Une chandelle et des crêpes

Ça y est: j’ai appris à vivre avec l’hiver.

Il y a deux ans, je me plaignais ici de cette saison, jonglant avec l’idée de m’évader quelques jours dans le Sud. Ne vous méprenez pas: je déteste devoir m’encabaner, sachant que certains soupent en terrasse à longueur d’année. La noirceur, le froid, le vent… L’idée de lutter contre les éléments pour accomplir la moindre activité me décourage encore aujourd’hui.

Mais je n’habite pas un village méditerranéen. Et je ne serai jamais Italienne, car ma haine de l’hiver n’a d’égal que mon attachement au Québec.

Or, maintenant, le 2 février, j’accueille parents et amis pour souligner la Chandeleur. À la lueur d’une chandelle, nous partageons un repas de crêpes. Cette fête est une occasion d’espérance qui, dans la tradition catholique, symbolise la lumière que le Christ apporte au monde. Pour les autres, elle annonce le début de la fin de l’hiver.

S’arrêter

Wintering, de Katherine May, est un des rares livres de développement personnel qui ait trouvé une place dans ma bibliothèque. L’écrivaine y présente les périodes de ralentissement comme nécessaires à la croissance, des moments où l’on se retire pour mieux préparer l’avenir. Elle insiste: ces pauses ne sont pas un échec. Elles sont inhérentes à la vie et à notre condition humaine.

Pour illustrer son propos, elle nous fait voyager au nord du Nord, là où l’hiver est encore plus intense et obscur. En Finlande, en Islande, en Suède, des populations apprennent à traverser l’hiver, à marquer le temps par des rituels, à générer lumière et chaleur dans une période autrement ténébreuse. Car c’est précisément en hiver que l’Occident connait son pic de mortalité, le 3 janvier étant la journée la plus meurtrière en France.

Célébrer

À côté du calendrier de l’Église, celui de nos Fêtes semble bien pauvre. Nous nous contentons d’une dizaine de jours coincés entre deux épisodes de grippe.

Et nous y célébrons en plus le Nouvel An. Alors que l’hiver n’est pas encore à son apogée, nous sablons le champagne et faisons comme s’il s’agissait d’un bon moment pour prendre des résolutions.

Au Moyen Âge, dans certaines régions, on célébrait le Nouvel An le 25 mars, neuf mois avant Noël. Ce passage à l’année nouvelle coïncidait avec la fête de l’Annonciation, où l’ange Gabriel révèle à Marie qu’elle enfantera le Christ. Une promesse de vie et de transformation. Dans cette même période vient finalement le temps de Pâques, après une intense séquence de prière, de jeûne et d’aumône. Une retraite à la sortie de l’hiver, qui culmine avec la résurrection. Le triomphe de la vie sur la mort, pour de bon.

Rentrer chez soi

L’idée n’est pas de réduire la liturgie à une simple célébration des saisons ni de vouloir paganiser l’Évangile. Je dis simplement que, depuis que je souligne la Chandeleur, je retrouve mes repères au cœur des soirées glaciales de février.

Assurément, ce n’est pas tant l’hiver qui rendait ma vie insupportable que mon obstination à faire comme s’il n’existait pas. Cette année, j’approche l’hiver comme une occasion, un espace-temps qui m’invite à rentrer chez moi, à fermer la porte et à poser, à la fenêtre, une chandelle allumée.

Valérie Laflamme-Caron
Valérie Laflamme-Caron

Valérie Laflamme-Caron est formée en anthropologie et en théologie. Elle anime présentement la pastorale dans une école secondaire de la région de Québec. Elle aime traiter des enjeux qui traversent le Québec contemporain avec un langage qui mobilise l’apport des sciences sociales à sa posture croyante.