Illustration: Emma Lacroix/Le Verbe

Se calmer les hormones

Dans la frénésie du monde moderne, nous avons l’impression d’avoir sans cesse l’esprit agité et le corps sous tension à force de passer d’une activité à l’autre sans pause. On entend souvent dire que nous sommes sur l’adrénaline, et cela n’est pas qu’une vue de l’esprit! Cette hormone, dont le rôle est d’augmenter nos rythmes cardiaque et respiratoire, fait se tendre nos muscles pour nous aider à faire face à un danger. Elle devient donc un véritable poison pour notre corps et notre esprit quand nous en produisons en continu, poussés par notre rythme de vie effréné.

En revanche, dès que l’on s’arrête, ne serait-ce que quelques secondes, pour observer un oiseau dans le ciel, un bateau voguer sur le fleuve, les branches d’un arbre se balancer dans le vent, ou simplement pour regarder les vagues sur une plage, on ressent spontanément une paix profonde. Cette paix est elle aussi liée à un processus chimique. En effet, en arrêtant de bouger et en nous concentrant sur l’instant présent plutôt que sur les pensées qui abondent dans notre esprit, nous envoyons inconsciemment un signal à notre cerveau, qui commence alors à produire de la sérotonine, appelée «l’hormone de la paix» ou encore «l’hormone du bonheur».

La sérotonine agit directement sur notre cerveau émotionnel en l’empêchant de sécréter de l’adrénaline. Elle diminue également la sécrétion de la dopamine, qui est «l’hormone de l’excitation». Nous nous sentons alors présents et détendus, en communion avec la nature, et ce, même dans des circonstances difficiles. Par exemple, Nelson Mandela, durant sa captivité à Robben Island, parvenait à adopter une attitude contemplative par rapport à son environnement durant les 20 minutes de marche qui séparaient sa prison de la carrière où il effectuait des travaux forcés.

Si la dopamine est sécrétée naturellement, elle aussi associée à la consommation d’une substance (sucre, alcool, drogue) ou à certains comportements plus ou moins répréhensibles – utilisation des réseaux sociaux, jeu compulsif au casino, pornographie. La sérotonine, en revanche, est abondamment produite quand nous sommes en contact avec la nature. Comme l’explique Tj Power dans son ouvrage The DOSE Effect (2025), cela est sans doute lié au fait que nos ancêtres ont longtemps vécu en plein air ou, à tout le moins, ont été en relation étroite avec l’environnement naturel, jusqu’à la révolution industrielle. À croire que, naturellement, nous désirons le beau.

Comme pour le sommeil, il ne faut pas se forcer à adopter une attitude contemplative, mais plutôt la laisser venir à son rythme. Selon notre disposition intérieure, il faut parfois plus ou moins de temps pour qu’elle s’installe.

Vouloir utiliser la contemplation comme un simple moyen de relaxation ne fonctionne pas et a même l’effet inverse. Si, par exemple, on s’installe face à la mer en voulant se forcer à se détendre, on entre souvent sans le vouloir dans le cercle vicieux de l’anxiété de performance et on en ressort plus tendu qu’avant.

À bien y penser, d’un point de vue chrétien, il ne semble pas surprenant que notre corps soit conçu pour contempler. En effet, le but ultime de tous ceux qui partagent la foi est d’accéder au ciel après leur mort, où ils auront l’éternité pour adorer et contempler Dieu. Ainsi, les contemplations de notre vie terrestre ne sont qu’un avant-gout de ce qui nous attendra au ciel. «À toi le jour, à toi la nuit, toi qui ajustas le soleil et les astres!» (Ps 73,16).

Romain Martiny
Romain Martiny

Enseignant de sciences, Romain est également passionné d’histoire, de théologie et de langues étrangères. Il a vécu dans quatre pays différents et porte une affection particulière pour la langue et la culture irlandaises.