Olivier Primeau, les élections et l’IA

Qu’ont en commun ces éléments, en apparence si disparates?

La marche du monde actuel, avec la montée en puissance — en influence surtout — des algorithmes des différentes plateformes d’intelligence artificielle, est dangereusement altérée. Des nouvelles, comme l’appui de l’entrepreneur Olivier Primeau à la campagne électorale de la Coalition avenir Québec, occultent une partie des questions encore irrésolues que pose sur nos démocraties occidentales l’intelligence artificielle. Olivier Primeau, c’est ce premier test qu’elle, l’intelligence artificielle, pose à notre système démocratique québécois.

Mais, tels ces data centers cachés aux yeux des passants en plein cœur de Paris, Olivier Primeau, en tant qu’influenceur officiel de la campagne électorale du Québec, détourne le débat et rend difficile l’essentielle réflexion que nous devrions avoir concernant l’impact des réseaux sociaux sur le monde politique. La visibilité de l’influenceur cache derrière elle un enjeu démocratique important.

Fabrice Epelboin, spécialiste des réseaux sociaux, auteur et enseignant à SciencesPo Paris, a présenté récemment les choses ainsi sur la chaine CNews en France: «Les réseaux sociaux sont devenus la nouvelle agora politique.» Si le journalisme a pu tenir pendant longtemps le rôle de contrepouvoir au législatif et à l’exécutif, Epelboin défend que, depuis peu, ce sont les réseaux sociaux qui détiennent le contrepouvoir. L’auteur explique à Mathieu Bock-Côté qu’il y a maintenant la République, et, à côté, la démocratie. L’État n’a pas su s’adapter à cette montée de l’influence des réseaux sociaux propulsés par leur algorithme.

«Les réseaux sociaux sont devenus la nouvelle agora politique.»

- Fabrice Epelboin

Ou peut-être que l’État se sent dépassé et suit simplement cette marche du monde? Tel Emmanuel Macron, qui reçoit à l’Élysée les youtubeurs McFly et Carlito, en 2021, ou, encore récemment, ces politiques qui paient Guillaume Pley pour participer au balado Legend. Chez nous, avec un peu de retard, c’est Mme Fréchette qui nous entraine avec elle dans cette marche, aux côtés d’Olivier Primeau, sans qu’on réfléchisse à la destination.

Pourtant, la section Règles à respecter pour intervenir dans le débat politique du site d’élections Québec encadre clairement le type et le mode d’intervention permis durant la période électorale afin de «limiter l’influence de l’argent dans le débat politique […]. C’est pourquoi les tiers sont limités dans les interventions qu’ils peuvent faire: ils ne peuvent pas utiliser leur capacité financière pour intervenir dans le débat politique.»

Élections Québec indique aussi que «pendant cette période, vous pouvez exprimer vos préférences, faire part de vos opinions partisanes ou donner de la visibilité à une candidate, un candidat, un parti politique ou son programme si cela ne coute rien. Les couts liés à la conception, à la production et à la diffusion de votre message doivent être nuls.»

Je me permets de remettre quasi intégralement ces passages parce que, d’abord, et c’est déjà beaucoup, j’ai l’impression qu’une telle collaboration ne respecte simplement pas les lois électorales.

Et parce que je crois foncièrement que le grand absent de toutes les élections, c’est ce temps que nous ne prenons jamais, citoyens, pour réfléchir aux enjeux qui mettent en péril l’avenir de notre démocratie.

Simon Paré-Poupart
Simon Paré-Poupart

Touche-à-tout par excellence, Simon Paré-Poupart a porté de nombreuses casquettes: gestionnaire et intervenant social, militant politique, recherchiste, journaliste et chroniqueur indépendant. Il a écrit «Ordures! Journal d'un vidangeur» (Lux) basé sur son travail comme éboueur à Montréal pendant vingt ans.