Illustration: Marie Laliberté/Le Verbe

Universe Designed: le documentaire qui veut prouver Dieu

En décembre dernier est paru le documentaire Universe Designed. Le réalisateur, Michael Ray Lewis, s’attaque à un sujet plutôt méconnu du grand public aujourd’hui: les preuves de l’existence de Dieu. Par le biais d’entretiens avec plusieurs grands noms de la science et de l’apologétique chrétienne, Lewis espère à la fois fortifier l’argumentaire des croyants et rejoindre les non-croyants qui cherchent honnêtement la vérité sur les grandes questions de la vie. Y parvient-il?

Universe Designed, d’abord, est ingénieux. Il ne s’agit pas de lire un livre compliqué et théorique ni d’écouter un long débat monotone. En choisissant le modèle du documentaire, Michael Ray Lewis réussit à combiner le discours rationnel — les éléments de preuve — et la beauté de l’image et de la musique. Le film, traversé de témoignages personnels, touche ainsi non seulement l’intellect, mais aussi le cœur.

Toutes les images ne sont toutefois pas équivalentes sur le plan artistique. Si les moyens limités — trouvés à l’aide d’une campagne de sociofinancement — peuvent expliquer certains choix, l’ensemble est malgré tout cohérent et efficace.

Appel à l’étonnement

J’apprécie par-dessus tout l’orientation spéculative du film, qui évite ainsi la polarisation. Les intervenants ne cherchent pas d’abord à prouver que les athées ont tort. Ils tentent plutôt de susciter l’émerveillement du spectateur en présentant leurs découvertes.

D’ailleurs, la première portion du film invite simplement à contempler l’immensité époustouflante de l’univers. Elle place d’emblée le téléspectateur dans un état d’étonnement. Et tout cela viendrait d’un gros pet cosmique du néant? Impossible. On sent que cela n’a pas de sens. L’explication doit se trouver ailleurs.

Le réalisateur partage en cela l’intuition de Blaise Pascal, qui écrit ceci dans ses Pensées: «[L’univers] est une sphère infinie, dont le centre est partout, la circonférence nulle part. Enfin, c’est un des plus grands caractères sensibles de la toute-puissance de Dieu, que notre imagination se perde dans cette pensée.»

À l’infinité physique de l’univers correspond l’infinité métaphysique de la puissance divine, de laquelle la première est comme une image et une métaphore.

Dans les minutes qui suivent, on dénonce ce qui, dans le mode de vie moderne, tue le questionnement. Alors que l’émerveillement demande temps et gratuité, c’est la rapidité et l’anxiété qui caractérisent la vie courante. De même, la poursuite frénétique de plaisirs et de divertissements instantanés monopolise nos temps libres.

De la science et de Dieu

Le film comporte deux grandes parties. La première veut prouver que Dieu existe sans promouvoir aucune religion; et la seconde, que Dieu s’est révélé en Jésus Christ. C’est beaucoup à couvrir en 1 heure et 26 minutes!

Le principal de l’argumentaire se fonde sur des considérations scientifiques. Il y a, par exemple, l’argument du «fin réglage» de l’univers selon lequel les constantes fondamentales de l’univers sont finement réglées pour que la vie soit possible quelque part. Les chances d’obtenir par hasard les bonnes variables sont infimes, presque nulles. Si la moindre variation dans les décimales anéantit la possibilité de la vie, c’est qu’une intelligence doit avoir prévu les choses ainsi.

Par ce choix, le documentaire se heurte toutefois, ultimement, aux difficultés inhérentes à la science, qui dépend de l’expérience spécialisée réservée à une certaine élite, plus que de l’expérience commune à tout être humain.

Qu’il s’agisse d’équiper le croyant pour se défendre efficacement contre les objections ou de conduire l’incroyant à vraiment comprendre que Dieu existe, compter sur les seules données scientifiques ne suffit pas.

Certes, on y apprend beaucoup de choses sur ce que dit la science. Par exemple, j’ai été étonné d’entendre Stephen Meyer — philosophe des sciences qui a publié abondamment sur Darwin — expliquer que, même dans l’hypothèse d’un multivers, le mécanisme générateur d’univers devrait lui-même être finement réglé pour générer efficacement lesdits univers. Comme quoi même l’hypothèse farfelue du multivers conduirait vers Dieu, repoussant le problème du fin réglage seulement un coup plus loin.

Cette hypothèse est fascinante. Mais est-ce que j’y comprends vraiment quelque chose? Suis-je capable d’expliquer à d’autres pourquoi ce serait vrai? Pas le moins du monde! Qu’il s’agisse d’équiper le croyant pour se défendre efficacement contre les objections ou de conduire l’incroyant à vraiment comprendre que Dieu existe, compter sur les seules données scientifiques ne suffit pas.

L’expérience plus que la science

Que ce soit dans les classes d’école ou dans l’espace public, notamment sur les réseaux sociaux, on se contente souvent aujourd’hui de répéter des discours appris par cœur. Et si ce dont l’époque actuelle avait surtout besoin, existentiellement, c’était plutôt d’une compréhension directe du réel? L’intelligence humaine a soif d’entrer en contact avec la réalité, de gouter à la certitude que ses pensées se conforment au réel. Inversement, poser des actes de foi envers des autorités humaines, aussi bon et nécessaire cela soit-il dans certaines circonstances, finit, à la longue, par désintéresser de la réalité.

En ce sens, on a vraiment besoin d’un retour aux raisons philosophiques pour l’existence de Dieu. Car la philosophie, au contraire de la science, procède de l’expérience commune accessible à tous et vérifiable par tous.

Saint Paul l’enseigne presque littéralement dans sa Lettre aux Romains. Parlant des païens, qui étaient capables de découvrir et d’honorer Dieu par la simple observation et contemplation du monde, il écrit:

«En effet, ce que l’on peut connaître de Dieu est clair pour eux, car Dieu le leur a montré clairement. Depuis la création du monde, on peut voir avec l’intelligence, à travers les œuvres de Dieu, ce qui de lui est invisible: sa puissance éternelle et sa divinité. Ils n’ont donc pas d’excuse, puisque, malgré leur connaissance de Dieu, ils ne lui ont pas rendu la gloire et l’action de grâce que l’on doit à Dieu.» (Rm 1:19-20)

Il aurait été saugrenu, nous dirait sans doute saint Paul, que Dieu choisisse la science comme moyen le plus sûr et le meilleur de le découvrir et de l’adorer. Car alors, seuls les hommes des derniers siècles auraient pu le connaître avec certitude. Pire: seule une petite élite de scientifiques le connaîtrait vraiment, l’homme moyen devant placer sa foi dans leurs paroles.

Malgré tout, je recommande le film, aux croyants comme aux non-croyants. Même si certains arguments sont ouverts à la critique, ils demeurent des signes qui pointent vers Dieu et qui ont leur part à jouer. Et, surtout, le film déconstruit habilement le préjugé facile de notre temps, qui affirme que la science serait «manifestement» du côté des athées, l’un des obstacles les plus répandus contre le christianisme aujourd’hui.

Universe Designed stimule la recherche de la vérité et l’enracine dans l’émerveillement, source de tout questionnement fécond. Voilà le plus important.

Pierre-Luc Simard
Pierre-Luc Simard

Doctorant en philosophie à l'Université de Montréal, Pierre-Luc Simard enseigne au Grand Séminaire de l'Archidiocèse de Montréal. Il est marié et père de trois enfants.