
Le retour du Christ dans la pop
Le christianisme ne retrouve pas seulement ses lettres de noblesse chez les jeunes adultes en Occident, il reprend également du galon dans le monde culturel, et plus précisément musical. En était-il complètement absent ces dernières décennies? Pas nécessairement. Mais voilà que des artistes, de musique populaire pour la plupart, font de leur cheminement spirituel un thème récurrent. Le Verbe vous propose cinq albums sortis dans la dernière année qui parlent du Christ.

Marcus Mumford, voix principale et figure dirigeante du groupe, est connu pour avoir reçu une éducation chrétienne. Fils du directeur national de la Vineyard Church d’Angleterre, il grandit dans cette église évangélique. Cette influence est particulièrement audible dans les paroles du premier album du groupe, Sigh No More (2009), dont Mumford est l’un des principaux compositeurs. On a qu’à penser à des chansons comme Awake My Soul ou Roll Away Your Stone.
Ces références sont toutefois devenues plus discrètes, voire inexistantes, dans leurs albums subséquents, laissant la place à des textes plus ambigus spirituellement. Et puis arrive leur cinquième album, Rushmere. Bien que toujours timide dans l’utilisation de références chrétiennes explicites, Mumford laisse deviner un retour à cette quête de vérité qui l’habitait seize ans plus tôt. La première chanson, Malibu, donne le ton avec une référence aux ailes de Dieu comme lieu de protection (Ps 17):
«But walking through the valley was what brought me here […] You are all I want / You’re all I need / And I’ll find peace beneath the shadow of your wings» (C’est en marchant dans la vallée que je suis arrivé ici […] Tu es tout ce que je désire / Tu es tout ce dont j’ai besoin / Et je trouverai la paix à l’ombre de tes ailes)

L’été dernier, Bieber surprend ses fans en lançant Swag, un album non annoncé à la couverture noire. Parait d’une manière tout aussi inattendue, 56 jours plus tard, Swag II, rose cette fois, qui intègre les 21 pièces de Swag à 23 autres originales. Si le premier est plus axé sur la vie de célébrité, ses excès et ses effets sur sa santé mentale, le second va plus en profondeur sur sa vie conjugale et sa nouvelle paternité, créant un tout traversé par la présence de Dieu.
Les deux parties se terminent chacune sur un épilogue chrétien: Forgiveness, dans lequel on entend la prière chantée d’un pasteur, et Story of God, qui reprend le récit de la création du point de vue de Bieber personnifiant Adam. Ce n’est pas la première fois que Bieber évoque sa foi depuis qu’il a été baptisé, en 2014, dans l’Église évangélique Hillsong. On a pu l’entendre d’ailleurs cet automne dans une diffusion Twitch dire que Jésus est le roi de son cœur.

Spergy, c’est le surnom du père de ce jeune Torontois. Son portrait de jeunesse sur la couverture de l’album laisse voir la ressemblance avec son fils. Chanteur gospel dans l’église adventiste, Norwill Simmonds a voulu transmettre la foi à Daniel, mais ce dernier s’est rebellé. Cette relation conflictuelle a traversé ses quatre premiers albums pour se résoudre dans celui-ci avec la réconciliation.
À travers Son of Spergy, Daniel Caesar reconnait sa filiation, non seulement à son père terrestre, mais aussi céleste. Pour cette raison, l’album intègre à plusieurs moments de la musique gospel, mais aussi plusieurs prières et références bibliques. La piste Baby Blue, par exemple, qu’il signe avec son père, explore trois variations de la couleur bleue: la tristesse, la paix et le divin. Sa finale rompt complètement avec la mélodie initiale, nous laissant sur un chœur à capella qui chante:
«Jesus paid for all our sins / On Calvary’s cross, He bled and died / Is there greater love than this? / What good have I done to deserve His love? This awesome love to me? Can you feel His love?» (Jésus a payé pour tous nos péchés / Sur la croix du Calvaire, il a versé son sang et il est mort / Existe-t-il un amour plus grand que celui-ci? / Qu’ai-je fait de bien pour mériter son amour? Cet amour si merveilleux pour moi? Peux-tu ressentir son amour?)

Daddy Yankee | Lamento en Baile
Sa chanson Gasolina a enflammé les pistes de danse au début des années 2000, demeurant un incontournable des DJ. Une piste de pop latino tout ce qu’il y a de plus convenu quant aux évocations lascives et mondaines. Le Portoricain, considéré comme le roi du reggaeton, cherche désormais à «évangéliser le monde» à travers sa musique.
Après une pause de la vie publique en 2022, Daddy Yankee revient avec un sens renouvelé de son travail. Lamento en Baile a donc comme unique objectif de faire connaitre et aimer Jésus, mais en préservant le rythme festif et dansant de l’artiste. Il s’agit cette fois d’un album entièrement chrétien puisque tous les textes parlent directement de Dieu. Il a d’ailleurs refusé d’apparaitre à la mi-temps du Super Bowl 2026, affirmant qu’il ne performe plus que pour honorer Jésus.

C’est l’évènement culturel de l’automne. La chanteuse catalane a surpris le monde entier avec un album qui sort absolument de ses créneaux flamenco / reggaeton / pop habituels pour une œuvre qui transcende tous les styles et les codes de notre époque. Mais c’est peut-être surtout son propos aussi explicite sur la vie spirituelle, la foi et le Christ qui bouleverse. On peut entendre Rosalía dans plusieurs entrevues expliquer qu’elle s’est mise à prier et à mener une vie d’études, notamment de la vie des saintes. C’est ce qui a donné naissance à Lux, un album truffé de références mystiques chrétiennes.
Certaines paroles de sa pièce phare, Berghain, jouée avec l’orchestre symphonique de Londres, sont inspirées des visions mystiques de sainte Hildegarde de Bingen: «Sa peur est ma peur / Sa colère est ma colère / Son amour est mon amour / Son sang est mon sang». Un album acclamé par la critique qui continue de susciter la curiosité tellement il est chargé sur les plans symbolique, musical et textuel.

