux universitaires que militants. Le retentissement médiatique international de son meurtre cristallise un clivage religieux et politique qui dépasse largement les frontières étatsuniennes. Un an plus tard, Le Verbe vous fait rencontrer de jeunes Québécois ébranlés par cet évènement. Bilan québécois d’un témoignage sanglant.
Au sud de la frontière, dans les semaines qui suivent la mort de Kirk, les ventes de Bible explosent. Les églises connaissent une affluence hors norme. Dans un récent ouvrage (2026), le professeur de théologie à l’Université Concordia André Gagné explore l’idée de la fabrication du martyr de Kirk. Pour lui, l’assassinat du militant républicain serait rapidement devenu un levier conservateur dans la guerre culturelle. En entrevue, le spécialiste précise qu’il est difficile de dissocier le témoignage de foi de Kirk de son combat politique et de tous les moyens markétings qu’il mettait à profit.
Pour lui, il est dans l’ordre des choses que des bouleversements sociaux historiques — comme la mort de Martin Luther King ou les attentats du 11 septembre 2001 — provoquent des remous existentiels chez les gens. Encore faut-il savoir si cela se traduit par des changements profonds et persistants.
Mouton noir
Lisa-Gabrielle, 28 ans, se considère comme un mouton noir dans la famille en raison de ses positions politiques. Elle suit le héros MAGA depuis au moins trois ans. Quand elle comprend que Charlie place sa foi au-dessus de tout, c’est pour elle une révélation. «J’ai compris que mon athéisme était le seul élément qui me distançait du mouvement conservateur. J’adhérais à tout le reste, sauf au christianisme. Qu’est-ce qui m’en empêchait?», raisonne-t-elle.
Pour la native d’une famille assez antichrétienne et, de surcroit, très matérialiste, la mort de Kirk est un tournant. Elle s’autorise à acheter une Bible et à prier. Et elle décide de «donner sa vie à Jésus».
L’évènement est une dure épreuve pour la jeune femme, qui travaille en finances. Elle dit avoir pleuré pendant au moins dix jours. Bien plus encore, c’est la réaction populaire générale qui la confronte: «J’ai vu les gens fêter l’assassinat d’un père de famille, se réjouir de sa mort; j’ai vu le mal. Un tel manque d’humanité m’a fait dire qu’il y avait forcément à l’inverse une force du bien, et j’ai décidé de la chercher et de m’y accrocher.»
Ce manque d’humanité, elle le reçoit non seulement comme une attaque à l’égard de toute sa mouvance politique, mais aussi à son propre endroit. Elle en déduit que sa vision de la vie et de la société n’a pas droit de cité et que le bâillon, l’ostracisation ou la mort sont des risques toujours présents.
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Chercher la vérité
«Charlie Kirk a eu un impact sur des milliers d’étudiants sur les campus, avance le professeur Gagné. On ne peut pas juste banaliser ça. Il a aussi utilisé les réseaux sociaux pour véhiculer son message et il était très bon pour le faire. Il satisfaisait un besoin. C’est certain que, dans le monde dans lequel on vit en ce moment, il y a beaucoup d’incertitude, et les gens sont souvent en quête de sens. Lui, donnait des repères. Parfois, les réponses peuvent être bénéfiques, mais peuvent être aussi assez radicales et manquer de nuances.»
Arina, 28 ans, est aussi ébranlée par le meurtre de cette figure qu’elle ne connait pourtant pas: «C’est bouleversant de penser que tu peux te faire tirer dessus en plein jour juste parce que tu exprimes respectueusement tes idées et que tu veux dialoguer avec des gens.» Assez rapidement, elle enchaine de nombreuses vidéos de Kirk, passe des journées entières à écouter ses débats et découvre «quelqu’un de super intelligent».
L’énergie et la conviction avec laquelle le militant républicain défend ses positions suscitent aussi chez elle le désir de chercher la vérité: «Quand tu crois en rien, tu te fous un peu de tout. On dirait qu’il m’a ouvert les yeux sur le fait qu’il y a plein de mauvaises choses dans le monde, puis que ce serait important que je m’intéresse à ce qui se passe pour savoir quoi défendre.»
D’origine russe, citoyenne québécoise depuis 18 ans, Arina grandit sans religion et sans opinions politiques particulières. Avant de découvrir Charlie, elle a même une perception négative de la foi et s’intéresse davantage au développement personnel. Plus elle l’entend déployer les richesses de la Bible, plus elle voit comment la foi chrétienne offre des réponses significatives aux questions existentielles.
