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Dialogues des Carmélites: la beauté du martyre

Le Festival d’opéra de Québec présentait récemment Dialogues des Carmélites, de Francis Poulenc, sur un texte de Georges Bernanos. La mise en scène d’Olivier Py, reconnue internationalement depuis sa création, en 2013, nous fait revivre l’histoire des carmélites de Compiègne, martyres de la Révolution française. Regard sur une œuvre grandiose et sur l’épisode tragique qui l’a inspirée.

«Ça reste le plus grand opéra français du XXe siècle, affirme d’emblée Olivier Py en entrevue avec Le Verbe. Il n’y a rien de comparable. D’abord, pour la musique de Poulenc, qui est exceptionnelle — c’est sa plus belle œuvre —, et aussi pour le texte de Bernanos, qui est bouleversant.»

Ce texte, qui avait d’abord été écrit dans le but d’en faire un film, devient plutôt une pièce de théâtre, qui connait un grand succès. Pour l’écrire, Bernanos s’inspire d’une nouvelle de 1931 de Gertrud von Le Fort, La dernière à l’échafaud, que l’écrivaine catholique allemande crée à partir du récit de la seule carmélite à avoir échappé à la guillotine.

Dignité dans la mort

Car c’est bien d’un épisode historique avéré dont il est question: le 17 juillet 1794, les seize carmélites de Compiègne meurent sur l’échafaud, après avoir été accusées de sédition et de fanatisme par le régime de la Terreur. La foule est saisie et reste silencieuse devant ces religieuses qui avancent sereinement vers la mort en chantant un dernier Salve Regina.

C’est vers cet événement tragique que culmine le texte de Bernanos, après nous avoir fait suivre l’histoire de Blanche de La Force, seul personnage fictif inventé par Le Fort, qui rend le récit plus incarné et plus profond. Poulenc est si impressionné par le texte, dont il perçoit tout de suite le rythme verbal, qu’il décide de le transformer en un opéra, créé en 1957.

Pour Olivier Py, le récit va bien au-delà de la simple chronique historique et réussit à toucher à l’universel en abordant des thèmes essentiels: «[Bernanos] met le devoir éthique au plus haut. Il est allé chercher ces personnages de femmes de la Révolution française pour tenter de définir l’éthique, c’est-à-dire qu’est-ce que c’est que vivre dignement.»

Présence dans l’absence

Le problème de la dignité devant la mort est d’abord vécu de près par Blanche lorsqu’elle assiste à l’agonie de la mère supérieure, à la fin de la premier acte de l’opéra. Cet épisode donne d’ailleurs lieu à l’une des scènes les plus poignantes de l’œuvre, lorsque, en proie à un délire maladif qui la fait entrer dans ce que le metteur en scène qualifie de «[…] doute le plus noir, d’une grande violence», la mère supérieure rend son dernier souffle. Le lit est accroché à la verticale, l’éclairage magnifie la scène, et le chant de la religieuse fait trembler les cœurs même des moins sensibles dans la salle.

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La représentation de la mort des carmélites lors de la scène finale est toute autre: fidèles au vœu de martyre qu’elles avaient fait, elles louent en chœur par un chant sublime le Seigneur qu’elles vont rejoindre une à une dans un ciel étoilé.

Cette scène montre à quel point, contrairement à leur mère supérieure, elles gardent confiance en un Dieu qui pourrait sembler les avoir abandonnées. Cela relève, selon Olivier Py, de la «[…] théologie propre à Bernanos [qui] doit faire de l’absence de Dieu l’argument imparable de sa présence. [Bernanos ayant lui-même traversé] les pires moments de l’histoire de l’Europe [pendant les deux guerres mondiales et la guerre d’Espagne], la question de la présence de Dieu s’est posée à lui.

«Quand Dieu est absent, il y a une sorte de responsabilité du croyant de maintenir malgré tout quelque chose de l’ordre de la foi, alors même que cela n’est plus possible au niveau existentiel», ajoute-t-il.

Serait-ce que, dans le sentiment de son absence, Dieu peut se révéler à nous d’une nouvelle manière?

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Tragique beauté

Ce genre de réflexion profonde fait en sorte que l’opéra de Poulenc résonne tout aussi fort dans le monde d’aujourd’hui que lors de sa création. La musique qui porte les mots, moderne, mais pas trop, donne tout son sens et sa splendeur au tragique du sort des religieuses. Et la mise en scène, à la fois sobre et monumentale, ajoute bien sûr à l’expérience.

Leur histoire leur vaudra d’ailleurs d’être élevées au rang de saintes, en 2024, par le pape François. Il s’agit, en effet, d’une canonisation équipollente, qui ne repose pas sur un miracle, mais reconnait le caractère héroïque de l’attitude de ces jeunes femmes et leur vie de sainteté.

«Cet opéra est irrésistiblement lacrymogène. Ces femmes sont très loin de nous, et c’est ce qui est bouleversant dans le phénomène catharsistique: Poulenc arrive à faire que la vie de ces femmes soit si proche de nos inquiétudes et de nos angoisses, alors qu’on n’a rien de commun avec elles.»

Voilà tout ce qui en fait, selon Olivier Py, «[…] la pièce la plus bouleversante de l’histoire de l’opéra». Rien de moins.

Pour aller plus loin

Bienheureuses: la véritable histoire des carmélites martyres de Compiègne, documentaire de François Lespes.

Stéphanie Grimard
Stéphanie Grimard

Après avoir enseigné la philosophie au collégial durant plusieurs années, Stéphanie est maintenant journaliste chez nous! Toujours à la recherche du mot juste qui témoignera au mieux des expériences et des réalités qu’elle découvre sans cesse.