Augustin Thomas veut renouveler l'art sacré

Florence, ville des arts. Y trouver un atelier de sculpture d’objets religieux n’est pas surprenant. Ce qui l’est, c’est le propriétaire: un Parisien de 25 ans. Qui se lance dans l’art sacré aujourd’hui? Augustin Thomas en est convaincu, la beauté peut toucher tous les cœurs et les éveiller à plus grand, au divin. Portrait d’un jeune artiste qui a troqué les discours théologiques pour les mystères de l’art.

  • Photo: Avec l'aimable autorisation d'Augustin Thomas

«Les croyants n’attendent que ça, de l’art beau, accessible, qui n’est pas kitch, affirme d’emblée Augustin. Comme moi, beaucoup en ont marre de l’art sacré froid, des statues blanches sans émotion, sans caractère ni originalité, aux poses vues et revues», se désole l’artiste. Il n’arrive d’ailleurs plus à prier devant ce genre de représentations.

«Ça m’attriste, ça m’énerve même, parce que je crois qu’on passe à côté d’une occasion de faire vivre quelque chose de fort à des personnes, d’élever des âmes», explique-t-il. En plus d’aller aux périphéries, Augustin aspire à renouveler l’image de l’art sacré dans l’Église, qui n’est plus adapté à notre époque, selon lui.

Dès l’origine

Sensible et créatif de nature, le jeune Augustin Thomas semble prédestiné à la carrière artistique. Il reçoit une éducation catholique, où la lecture, l’histoire, le catéchisme et l’art occupent une place importante. Au primaire, ses cahiers d’école sont remplis de gribouillis.

En 2016, il entre en arts appliqués au lycée [cégep] et découvre le modelage en argile. Coup de foudre. «Je passais des nuits blanches à modeler, à matérialiser mes idées, mes émotions, ma foi», partage le sculpteur. C’est devenu pour lui une forme d’évangélisation qui lui permet d’aborder les sujets philosophiques qui l’animent, comme le péché et la grâce, le mystère de l’union entre l’homme et la femme ou la vie intérieure d’une autre manière.

Au collège, Augustin fréquente un établissement catholique, mais la réalité le rattrape vite au lycée. Peu de gens partagent sa foi, et il se heurte pour la première fois aux critiques et aux discours anticléricaux de ses collègues et professeurs. «Ça a été un déclic dans ma foi, lance Augustin. Me retrouver en face de profs anticathos qui, à chaque cours, lancent les mêmes arguments contre l’Église a été mon moteur pour apprendre à mieux connaitre ma foi et Jésus». Il commence alors à lire assidument sur le christianisme et à prier davantage.

«D’être le seul catho de ma classe et d’être attaqué sur mon identité ne m’a pas laïcisé, mais a eu l’effet inverse. Ça m’a fait grandir dans la foi», admet l’artiste, un sourire en coin.  

Le beau, un langage universel

Augustin finit par trouver un point commun avec ses camarades: l’attrait pour le beau: «J’ai pris conscience que le beau pouvait ouvrir une porte au dialogue entre croyants et non-croyants. Le fait que nous soyons tous sensibles au beau rend l’art universel et en fait un médium de conversion plus doux qu’un discours théologique ou qu’un traité philosophique», croit-il.

L’art est pour lui un canal de communication qui laisse la libre interprétation à celui qui regarde, qui écoute, et «[…] qui permet davantage aux âmes de s’ouvrir et de rencontrer Dieu. […] J’aime l’idée de laisser le mystère entrer doucement par les yeux dans la mémoire et dans le cœur des gens», conclut Augustin.

Pour cela, l’artiste doit peaufiner sa technique en sculpture d’argile. À la fin du lycée, en 2022, l’apprenti sculpteur intègre l’École d’Art sacré de Florence et, grâce à des contacts, il est logé pour presque rien chez les Fraternités monastiques de Jérusalem. Il installe son atelier dans la tour du monastère, une expérience qui dure un an et qu’il adore.

Fini l’art sacré kitch

À l’époque, Augustin est particulièrement inspiré par saint Joseph, le patron des artisans. Il sculpte un premier modèle, le Saint Joseph Pèlerin, dont il fait deux exemplaires. Il les offre en cadeau à deux couples d’amis qui se marient cette année-là. C’est un véritable succès.

«Elles ont énormément plu et j’ai reçu plusieurs commandes de ce modèle par la suite, raconte l’artiste. J’ai vendu huit exemplaires réduits peu de temps après et, à l’heure où je parle, je finis tout juste une série de cinquante autres exemplaires.»

Il comprend alors qu’il est possible de vivre de son art en tant que catholique en 2026. La demande d’œuvres sacrées est élevée, mais l’offre quasi inexistante.

S’ensuivent d’autres modèles de saint Joseph, une Vierge Marie d’un mètre cinquante, une Notre-Dame de Pentecôte, une crèche exposée au Vatican à Noël et des expositions à Rome et à Paris. En mai 2025, il se lance sur Instagram afin de promouvoir ses œuvres, ce qui donne un nouvel élan à sa jeune carrière : il reçoit encore plus de commandes. Victime de son succès, il déménage un mois plus tard et ouvre son propre atelier, rue del Campuccio.

Foi et profession ne font qu’un

Pour sortir des clichés et créer quelque chose de nouveau, Augustin a besoin de temps et d’une bonne dose d’inspiration divine.

«Vouloir que mon art soit l’incarnation de ma foi dans la matière m’oblige à prier et à fréquenter intimement Dieu ou le saint patron que je vais reproduire, témoigne l’artiste. Je prie, médite et lis pendant des mois sur le saint en question afin de nourrir mon imagination et de me former des images mentales», ajoute-t-il. Sans ça, le sculpteur se sent indigne de modeler le saint.

«Une fois que j’ai cette image dans ma tête et que je sens que ma main et mon cœur sont suffisamment unifiés, je peux créer une nouvelle image», continue Augustin. L’art sacré demande un alignement profond entre la vie spirituelle et professionnelle.

La grande tentation à laquelle doit toutefois résister l’artiste est de vouloir «trop montrer Dieu». Il entend par là de servir sa propre volonté — celle d’évangéliser — plutôt que de laisser Dieu se révéler de lui-même à travers l’œuvre.

«Je me répète souvent que l’art doit rester gratuit et dépourvu d’intérêt personnel. J’essaie d’atteindre ça par une union intime avec Dieu, et ça, ça passe par la prière, beaucoup de prière», confie Augustin. Chaque année, il part en retraite silencieuse pendant une semaine et, tous les matins, sur le chemin de l’atelier, il récite sa prière préférée, la prière de l’artisan.

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Le sculpteur de 25 ans envisage à moyen terme de retourner auprès de ses proches à Paris pour ouvrir un atelier avec des amis artistes. Il aimerait développer d’autres marchés, comme le Canada et les États-Unis.

Même s’il souhaiterait ne faire que des commandes religieuses, Augustin est bien conscient que ce ne sera probablement pas possible. «Plus j’avance, plus je constate que le monde laïc a besoin de beauté et de Dieu. J’essaie donc de ne pas rester cantonné à mes envies et d’être ouvert à ce que Dieu veut de moi», finit-il.  

Photos: Avec l'aimable autorisation d'Augustin Thomas

Frédérique Bérubé
Frédérique Bérubé

Diplômée au baccalauréat en communication publique et à la maîtrise en journalisme international, Frédérique est passionnée de voyages, de rencontres humaines et, bien sûr, d’écriture. À travers ses reportages, elle souhaite partager des histoires inspirantes et transformantes!