Au même moment, son copain, qui s’intéresse aussi à Charlie Kirk et à Dieu, se fait inviter par un pasteur de leur coin à participer à des études bibliques. Ils y vont tous les deux.
Transformation progressive
Même son de cloche chez Simon, 38 ans, qui découvre l’influenceur au moment de sa mort. Il tombe par la suite sur ses vidéos en ligne — une première, ensuite une deuxième, et puis une troisième… Il ne s’est jamais arrêté.
Pour l’entrepreneur, c’est non seulement l’intelligence, mais aussi la sagesse de Kirk qui le rejoint. «Il n’y a pas un vidéo que j’ai vu qui m’a fait douter de lui, soutient-il. Il m’a ouvert les yeux et a confronté ma façon de penser sur plusieurs sujets avec sa manière d’argumenter, qui était très structurée.»
Simon préfère parler dans son cas d’une transformation progressive plutôt que d’une conversion ou d’un changement radical. Ayant reçu une éducation culturellement catholique, il croit déjà confusément en Dieu, mais ne comprend pratiquement rien au christianisme.
L’approche rationnelle de l’apologiste américain lui plait et le conduit à se mettre à son école. Il se procure trois bibles plutôt qu’une et commence à les étudier, en plus de débuter le livre que Charlie terminait peu de temps avant sa mort: Stop, in the Name of God — Why Honoring the Sabbath Will Transform Your Life (2025).
Turning Point, Québec?
En plus d’Arina, de Lisa-Gabrielle et de Simon, plusieurs autres personnes avec un cheminement similaire sont identifiées par Le Verbe, mais il demeure que leurs récits ne sont pas légion au Québec.
Plusieurs pasteurs importants du milieu évangélique et baptiste québécois ont été sondés pour ce reportage. Aucun n’est témoin d’un mouvement ou d’un «réveil» de masse comme celui dont il est question au sud de la frontière. Corentin Messina, à Sherbrooke, constate toutefois une prise de conscience du côté des hommes chrétiens ou conservateurs. Selon lui, le traitement médiatique de la mort de Kirk leur aurait fait réaliser que, si des gens connaissaient leurs opinions, ils pourraient également se réjouir de leur mort.
Une ancienne candidate du Parti conservateur du Canada, Ingrid Fernanda Megni, organisait un rassemblement de prière en l’honneur de Charlie Kirk, le 20 septembre 2025, à Montréal, la veille de la grande cérémonie commémorative officielle aux États-Unis.
L’évènement ne rassemble qu’une trentaine de personnes, mais Mme Megni affirme de son côté y avoir rencontré plusieurs Québécois renouant avec leur foi chrétienne depuis l’assassinat. «D’autres se sont dits plus déterminés que jamais à affirmer ouvertement leurs valeurs conservatrices. Au sein de mon réseau et de mon église, cet évènement a encouragé plusieurs personnes à exprimer davantage leurs convictions et leurs valeurs sans crainte», partage-t-elle avec Le Verbe. Un sentiment aussi évoqué par Arina, Lisa-Gabrielle et Simon.
Prendre racine
Chez Arina, Simon et Lisa-Gabrielle, la semence de foi plantée par la mort de Charlie Kirk semble pour l’instant vouloir prendre racine.
Arina et son conjoint poursuivent leurs études bibliques et fréquentent leur église chaque semaine. La préparation de leur baptême et de leur mariage, qui auront lieu la même journée, va bon train. Même chose pour Lisa-Gabrielle, qui dit «poursuivre sa marche avec Jésus et chercher une manière d’intégrer [sa] relation avec lui dans sa routine afin que ce soit durable». Elle planifie également se faire baptiser dans les mois à venir.
Simon, quant à lui, a toujours hâte à son rendez-vous dominical pour entendre les enseignements de son pasteur, mais, surtout, pour voir la communauté, «ce [qu’ il] trouve le plus beau».
Avec un portrait de Charlie Kirk au cœur de sa maison, Simon se dit très reconnaissant envers ce héraut de la foi de l’avoir guidé vers Dieu. Il l’est encore davantage envers Dieu lui-même, «l’ultime responsable» de cette transformation. Le père de deux enfants ajoute: «Mettre Dieu dans sa vie, c’est une chose, mais le mettre en premier, c’est ce qui la fait changer véritablement». Et c’est à Charlie Kirk qu’il dit devoir cet enseignement.
Pour aller plus loin:
André Gagné, Chrétiens en quête de puissance — Présence globale et politique des pentecôtistes. Éditions Labor et Fides, Genève, 2026, 211 p.



