Courtoisie de NETFLIX © 2025

Tout ce que vous avez besoin de savoir sur Les guerrières de la K-pop

En lice pour l’Oscar du meilleur film d’animation, Les guerrières de la K-pop n’échappe à aucune cour de récréation depuis sa sortie sur Netflix le 20 juin dernier. Ses chansons sont parmi les plus écoutées sur YouTube au Canada: c’est le nouveau La Reine des neiges. Le Bye Bye 2025 s’est même moqué de son impact — tant financier que musical — sur les familles. La mienne a été contaminée, malgré moi. J’ai donc décidé de confronter l’épidémie directement. Diagnostic.

Le récit est simple, efficace, alliant histoires interpersonnelles et destruction de démons à grand coup de lames. L’univers et l’esthétique manga rendent les personnages et les dialogues amusants et attachants. Le tout baigné dans une pop digne de Lady Gaga.

De manière surprenante, Les guerrières de la K-pop est une production nord-américaine. La réalisatrice, Maggie Kang, Coréenne immigrée à Toronto à l’âge de cinq ans, a voulu rendre hommage à sa culture d’origine en y mélangeant mythologie traditionnelle et culture contemporaine.  

Parce que la K-pop, c’est d’abord une tendance musicale sud-coréenne qui fusionne pop, hip-hop et électro. Ce style est rendu populaire principalement par des boys et des girls bands. Bref, c’est comme si les Backstreet Boys et les Spice Girls sortaient de Final Fantasy et avaient trop mangé de ramens au kimchi. J’ai d’ailleurs peut-être compris pourquoi mes enfants sont soudainement devenus de fervents consommateurs de Mr. Noodles

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Simplement l’histoire

Kang a donc réuni le passé et le présent de la Corée du Sud dans un récit pour le moins étonnant: Rumi, Mira et Zoey sont désignées pour s’inscrire dans une longue lignée de chanteuses dont les voix servent à protéger le monde des démons et de leur roi, Gwi-Ma. Elles sont têtes d’affiche du groupe HUNTR/X le jour et guerrières cachées la nuit. Plus leur public s’agrandit, plus une toile invisible, appelée Honmoon («porte des esprits» en coréen), se tisse sur la terre et fait office de bouclier protecteur contre les invasions démoniaques.

Alors qu’elles sont sur le point de sceller le Honmoon de manière définitive, Gwi-Ma envoie sur terre cinq démons pour former le groupe Saja Boys et leur faire concurrence. Leurs admirateurs, plutôt que d’être protégés, voient leur âme consumée par Gwi-Ma, rompant progressivement le bouclier. Or, Jinu, le chef de ce quintette masculin, est un humain qui a vendu son âme et qui est devenu un démon. Rongé par la culpabilité, il accepte cette mission en échange de la suppression des souvenirs de son ancienne vie.

Attention, divulgâcheur !

Il découvre le moyen de faire tomber HUNTR/X: Rumi est à moitié démon et maintient ses consœurs dans l’ignorance en espérant que l’accomplissement du Honmoon la rendra complètement humaine. Jinu mise sur ce secret bien gardé et sur la honte qu’il génère pour lui tendre un piège et faire éclater la vérité au grand jour, conduisant le trio féminin à la rupture. Gwi-Ma réussit presque à faire de la terre un enfer, mais le cheminement personnel de Rumi, qui fait la paix avec son identité, réconcilie les trois chasseuses, qui livrent l’assaut final et ramènent l’ordre du monde en scellant le Honmoon.

Pas chrétien, mais…

Le christianisme est bel et bien majoritaire (63% de ceux qui pratiquent un religion) dans la Corée du Sud contemporaine. Toutefois, la mythologie derrière Les guerrières de la K-pop, de l’aveu même de la réalisatrice, émane davantage du chamanisme coréen exercé traditionnellement par les femmes. Le rôle de la performance artistique des HUNTR/X fait directement écho à la danse et au chant du rituel chamanique qui servait à protéger les communautés.

Cette vision religieuse et cosmologique du monde se rapproche cependant de plusieurs autres. Elle est pleinement révélée dans le christianisme: il y a un combat — individuel et collectif — contre les forces du mal et notre corps y contribue. On n’a qu’à penser à ce célèbre adage de saint Augustin: «Qui bien chante, deux fois prie».

