
Quand la mort prend le bord
À 20 ans, Valérie a l’été devant soi. À mesure qu’approche la rentrée universitaire, elle contemple son rêve, celui d’une grande carrière d’architecte. Tout est à sa place, jusqu’à ce que frappe à sa porte le grand intrus: un cancer. Alors que pèse cette menace contre sa vie, l’appel fortuit d’un ami l’invite à la prière. Portrait d’une femme qui a reçu la vie en abondance.
Si elle est à bout de souffle depuis quelque temps, c’est pour une réaction allergique qu’elle entre, en catastrophe, à l’hôpital. Ses démangeaisons sont atroces. Après une interminable batterie de tests, les résultats tombent comme un pavé dans la mare tranquille de sa jeune vie: lymphome. On tente de la rassurer. C’est un cancer qui se guérit, après tout, même s’il est généralement plus agressif et dangereux chez les jeunes.
Le souffle coupé
«La masse principale était située dans la cage thoracique, près du cœur», me raconte Valérie, toute pimpante et souriante. Depuis peu, «j’étais essoufflée, explique-t-elle. Je pensais que c’était une pneumonie. Jamais je n’aurais imaginé un cancer. J’ai fait deux semaines de chimiothérapie intenses, à coup de deux traitements par jour. Comme ça répondait bien, on a augmenté la dose d’un cycle à l’autre. On ne pouvait pas faire de radiothérapie, parce que ça aurait pu provoquer un cancer du sein.
— Tu racontes tout ça avec un grand sourire, quand même!
— Je suis en train de penser à ma période de déni. J’avais gardé deux cours à l’université! Je me disais que je serais capable. C’était impossible!»
Mais la superfemme n’est plus. Après une série de traitements, elle retourne chez ses parents. Affaiblie et fatiguée, Valérie doit même se faire donner le bain par sa mère.
Rencontre fortuite
Entre deux traitements, alors que Valérie est en route pour se rendre chez son copain, son ami Joël téléphone. Il insiste pour qu’elle vienne chez lui immédiatement. Elle ne veut pas. Il s’entête, s’acharne. Valérie finit par céder.
La veille, Joël, qui revient tout juste à la foi chrétienne, était allé à une messe des jeunes dans l’église de son secteur. Après avoir reçu la communion, il prie pour la guérison de Valérie. Alors que la cérémonie tire à sa fin, le prêtre célébrant prend le micro et, à la stupéfaction de Joël, déclare: «Quelqu’un a demandé une guérison. Le Seigneur lui fait dire d’avoir confiance.» Spontanément, Joël se reconnait. Après la messe, il s’avance vers le prêtre, qui l’intime de prier avec Valérie.
Sur le chemin du retour, dans le bus, une dame vient vers le jeune homme, le voyant troublé. Se penchant vers lui, elle décline mystérieusement deux passages des évangiles sur l’importance de la prière et de la foi.
«C’était la fois où Jésus demande ses disciples de monter sur une barque pour qu’ils le précèdent sur l’autre rive, alors qu’il s’en va prier seul sur une montagne [Mt 14,22-23]», raconte Valérie, se remémorant les faits rapportés par Joël à l’occasion de cette visite. «Et encore, Jésus qui dit que, si l’on a foi en Dieu, alors notre foi peut déplacer des montagnes. Que si on ne doute pas dans notre cœur, si l’on croit en lui, il peut exaucer notre prière [Mc 11,20-26].»
«Ce n’était pas ma mort physique qui me préoccupait. J’angoissais sur ma mort spirituelle.»
Prise de conscience
Alors qu’elle écoute Joël, Valérie sent son cœur s’agiter. Dans son esprit de jeune femme «croyante, mais non pratiquante», l’image de Jésus surgit. Elle réalise avec amertume que cet «ami», comme elle l’appelait toute jeune, il y a belle lurette qu’elle ne lui parle plus!
«J’étais bouleversée par cette prise de conscience, puis Joël s’est mis à prier à voix haute. Il demandait ma guérison. Je n’avais jamais prié à voix haute avec quelqu’un. Juste ça – l’entendre prier pour moi, entendre quelqu’un qui me veut du bien –, ça me touchait énormément. Je réalisais que j’avais un cancer, que je n’avais que 20 ans et que j’allais surement mourir bientôt! Ça m’est rentré dedans et je me suis mise à pleurer.
«À un moment donné, il s’est arrêté de prier pour me demander si je voulais ajouter quelque chose. Je ne savais pas quoi dire! J’ai répondu que non.» C’est alors que Joël lui explique: «Le prêtre m’a indiqué que tu devais dire: “Jésus, j’ai confiance en toi.”»
«Je m’apprête à le dire, raconte Valérie. “Jésus…” Silence total. Intérieurement, ça se bouscule. Est-ce que je peux dire ça? Est-ce que c’est vrai? Est-ce que j’ai confiance? Je n’arrête pas de pleurer. Ça dure une éternité.
«Je vivais le combat spirituel le plus intense de ma vie. Je me disais que je n’arriverais jamais à le dire, et que j’allais mourir! Mais ce n’était pas ma mort physique qui me préoccupait. J’angoissais sur ma mort spirituelle. Une mort bien plus grave! Une mort éternelle!»
Combat spirituel
Valérie, à ce moment, ne tient pas debout. Elle est toute recroquevillée, les mains sur sa poitrine. Le souffle lui manque, lui rappelant les symptômes de sa maladie. Épuisée, elle parvient, sans trop savoir comment, à prendre la folle décision de croire. Avoir confiance en celui qui peut tout changer: «Jésus, j’ai confiance en toi.»
Sa cage thoracique s’ouvre. Valérie est libérée d’un fardeau insoutenable. La mort vient-elle de prendre le bord? Valérie est abasourdie, sans parler de Joël, qui la regarde sans trop comprendre ce qui vient de se passer.
Cet instant, Valérie le raconte avec beaucoup d’émotion. «J’étais servante de messe jusqu’à mes 17 ans, mais je n’avais jamais déclaré une chose pareille. Ce soir-là, c’était comme dire “je crois” avant même de croire. Mon cœur était ouvert. J’ai compris, en relisant mon histoire, que l’Esprit Saint a pu entrer dans ma vulnérabilité. Grâce à Joël, j’ai eu accès à un monde nouveau, une perception nouvelle de toutes choses, à un moment où j’avais besoin de tout et de tout le monde. J’étais pauvre spirituellement et humainement.»
Forte de cette expérience de Dieu, Valérie prend courage. Elle affronte les cinq mois de chimiothérapie qui suivent dans une paix profonde, soutenue chaque jour par la prière des psaumes, ces 150 poèmes bibliques qui encapsulent les tribulations et les joies de la condition humaine.
Valérie termine en fin de compte son baccalauréat en architecture, mais quelque chose en elle a changé, la propulsant sur un autre chemin. Elle devient intervenante auprès des adolescents qui souffrent de toxicomanie et de cyberdépendance et sert comme bénévole pour un organisme œuvrant auprès de jeunes survivants du cancer.
En février 2026, si Dieu le veut, Valérie fêtera le dixième anniversaire de sa rémission complète. Avec encore plus d’ardeur, pourtant, elle célèbre cette vie nouvelle de l’âme qu’elle a reçue durant la guérison de son corps.
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