Jacques de Voragine, raconter la vie des saints, un dragon à la fois
La vie du bienheureux Jacques de Voragine, du moins ce que l’on en sait, ressemble à son œuvre la plus connue. Comme dans La légende dorée, la vérité historique s’entremêle avec le récit mythologique, et ça commence à sa naissance. Elle a lieu quelque part entre 1225 et 1230, vraisemblablement en 1228. Bien que la postérité le connaisse sous le nom de Voragine, il serait né à Varage, en Italie, et devrait son nom à l’erreur d’un copiste.
Malgré des débuts laborieux, l’histoire se précise lorsqu’il entre chez les dominicains en 1244. Il aurait alors 16 ans. Fait surprenant pour un dominicain qui a occupé tous les échelons de l’ordre avant de devenir évêque de Gênes, il n’y a aucune trace de son passage dans une université. L’Ordre des Prêcheurs est pourtant reconnu pour l’érudition de ses membres. Cette absence des registres universitaires et la mésentente des biographes rendent le sujet difficile à cerner.
L’homme avant le mythe
Jacques de Voragine semble très apprécié de ses contemporains, et reconnu pour sa sagesse et ses vertus. Il aurait refusé une première fois d’être consacré évêque et se serait finalement laissé convaincre par le peuple de Gênes, qui l’aurait réclamé à grands cris. Déjà bien connu du pape Nicolas IV, il est convoqué à Rome pour être consacré par lui en personne. Or, le pape meurt avant de pouvoir le faire. C’est finalement l’évêque d’Ostie qui s’en chargera.
Artisan de paix dans son diocèse, il se serait précipité entre deux factions opposées, au péril de sa vie, racontent certains chroniqueurs. C’est à de Voragine que l’on doit la signature de l’accord de paix entre les partis.
L’emploi du conditionnel tout au long de ce texte rend peut-être sa lecture rébarbative. Hélas! Le récit de vie de Jacques de Voragine est truffé d’approximations, même d’exagérations. Il semble que le style hagiographique employé par l’auteur de La légende dorée ait été repris par certains de ses biographes. Ce dont nous sommes certains, c’est qu’il a été élu prieur de l’ordre dominicain dans la province de Lombardie en 1267 et archevêque de Gênes en 1292.
Un héritage aux proportions bibliques
On pourrait s’en tenir aux maigres faits historiques et chercher à déterrer d’autres dates, mais ce serait passer à côté de la raison pour laquelle le nom de Jacques de Voragine est connu encore aujourd’hui. Car sa carrière est double, à la fois ecclésiastique et littéraire. Et c’est la seconde qui lui vaut la reconnaissance, grâce à une œuvre en particulier: La légende dorée. Cette chronique de la vie des saints est, avec la Bible, l’une des œuvres les plus lues à l’époque.
Jacques de Voragine a ses détracteurs, qui l’accusent d’exagération et mettent en doute ses sources historiques. Ils se méprennent sans doute sur l’intention de l’auteur, qui est avant tout de promouvoir l’excellence de la vie chrétienne par les vertus des saints. Ces récits ont en fait une valeur catéchétique. En bon pédagogue, l’auteur tente d’exhorter ses ouailles à la sainteté en leur proposant des modèles exaltants.
On en sait bien peu sur Jacques de Voragine, mais son amour du Christ, sa recherche des vertus héroïques et son éloquence naturelle percolent à travers son œuvre. Un auteur ne livre-t-il pas toujours un peu de lui-même à travers ce qu’il choisit d’explorer?


