Prière de venir sans vos enfants

En juin, mon époux et moi célébrons nos noces d’étain. Dix ans déjà.

Nous n’avons jamais regretté notre réception à la bonne franquette. Nous étions jeunes et sans le sou, comme la plupart de nos amis. Nous voulions une célébration religieuse solennelle, à la hauteur de l’engagement que nous prenions. Pour la suite, nous avons opté pour la simplicité: un potluck sur un terrain de camping.

Plusieurs en parlent encore comme du plus beau mariage auquel ils aient assisté.

«Y aura pas d’enfants»

Selon des données rapportées par le New York Times, près de 80 % des couples favorisent désormais une célébration de mariage excluant les enfants. Ces années-ci, nous assistons à davantage de baptêmes que de mariages. Cela m’évite quelques débats inutiles.

Ce n’est pas tant l’aspect logistique qui me dérange, mais bien ce que cette tendance révèle. Le mariage n’est plus un rite de passage. Au Canada, on se marie en moyenne lorsque la trentaine est bien entamée. On habite ensemble. On a parfois des enfants. On partage peut-être un prêt hypothécaire, bien avant d’avoir prononcé des vœux.

Alors, à quoi répond-on encore «Oui, je le veux»?

Évènement communautaire

On ne se marie jamais seuls. Pour que le mariage soit considéré comme valide, la loi civile comme religieuse exige la présence de témoins. Les personnes présentes au moment des vœux ne sont pas là uniquement pour attester le consentement libre et éclairé des époux, ou encore pour congratuler les fiancés sur leur bon gout. Elles portent la mémoire d’une promesse et, d’une certaine manière, s’y trouvent liées. Les témoins d’un mariage sont appelés à soutenir le couple dans les épreuves qu’il traversera inévitablement.

Dans la tradition chrétienne, le mariage ne vient pas consacrer un simple sentiment amoureux qui est, par nature, changeant. Il ne se confond pas avec la célébration. Il est orienté vers la durée et se vit au quotidien. Il s’agit d’une alliance qui dépasse les époux et leurs familles immédiates. En se donnant l’un à l’autre, les époux créent un lieu d’ancrage, un espace de stabilité appelé à transformer la communauté qui les entoure.

Vraie vie

C’est pour cela que les enfants me semblent avoir toute leur place lors d’un mariage, même si ces petits êtres turbulents peuvent paraitre encombrants lors d’évènements que l’on voudrait sophistiqués, instagrammables.

Il semble en effet que les gens paient désormais entre 35 000 $ et 50 000 $ pour leur réception de mariage. Puisque l’on paie, on se sent justifié de vouloir tout contrôler. Les pleurs d’un nourrisson peuvent évidemment être dérangeants, surtout quand on pense au cout par minute d’un tel rassemblement.

Pourtant, à mes yeux, les enfants sont le signe de ce qui permet à l’amour de s’inscrire dans la durée: le décentrement, la patience, l’humilité. Ils incarnent aussi ce que l’amour rend possible: la transmission, la continuité, le don de soi.

Un mariage sans enfants est peut-être élégant.

Mais à choisir, je préfère participer à une célébration à l’image de l’avenir qu’elle annonce: imparfait, mais bien vivant!

Valérie Laflamme-Caron
Valérie Laflamme-Caron

Valérie Laflamme-Caron est formée en anthropologie et en théologie. Elle anime présentement la pastorale dans une école secondaire de la région de Québec. Elle aime traiter des enjeux qui traversent le Québec contemporain avec un langage qui mobilise l’apport des sciences sociales à sa posture croyante.