
Une colombe vole dans la nuit: Fernand Ouellette, le poète visité par la grâce
Le poète, romancier et essayiste Fernand Ouellette est un homme habité par une nuit. Une nuit au cours de laquelle l’Esprit Saint a soufflé si fort qu’à l’aube son âme a réclamé le sang et le corps du Christ après 40 années de jeûne. Cette nuit-là, le poète est devenu un homme eucharistique.
Fernand Ouellette m’accueille dans sa maison en m’invitant à me rendre à l’étage, où il a aménagé son bureau et sa bibliothèque. Les murs de l’appartement sont littéralement tapissés de livres et de tableaux. Partout où se posent mes yeux, des pans entiers de sa vie se dévoilent à moi.
Fernand Ouellette est né en 1930 dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal.
Comme plusieurs enfants à l’époque, il croit avoir la vocation. À 12 ans, il part donc, en train, vers le Collège Séraphique d’Ottawa, établissement d’enseignement de la communauté des Capucins, «les anges bruns», comme il les surnomme dans Journal dénoué, un de ses essais publié en 1974.
Là, il approfondit les arts. «C’est là que j’ai entendu pour la toute première fois Le sacre du printemps d’Igor Stravinsky. Parmi les pères, il y avait des peintres, des musiciens, des philosophes», se remémore-t-il.
Tourbillon intellectuel
À 17 ans, il quitte ce lieu après une histoire de cœur. «L’été, j’ai rencontré une fille. En octobre 1947, je me suis dit: “Là, ça va faire!” J’ai pris le train vers Montréal.»
Fernand Ouellette est toujours pratiquant lorsqu’en 1955 il rencontre l’amour de sa vie, Lisette Corbeil. Ils décident de se marier à l’église. Ils font même baptiser leurs enfants.
En 1960, après un passage chez les Éditions Fides où il est représentant, il entre à la radio de Radio-Canada. Il y prépare des émissions culturelles. Il y reste jusqu’en 1991.
Radio-Canada le propulse dans le monde intellectuel. Dès lors, sa vie est un tourbillon de rendez-vous avec des célébrités et des sommités. Il rencontre même le peintre Chagall, qui lui fait don de deux dessins. Il voyage beaucoup en Europe.
«J’ai eu une vie extraordinaire, car j’ai rencontré des personnes extraordinaires.»
Puis un dimanche de l’année 1960, en mission pour Radio-Canada, il ne peut assister à l’eucharistie.
«Je ne suis plus revenu à la messe. C’est aussi simple que cela. C’était beaucoup moins contraignant ainsi.»
La grande lassitude
Pourquoi?
«Il faut dire que le catholicisme que j’ai connu n’était pas très drôle. C’était très janséniste. J’avais eu une influence janséniste, c’est bien évident. Mon père l’était un peu également.»
Fernand Ouellette esquisse aussi une autre explication, plus profonde: «La pratique religieuse a fait naitre chez moi une grande lassitude. C’est cela qui m’a éloigné, dans le fond. Ce ne sont pas des scandales qui m’ont éloigné de l’Église, c’est la lassitude. Une lassitude de quelqu’un qui va à l’église, mais qui dans le fond n’est pas assez engagé.»
Sa carrière de romancier, d’essayiste et de poète est récompensée par toute une série de reconnaissances, telles que le prix du gouverneur général du Canada (par deux fois), le prix Anathase-David du gouvernement du Québec pour l’ensemble de son œuvre en 1987.
La plupart des personnes qu’il rencontre sont des non-pratiquants, voire des non-croyants. Pourtant, il ne perd pas la foi au Christ. «J’ai continué à prier. Je désirais retourner à l’Église, mais je n’en avais pas le courage!»
La nuit
Puis un jour, devenu grand-père, il reçoit sa petite-fille, âgée de six ans. Elle lui offre un dessin pour son anniversaire. Lorsqu’il le reçoit, il ne lui dit absolument rien. «C’était un beau dessin accompagné d’un beau poème. C’est tout!» me dit-il.
Ce poème, cependant, est annonciateur d’un grand retournement: «Une colombe, blanche comme la neige, qui vole dans la nuit. Elle viendra se poser sur toi. Chante, grand-papa chéri!»
Fernand Ouellette se couche ce soir-là sans se douter que l’œuvre de sa petite-fille est prémonitoire. Pourtant, le chant des croyants rassemblés le dimanche de la Pentecôte, il l’entamera au sortir de cette nuit de la Pentecôte.
«Je me suis levé dans la nuit. Puis, je me suis dit: “Je vais à la messe.”»
Il venait de recevoir «le don de force».
Encore aujourd’hui, Fernand Ouellette ne comprend pas ce qui lui est arrivé. «C’est très difficile d’expliquer ce désir après 40 ans de non-pratique religieuse. Pourquoi cela est-il arrivé? C’est l’œuvre de l’Esprit Saint.»
Le lendemain matin, il annonce à sa femme qu’il va à la messe. Elle ne comprend pas ce désir soudain, mais elle n’intervient pas. Le voilà donc sur les bancs d’une église de son quartier à chanter les louanges du Seigneur après une longue traversée du désert.
Après cette eucharistie mémorable, il décide d’aller plus loin encore dans la pratique cultuelle. «J’ai commencé à y aller tous les jours. Cela n’est pas explicable! Je n’avais pas été capable d’y retourner en quarante ans. Non, cela n’est pas explicable sans ce don de l’Esprit Saint.»
Devenir un homme eucharistique
«C’est une conversion dans le sens d’un retour à la pratique religieuse et à l’Église catholique, mais pas dans le sens où on l’entend souvent. Je n’ai jamais été athée ni agnostique. J’ai toujours gardé la foi, mais avec une incapacité volontaire d’y aller et d’y adhérer.»
Fernand Ouellette, en cette nuit de la Pentecôte, est devenu un homme eucharistique.
Le regard tourné vers le corps du Christ, il n’a plus peur de la mort, car il sait qu’elle le conduira vers la maison du Père, où se vit l’éternelle eucharistie.



