
Un autre soi
Je fais partie de ces mères qui choisissent de partager l’éducation de leur enfant avec une femme musulmane. Une femme voilée, comme on dit. Dans son milieu de garde, notre petite côtoie aussi des jeunes accueillis dans une famille formée de deux papas. Naturellement, lorsqu’ils nous invitent à souligner l’anniversaire de l’ainé, j’accepte sans hésiter. Toute la garderie est de la partie, éducatrice comprise. S’y ajoutent plusieurs amis du couple. Je passe l’après-midi entouré de familles homoparentales et de familles magrébines.
Au moment de servir le gâteau, un second apparait. Il a été préparé pour Khadija, qui célèbre ses trente ans. La jeune mère est émue aux larmes par cette attention. Après tout, elle est arrivée au Québec l’année précédente, en plein mois de février. J’imagine à quel point ce doit être difficile.
Peut-être verrez-vous dans cette anecdote une forme de «propagande diversitaire». Or, pour moi, la diversité est d’abord et avant tout une composante du réel.
Compétences du 21e siècle
Loin de «mélanger» ma fille, évoluer dans un tel environnement lui permet d’acquérir des compétences humaines reconnues par l’UNESCO comme essentielles au 21e siècle. À seulement quatre ans, ma fille développe son intelligence émotionnelle, cette capacité à s’affirmer tout en tenant compte de l’autre et du contexte. Alors que les connaissances n’ont jamais été aussi accessibles et que plusieurs tâches sont déjà automatisées, ce sont ces compétences socioémotionnelles qui seront recherchées dans un avenir saturé par l’intelligence artificielle.
Si sa meilleure amie dit le bismillah avant de manger, c’est parce que c’est sa façon à elle de prier. Mon enfant ne s’est pas gênée pour lui montrer son nouveau pendentif, sur lequel figure le visage de Marie, «la maman de Jésus», a-t-elle pris soin de préciser.
Il ne s’agit pas d’adhérer à une idéologie, mais de cultiver des facultés nécessaires pour vivre dans des sociétés complexes, pluralistes et interdépendantes.
Être avec
Au sud de la frontière, certains groupes de pression s’en prennent à l’enseignement du savoir-être à l’école. On lui reproche, au mieux, de détourner du temps consacré aux notions jugées essentielles. Au pire, d’être une forme d’endoctrinement.
L'empathie n’est pas qu’une valeur à la mode. Il s’agit d’une faculté humaine fondamentale, que les neurosciences ont confirmée avec la découverte des neurones miroirs, ces cellules qui nous permettent de ressentir intuitivement l'expérience d'autrui.
Il s’agit d’un pilier de l’intelligence émotionnelle, qui me permet de reconnaitre en l’autre un semblable sans vouloir l’absorber ni l’effacer.
Dans la tradition chrétienne, cette disposition n’a rien d’abstrait. Le Christ ne s’est pas tenu à distance du monde par souci de pureté ou d’autopréservation. Il a habité le monde tel qu’il était.
Cette proximité n’a pas éliminé les tensions, mais elle a ouvert un espace où la relation est devenue possible.
Cette posture l’a mis à risque, certes. À sa suite, ne craignons rien.



