
Un musulman devenu pasteur
Depuis Montréal, Hesam anime une Église en ligne clandestine. Les chrétiens persécutés d’Iran s’y retrouvent pour vivre leur foi en toute sécurité. Cet ancien «bon musulman» a été saisi à 16 ans par la rencontre d’un Dieu incarné et personnel. La joie qu’il découvre le conduit au christianisme, puis au Canada. Il soutient maintenant ses confrères persécutés en Iran. Chemin de conversion d’un homme qui a tout quitté pour passer du Coran à la Bible.
En huit ans, à l’aide du bouche-à-oreille, le pasteur de 41 ans forme une communauté chrétienne iranienne virtuelle d’une vingtaine de fidèles. Ces derniers se réunissent tous les samedis après-midi via la plateforme Zoom pour vivre leur foi. «Nous lisons la Bible, puis je donne un enseignement suivi d’un temps de louange et de prière», résume Hesam.
Sachant que des espions du régime islamique iranien pourraient tenter de se connecter à ces rencontres, Hesam s’assure de ne pas inviter n’importe qui. Il rencontre individuellement chaque nouveau membre pendant plusieurs mois avant de lui envoyer le lien Zoom. «Je vérifie ses motivations, je m’assure qu’il croit au même Dieu, qu’il n’est pas un espion», explique le pasteur.
Mais comment en arrive-t-on à pareille mission?
À l’origine, une rupture
Hesam nait en 1985 en Iran dans une famille musulmane pratiquante. Lorsqu’il a 14 ans, ses parents divorcent et sa mère déménage à Téhéran, à six heures de route de son village natal. Son père le prive d’aller la visiter, une décision que vit très mal l’adolescent.
«Ça a été très dur pour ma sœur et moi de ne pas pouvoir voir notre mère. Je suis tombé en dépression», raconte Hesam. Il vit une crise intérieure et commence à pratiquer personnellement l’islam: la prière, la mosquée et le Coran font partie de son quotidien et imprègnent toute sa vie.
«Mais je ne trouvais pas Dieu dans l’islam», admet Hesam. «J’avais besoin de guérir, de pardonner, de sentir la paix et l’espérance dans mon cœur, ce que je n’ai jamais ressenti dans cette religion», ajoute-t-il.
Cette absence de Dieu l’amène à se questionner sur ses croyances, sa religion, l’islam. La charia – la loi islamique – le dérange aussi. Il est particulièrement scandalisé par la polygamie.
Deux ans plus tard, Hesam prend son courage à deux mains et s’enfuit avec sa sœur pour aller retrouver sa mère, qu’il n’a pas revue depuis le divorce. «On s’est fait attraper à mi-chemin», lâche Hesam. «Pendant un mois, ma grand-mère et mes tantes paternelles ont tenté de convaincre mon père que nous étions des enfants qui avaient simplement besoin de voir leur mère», ajoute-t-il. «Il a finalement cédé.»
Les deux adolescents se rendent chez leur mère à Téhéran et n’en repartiront plus. Bien qu’heureux de retrouver sa mère, Hesam se sent toujours déprimé. L’islam, la religion qui fait partie intégrante de son quotidien, le confronte intérieurement et il ne la comprend pas.
«Je trouvais cette religion illogique et vide et je sentais ce même vide à l’intérieur de moi», témoigne l’Iranien. «J’en avais assez de ne pas vivre une relation profonde et incarnée avec Dieu, j’avais soif de plus», continue-t-il. Plus que jamais motivé à trouver ce qui lui manque, Hesam décide alors «d’essayer» d’autres religions.
«Le régime islamique veut montrer au monde que l’Iran est un pays où règne la liberté, mais on sait tous que c’est faux. Les chrétiens réfugiés sont les seuls à pouvoir pratiquer librement le culte chrétien; les autres, comme moi, doivent se cacher.»
Un cœur nouveau
«J’ai envisagé le judaïsme, mais je ne connaissais aucun juif, donc j’ai vite laissé tomber. J’ai alors pensé à mon oncle chrétien qui vivait au Royaume-Uni», partage Hesam. Il profite du retour de son oncle en Iran pour le rencontrer et lui poser plein de questions au sujet de la Bible, du christianisme et des disciples de Jésus.
Il trouve des réponses logiques qui lui donnent envie d’aller plus loin dans sa quête. Il se rend à une église chrétienne qu’il a repérée tout près de l’Université de Téhéran. Surprise! La célébration est en persan et non en arabe. Une joie fulgurante secoue Hesam: il peut enfin prier et chanter dans sa langue maternelle.
