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Illustration: Marie Laliberté/Le Verbe médias

Les Opérations dignité ou comment résister avec succès au gouvernement

L’incroyable et ineffaçable histoire de Sainte-Dignité-de-l’Avenir raconte l’histoire des Opérations dignité au tournant des années 1970. Mise en scène par Eurode Belzile, la pièce-documentaire fait revivre ce mouvement de rébellion populaire face aux fermetures de villages au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie. Le Verbe est allé voir cette magnifique incarnation du devoir de mémoire.

L’épisode des Opérations dignité est l’un des grands absents des manuels d’histoire. Si certains babyboumeurs s’en souviennent vaguement, il est pratiquement inconnu de la jeune génération. Pourtant, cette réalité pas si lointaine a laissé de profondes traces dans les cœurs et les paysages du Québec. Et dans la culture aussi.

Certains se souviennent peut-être de la chanson La gigue à Mitchounano de Paul Piché, du film Les Smattes de Jean-Claude Labrecque, ou encore de la magnifique chanson Tit-Nor de Gilles Vigneault – et bien sûr le documentaire de l’ONF Chez nous c’est chez nous, de Marcel Carrière. Toutes ces œuvres racontent, à leur façon, la réalité oubliée des familles qui doivent abandonner leur «chez-eux» dans l’arrière-pays pour affronter un avenir incertain dans les grands centres.

On voit personne et tout est désâmé
Un chien perdu sort de l’église
Et j’ai compris: mon village a fermé

- Gilles Vigneault, Tit-Nor

Jouer pour transmettre

Mais quelle est alors l’originalité du projet d’Eurode Belzile? Tout passe par le jeu des deux jeunes acteurs, Steven Lee Potvin et Catherine Oksana-Desjardins, coauteurs du texte qu’ils interprètent avec brio. La pièce est le produit d’un fantastique travail de recherche présenté d’une manière surprenamment habile et digeste pour le public.

Pour le metteur en scène, le fait que le propos soit porté par la nouvelle génération change la donne. Il s’agit de montrer que, malgré le temps qui passe, les blessures et les humiliations méritent toute l’attention présente, avec peut-être l’espérance d’une forme de réparation, ou encore mieux, de guérison.

Déracinement injuste  

Après la crise de 1929, la population du Québec est encouragée par le gouvernement de Maurice Duplessis à aller vers le «Haut-Pays» défricher les terres et fonder des familles. Des dizaines de paroisses voient alors le jour. Il s’y développe une vie paisible malgré les maigres revenus provenant de la coupe du bois et les terres rocheuses impropres à la culture. Les temps sont durs, mais la forte solidarité entre les paroissiens et l’attachement à ce qu’ils ont bâti sur ce territoire hostile créent un farouche sentiment d’appartenance.

Quarante ans plus tard, le gouvernement libéral de Robert Bourassa considère ces petits villages comme des «paroisses marginales» ou «non rentables», et décide tout simplement de les fermer. Les gens se voient forcés de déménager dans les plus grandes villes comme Rimouski, Rivière-du-Loup ou Gaspé, en échange de quelques milliers de dollars pour leur terre et leur maison. On leur promet de nouveaux logements, qui sont en réalité de tristes HLM (habitation à loyer modéré) où s’entassent les familles nombreuses déracinées.

Au départ, c’est plus d’une centaine de villages qu’on veut rayer de la carte. Mais c’est sans compter sur la mobilisation des villageois qui refusent d’être ainsi déracinés.

Sourde colère

En 1970, trois curés décident de lever le ton et d’agir. Ils rédigent le Manifeste des curés en colère. Avec Charles Banville à leur tête, plus de 17 membres du clergé le signent pour dénoncer la situation et enclencher un mouvement de révolte. La première de trois Opérations dignité voit le jour. Près de 3000 personnes se rassemblent à l’église de Sainte-Paule, au sud de Matane, pour manifester leur indignation devant les plans du gouvernement.

Eudore Belzile explique que le clergé de l’époque au Québec est fortement influencé par la théologie de la libération, et fait preuve d’un engagement social sincère. Comme les prêtres étaient souvent parmi les rares personnes instruites des villages – et plus proches de l’élite sociale – leur parole avait de bonnes chances d’être entendue.  

Grâce au mouvement ainsi mis en branle, le gouvernement recule et ne ferme qu’une dizaine de villages.

Mémoire sacrée

De ceux-ci, il ne reste aujourd’hui que des vestiges d’églises et quelques croix de bois en guise de cimetière. La pièce cherche à sa manière à créer une autre trace, une autre façon de célébrer la mémoire de ces vies brisées. On va la voir un peu comme si on entrait doucement dans un de ces cimetières, pour y vivre une expérience profondément humaine et spirituelle.

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La pièce est présentée au théâtre Périscope à Québec jusqu’au 21 mars 2026.

Stéphanie Grimard
Stéphanie Grimard

Après avoir enseigné la philosophie au collégial durant plusieurs années, Stéphanie est maintenant journaliste chez nous! Toujours à la recherche du mot juste qui témoignera au mieux des expériences et des réalités qu’elle découvre sans cesse.