Le film montre très bien, en ce sens, que le diable est celui qui divise. Il est le père du mensonge (Jn 8:44) qui cherche à nous faire dévier du droit chemin par le désespoir: il utilise nos erreurs pour nous accuser, nous culpabiliser et nous corrompre. Surtout celles qui restent dans l’ombre et qui ne sont pas confessées, c’est-à-dire mises à la lumière et pardonnées.

La relation de Rumi et de Jinu est particulièrement touchante. Il s’ouvre à elle sur son passé, ses souffrances et ses péchés. Rumi développe alors un regard de compassion à son égard et cherche à susciter chez lui la confiance et le repentir — ce qui est impossible, par ailleurs, pour un démon, selon la foi chrétienne. Dans le combat final, Jinu lui demande pardon de l’avoir piégée, se sacrifie et lui offre son âme pour lui permettre de gagner contre Gwi-Ma. Tout ça est somme toute assez édifiant.

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À qui la gloire ?

Ce qui l’est moins, c’est l’ambigüité symbolique, notamment autour de la question de l’idolâtrie. La dynamique d’admiration des fans dans l’industrie musicale pop s’apparente à un culte à plusieurs égards. Il est d’ailleurs assez commun dans le monde de la K-pop, comme dans celui de la pop américaine, de parler d’idoles pour désigner les célébrités. Le film joue assez bien sur cette notion, notamment dans la scène finale où les Saja Boys chantent Your Idol (Ton Sauveur, en français):

«I can be your sanctuary […] You gave me your heart, now I’m here for your soul. I’m the only one who’ll love your sins.» //
«Je peux être ton sanctuaire […]
Tu m’as donné ton cœur, maintenant je suis ici pour ton âme. Je suis le seul qui aimera tes péchés.»
(Traduction libre de l’anglais qui n’est pas celle des chansons en français.)

La séduction diabolique cherche à posséder et à asservir, alors que la vraie beauté pointe vers plus grand qu’elle-même. Les HUNTR/X utilisent, d’une manière, la séduction pour attirer leurs admirateurs. Même si leur objectif n’est pas de les assujettir en vue d’une finalité égoïste, le bien vers lequel elles renvoient n’est pas suffisamment transcendant pour qu’elles apparaissent comme de simples médiatrices.

Briller ou ne pas briller

Le bien en lui-même est également nébuleux. En effet, nos chasseuses de démon véhiculent dans leur arc narratif et dans leurs chansons (surtout dans la populaire Golden ou Briller) l’idée qu’on doit se révéler tels que l’on est et accepter la part d’ombre en soi. Tout le récit, selon la réalisatrice, consiste précisément à montrer l’apport de l’amitié et de la communauté pour contrer les pressions culturelles. L’interprétation de cette part cachée dans le film est assez ouverte, pour ne pas dire confuse, allant «des origines ethniques mixtes, à l’identité queer et aux dépendances», pour reprendre ses propres mots. Il est donc difficile de saisir de quel bien il s’agit, au final.

Même si le film ne comporte pas de références explicites à l’idéologie LGBTQ+, on peut y déceler certains codes, comme le Honmoon qui, pour une raison obscure, apparait à un moment donné sous les couleurs de l’arc-en-ciel… L’idée même de devoir accepter la partie d’ombre en soi-même est discutable; si cette réalité est bonne, elle ne devrait pas être qualifiée de ténébreuse, et si elle est mauvaise, pourquoi chercher à s’y complaire? C’est à fortiori douteux que l’on doive, pour l’assumer, la crier sur tous les toits.

Ceci dit, malgré ces lacunes, je dois maintenant vous l’avouer humblement: «loin des secrets, [je] veux briller à travers la nuit» comme nouveau fan des guerrières de la K-pop qui attend une suite avec impatience.

James Langlois
James Langlois

James Langlois est diplômé en sciences de l’éducation et a aussi étudié la philosophie et la théologie. Curieux et autodidacte, chroniqueur infatigable pour les balados du Verbe médias depuis son arrivée en 2016, il se consacre aussi de plus en plus aux grands reportages pour les pages de nos magazines.