
Bobby Bazini: retour à la maison
Après des années de succès international, Bobby Bazini sent aujourd’hui le besoin de ralentir. En témoigne son récent opus Seul au cinéma (2025), un premier album en français. Une douce introspection montre qu’il a retrouvé bien plus que sa langue maternelle.
Le Verbe: Ton dernier album aborde les thèmes de l’identité et de la solitude. C’est aussi la première fois que tu chantes en français. Peux-tu nous en dire plus?
Bobby Bazini: Bien que le français soit ma langue maternelle, réaliser Seul au cinéma était un gros défi. J’ai écrit pendant 15 ans en anglais, j’ai développé mon propre langage. Et là, tout était à recommencer.
Je me suis imprégné de la langue: j’ai écouté de la musique en français, lu de la poésie… Chaque jour, j’écrivais des lignes. J'ai alors réalisé qu'il y avait un lien avec l'identité. J'ai repensé au début de ma carrière, quand j'ai changé de nom. Dans l’album, j’amène cet angle de cinéma, de jouer un rôle, mais le but, c’est aussi d’unir ces parties, Bobby Bazinet, et puis cet alter ego – Bobby Bazini – qui est moi aussi, au fond.
Est-ce qu'il y a une chanson de cet album qui te tient particulièrement à cœur?
«Le jour est morne» est ma préférée. Je l'ai écrite alors que je revenais d'une tournée en Europe. Vingt-huit spectacles en 30 jours!
On dit parfois que les gens ne changent pas vraiment. Dans cette chanson, je m’interroge: est-ce qu’on peut vraiment changer, ou est-ce seulement une impression? J’ai tellement voulu voyager, faire carrière… Une fois que tu l'as, on dirait que tu te questionnes: est-ce que c'est vraiment ce que je voulais?
Dans les dernières années, je pense que j’ai arrêté de courir. Je suis revenu à moi-même. Je passe plus de temps à la maison, je lis beaucoup, j’ai recommencé l’école. Mon beau-père m’a donné ses skis, et j’en fais non-stop l’hiver. Quelque chose s’est éveillé en moi. À part la musique, à part le gars qu’on voit en spectacle, il y a d’autres choses. Avant, c’était carrière, carrière, carrière.
Ces perspectives un peu différentes, on les entrevoit déjà dans l’album Pearl, sorti en 2023. D’ailleurs, la chanson «I Don’t Talk to My Mother» ressemble un peu à une prière, avec ses multiples «Lord, don’t let me down» («Seigneur, ne me laisse pas tomber»).
Photo: Marie Laliberté/Le Verbe
C'est rare que je fasse allusion à quelque chose de religieux dans une chanson. Ici, je pense que c'est une façon de s'exprimer musicalement. Peut-être une influence de la soul? On n’allait pas à l'église quand j'étais jeune. Je n'ai même pas fait ma première communion. Mais quand je voyage, j’aime beaucoup visiter les églises. Ce sont des endroits calmes qui permettent de s’échapper un peu de la folie de la ville.
J’ai écrit cette chanson d’un trait, en quelques minutes. Je ne pensais même pas la sortir. C’est une chanson très positive malgré le titre, qu’on pourrait traduire par «Je ne parle pas à ma mère». Souvent on se parle, mais est-ce qu'on se parle vraiment, pour se dire les vraies choses?
Quand j’étais jeune, je suis allé vivre chez mes grands-parents, et j'ai perdu ce lien avec mes parents. Cette chanson, c'est une demande pour reconnecter avec ma famille.
Bien que tu n’aies pas grandi dans une famille croyante, crois-tu en quelque chose aujourd’hui?
Je crois beaucoup que la vie t'apporte ce dont tu as besoin. Pas toujours ce que tu veux, mais ce dont tu as besoin. Parfois, ce sont des défis à traverser, et ça peut être difficile, mais, me concernant, ça m'a toujours amené à l'étape suivante.
Je trouve également que la musique tisse des liens. À mes débuts, je jouais dans un parc avec mon frère. Une dame nous a demandé si l’on voulait faire partie d’un festival. J’y ai rencontré un gars avec qui j’ai écrit mes premières chansons. De fil en aiguille, ça a fait décoller ma carrière. J’ai aussi rencontré ma conjointe il y a 18 ans dans un contexte musical.
Il y a un truc difficile à expliquer dans la musique. Après avoir écrit une chanson, tu te demandes comment c'est arrivé. Tu essaies d’en écrire une autre, et tu ne sais plus comment. Je ne dis pas que ça prend un genre de personne pour écrire une chanson, ou qu’il faut être connecté avec le ciel ou autre chose. Mais je pense que c’est mystérieux. Leonard Cohen disait: «Si je savais d’où viennent les bonnes chansons, j’irais là plus souvent.»



