
Que dit Rédemptions de la rédemption?
En salle depuis le 29 juillet, le film Rédemptions, du scénariste et réalisateur Luc Picard, nous fait voyager entre Montréal et Paris, et entre l’amour et la mort. Dans son sixième long métrage, le cinéaste suit une dizaine d’étrangers qui verront leur vie basculer à la suite d’un double meurtre en plein cœur de Montréal.
Présenté en noir et blanc, le prologue ne manque certainement pas de couleurs! Le spectateur plonge directement dans le quotidien de ce petit restaurant de quartier, où aura lieu le drame, un matin de tempête.
Dans ce scénario, on franchit la frontière qui sépare spontanément le criminel de notre commune humanité. Marcel n’est jamais réduit à sa fonction de tueur à gages. Derrière l’homme de main se dévoile un être habité par la culpabilité, la tendresse et le désir d’une seconde chance.
Notre commune humanité
Luc Picard interprète Marcel, un tueur à la retraite forcé de reprendre ses activités, avec une sobriété désarmante. Sans grands éclats ni longues tirades, il fait sentir le poids des années, des fautes et des silences qui habitent son personnage. Cette même délicatesse se retrouve aussi dans la mise en scène. On préfère les silences aux longs discours, les regards aux démonstrations. Sans jamais tomber dans le sensationnalisme, on laisse les émotions émerger d’elles-mêmes. Même les scènes de violence, qui témoignent pourtant d’une brutalité surprenante, évitent l’escalade spectaculaire. Et à ce minimalisme visuel répond la trame sonore d’Alex Nevsky, qui accompagne les personnages sans jamais dicter l’émotion.
Photo: Eric Myre
Si l’action se déroule entre Montréal et Paris, on ne fait pas qu’un simple aller-retour entre deux continents. En traversant l’Atlantique, les protagonistes tentent aussi de mettre de la distance entre eux et leurs blessures. Pourtant, le deuil, la culpabilité et les questions laissées sans réponse voyagent avec eux.
Luc Picard réussit ainsi à construire un récit choral, où les destins d’inconnus finissent par se répondre. Malgré les milliers de kilomètres qui les séparent, les personnages demeurent liés par une même expérience de la fragilité humaine. La mort agit comme un point de convergence, révélant les souffrances de chacun, mais aussi leurs élans de solidarité.
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L’amour, la mort
Interprété par Sophie Desmarais, le personnage de Josée prône l’aide à mourir lors d’une conférence en disant : «On parle beaucoup de violence gratuite, mais pas assez d’amour gratuit». Au même moment, Benoit (Damien Bonnard), nettoyeur de scènes de crime, rencontre la mère d’un jeune de 22 ans qui vient de se suicider. Qu’est-ce que le réalisateur cherche à nous dire en juxtaposant ces deux scènes? Cette tension demeure irrésolue et invite le spectateur à poursuivre lui-même la réflexion.
Photo: Eric Myre
Photo: Christal Films Productions
À la sortie du cinéma, plusieurs questions restent ouvertes. Les personnages obtiennent parfois un certain apaisement, mais rien ne permet d’affirmer qu’ils trouvent une véritable rédemption. Or, la rédemption consiste-t-elle seulement à apprendre à vivre avec sa culpabilité, à réparer tant bien que mal ses erreurs et à retrouver une certaine paix intérieure? Peut-on l’atteindre par la seule réconciliation avec son passé ou est-elle offerte, comme un don, gratuitement?
Le réalisateur révèle en entrevue : «C’est super chrétien, et je ne suis pas croyant, mais [le message], c’est : “Aimez-vous les uns les autres”. Qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse d’autre? […] Comme on dit à la fin du film, l’amour gratuit, ça existe. Ça m’a toujours interpelé quand des gens qui ne se connaissent pas font preuve de solidarité les uns envers les autres.»
Sans jamais proposer une lecture explicitement religieuse, Rédemptions rappelle néanmoins que chacun porte en lui le désir d’être sauvé. La mort traverse tout le film, mais elle n’a pourtant jamais le dernier mot. Sous les traits d’un drame intimiste, celui qui nous a offert Confessions et L’Audition signe ici une réflexion sensible sur le mal, le pardon et cette quête universelle de transcendance, de vie éternelle.
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