
Drowster et les églises de Montréal
Olivier Drouin — alias Drowster — établi sa renommée internationale comme photographe qui documente l’histoire et ses protagonistes. En sillonnant plus de 45 pays, il capte l’humanité dans sa plus pure expression. Il se concentre désormais sur sa terre natale, le Québec. Après Travailleurs en 2021 et Saisons de Montréal en 2022, il publie Pas de messe ce dimanche. Un ouvrage – dont la conception graphique ressemble étrangement à celle du Catéchisme –, qui tire le portrait de différentes églises chrétiennes de Montréal et pose la question de leur avenir.
Le Verbe: À la fin du livre, tu remercies tes parents d’avoir accepté ta demande d’adolescent d’arrêter de faire des prières à la table. Je comprends donc que tu as grandi dans une famille croyante?
Ma grand-mère était très croyante. Elle a survécu à la Seconde Guerre mondiale en Belgique, donc j’imagine que sa force lui venait de sa foi, surtout dans des temps qui sont vraiment difficiles. Elle l’a transmise ensuite à mes parents, qui ont voulu à leur tour que je la reçoive. J’ai fait ma première communion et ma confirmation. Puis j’ai arrêté de croire au début de l’adolescence. Mes voyages en Asie m’ont ensuite amené à m’intéresser aux philosophies bouddhistes. Je ne suis pas pratiquant bouddhiste, mais certains fondements de ma pensée en proviennent.
Penses-tu quand même que c’est ton héritage chrétien qui t’a amené à t’intéresser aux églises, entre autres?
C’est sûr que j’associe beaucoup l’église Sainte-Geneviève à ma grand-mère et à ma famille. Je pense que les églises en général sont des lieux importants pour les croyants et leurs familles. J’associe cet endroit justement à ma jeunesse. J’ai beaucoup de souvenirs très forts à Sainte-Geneviève. Je dirais même que c’est vraiment ce qui m’a le plus marqué de mon enfance: passer du temps avec ma grand-mère à l’église. Elle habitait pratiquement sur la même rue.
En regardant ta production photographique, j’ai l’impression que tu t’intéresses habituellement plus aux humains, aux visages. Est-ce que c’est nouveau de te consacrer davantage aux bâtiments?
En fait, j’ai commencé la photo au départ avec des bâtiments, mais ça fait tellement longtemps que les gens ne s’en rendent pas compte. J’ai commencé en photographiant les coins de rue, les dépanneurs, puis les colonnes victoriennes de Montréal. Après j’ai arrêté parce que je me suis découvert une passion pour les humains et je suis plus allé vers le voyage et le documentaire.
Avec la pandémie, comme on ne pouvait pas avoir de contacts sociaux, j’ai pensé que c’était le meilleur moment pour renouveler cette passion de l’architecture. Et comme les rues étaient vides aussi, je me suis dit que c’était le bon moment pour faire les églises.
Il y a beaucoup de débats pour savoir ce qu’on en fait de nos églises. Est-ce qu’on investit dans celles qui sont vraiment vieilles ou est-ce qu’on prend de nouveaux locaux? Je voulais montrer un peu ce qu’était la situation sur le terrain à Montréal, début 2020. C’est aux gens ensuite à répondre à ces questions. Je les pose en montrant des photos, en créant un corpus d’images qui rend compte d’un moment dans l’histoire où ces églises étaient actives à Montréal. C’est vraiment comme un outil pour les archives du futur.
Est-ce qu’il y en a une que tu préfères, mise à part Sainte-Geneviève pour les raisons que tu as évoquées?
Il y en a une que j’aime beaucoup, du point de vue de son architecture. C’est Missione Madre dei Cristiani à LaSalle. Je ne connais pas le nom de son courant architectural, mais elle est juste tellement funky. Sinon, je dirais que ma photo préférée, en termes photographiques, c’est la première photo dans le livre, l’Église Notre-Dame-de-la-Défense de Rosemont, en raison des conditions météorologiques. Il venait de neiger, les arbres étaient encore tout blancs, la neige était collée aux branches. Je trouve que son revêtement sort vraiment bien dans la neige. J’aime beaucoup cette photo qui est aussi la première du carrousel que j’ai publié sur Instagram.
Olivier Drouin/Cardinal
Comment ton livre peut-il être reçu, selon toi, dans le contexte de toutes les discussions autour de la laïcité?
Je n’ai pas trop réfléchi à la laïcité. Je vois la photo comme un outil archivistique vraiment important dans la société qui nous permet, ainsi que les prochaines générations, de mieux comprendre notre passé. Je n’ai jamais pensé que ça pouvait semer la controverse ou lever les passions parce qu’il y a un certain équilibre dans le livre. Oui, il est consacré aux églises et à leurs éléments architecturaux — qui sont aussi culturels en plus d’être religieux — mais je parle également du déclin de la religion avec le titre Pas de messe ce dimanche. Il est en fait tiré d’une affiche que j’ai vue, où on parlait de diffusion sur Facebook. Je trouve juste que ces mots-là illustrent très bien l’évolution de la foi au Québec.
Ne remarques-tu pas quand même un intérêt dans la culture pour le christianisme aujourd'hui?
Je pense que oui. Comme pour beaucoup de choses, il peut y avoir du mouvement de haut en bas. Je pense que si on prend du recul sur 100 ans, c’est sûr qu’il y a une baisse. Je n’ai pas fait de recherches à ce niveau-là, je ne sais pas si c’est un regain réel de foi ou si ce sont les communautés qui sont de plus en plus habiles à être présentes sur les réseaux sociaux, donc plus visibles. Je ne connais pas le portrait statistique, mais je perçois en effet une sorte de remontée.
Pour aller plus loin, consultez notre article Les jeunes sont plus religieux que vous croyez, par Andrew Bennett.