«Seul l’arabe est permis dans l’islam, explique-t-il. Les Iraniens parlent le farsi – le persan –, donc la majorité des gens apprennent le Coran et les prières par cœur.»
En Iran, les Églises chrétiennes sont tolérées, mais très encadrées par le régime islamique. Elles accueillent principalement des chrétiens réfugiés, tels que les Arméniens qui ont fui le génocide dans l’Empire ottoman – l’actuelle Turquie – pendant la Première Guerre mondiale. Les offices sont en persan ou en arménien afin de s’adresser au plus grand nombre de fidèles.
«Le régime islamique veut montrer au monde que l’Iran est un pays où règne la liberté, mais on sait tous que c’est faux. Les chrétiens réfugiés sont les seuls à pouvoir pratiquer librement le culte chrétien; les autres, comme moi, doivent se cacher», s’indigne Hesam. Il rapporte que huit prêtres ont été assassinés peu de temps après sa conversion. Selon la charia, la conversion d’un musulman au christianisme est passible de mort.
Hesam passe sa première visite dans une église à pleurer. Il voit des gens se faire baptiser et d’autres chanter en langue. Il est fasciné: la joie qui émane des gens autour de lui est magnifique. Il veut, lui aussi, la gouter et prie Dieu de recevoir cet «Esprit Saint» qui semble en être la source.
«Le prêtre qui était présent a accepté de m’aider dans ma quête de Dieu, il m’a donné une Bible et m’a dit que je pouvais venir chaque semaine pour suivre une formation et pour le culte», relate Hesam qui repart sur un nuage.
Le jeune converti commence à lire la Bible en cachette et la dévore en deux mois. Ce qu’il y lit «est enfin logique» et il est persuadé que Dieu souhaite vivre au plus près de ses enfants.
Hesam sent son cœur en feu, il est rempli d’amour et pardonne à tous ceux envers qui il a nourri de la haine. «Dieu m’a donné un cœur nouveau, déclare-t-il, c’est comme si j’ai gouté à une infime partie de l’éternité à ce moment-là et ma vie a complètement changé, l’état dépressif qui me tenait depuis deux ans s’est envolé.»
À partir de ce jour, l’Iranien se rend clandestinement à l’église tous les vendredis pour une formation. Il se joint aussi aux quelque 500 chrétiens qui, par leur statut d’immigrant, sont autorisés à pratiquer leur culte tous les dimanches.
Illustration: Marie Laliberté/Le Verbe
Chrétiens clandestins
Pendant 17 ans, Hesam vit sa foi en secret. Son désir de quitter l’Iran se concrétise en 2018 lorsqu’il obtient un permis d’études canadien et s’installe à Montréal. Il obtient un baccalauréat et une maitrise en génie électronique avant d’entamer un doctorat dans le domaine de l’intelligence artificielle, qu’il poursuit encore aujourd’hui. Résident permanent depuis 2023, il attend actuellement sa citoyenneté canadienne.
Lorsqu’il arrive dans la métropole, Hesam prend rapidement contact avec la communauté et les églises anglophones, puisqu’il ne parle pas français. Il offre son aide dans la préparation au baptême des demandeurs d’asile iraniens. En trois ans, il en a accompagné plus d’une centaine.
Bien qu’il aime s’impliquer auprès des chrétiens iraniens à Montréal, ça ne lui suffit pas. Ceux qui sont encore en Iran, contraints de vivre leur foi clandestinement, demeurent dans l’esprit d’Hesam. Pour les soutenir, il crée une église en ligne secrète en 2024.
«J’ai dit à Dieu de m’envoyer des gens si telle était sa volonté et il l’a fait. Aujourd’hui, nous sommes une vingtaine de chrétiens originaires d’Iran à nous réunir par Zoom», s’enthousiasme Hesam.
Ce ministère est risqué – il ne faudrait pas que le lien de connexion tombe entre de mauvaises mains –, mais il le remet sans cesse à Dieu. «C'est peut-être un miracle que rien de grave ne se soit produit depuis que j'ai lancé mon église», convient le pasteur en riant.
En dépit des risques, Hesam se donne la mission d’étendre plus largement son ministère. Il souhaite ainsi aider le plus grand nombre d’Iraniens privés de vivre librement leur foi chrétienne là où ils sont.
Avec des propos recueillis par Brigitte Bédard.



