
Des oeuvres parlantes
On observe souvent qu’une image vaut mille mots. C’est dire qu’une œuvre d’art est donc le moyen par excellence de raconter une histoire. Certaines techniques, comme le vitrail ou la fresque, permettent d’illustrer simultanément plusieurs passages d’un récit en déployant les figures sur une grande surface. Ainsi, une visite des églises et des sanctuaires du Québec nous permet souvent d’apprendre bien des histoires, simplement en regardant leur décor: vies de saints, récits fondateurs, miracles, extraits des évangiles et traditions. Voici une sélection d’œuvres parlantes, dont la richesse narrative, combinée à leurs qualités esthétiques, risque fort de vous étonner.
Bas-reliefs du calvaire d’Oka
François Guernon dit Belleville et Louis-Amable Quévillon
Aménagé vers 1740 par les Sulpiciens pour évangéliser les Autochtones établis dans leur mission, le calvaire d’Oka serait le plus ancien chemin de croix extérieur d’Amérique du Nord. L’ensemble est constitué de sept petits édicules bâtis sur une montagne, chacun abritant un bas-relief qui illustre un moment de la passion de Jésus (les sculptures originales, remplacées par des copies, sont maintenant conservées au Musée de la civilisation).
Les récits imagés sont souvent considérés par les missionnaires comme le meilleur outil pour parler de la foi, spécialement lorsque ces derniers sont confrontés à la barrière de la langue. Inspirées de tableaux célèbres, les œuvres en bois peint du calvaire d’Oka racontent la souffrance de Jésus, de sa condamnation à sa mort sur la croix.
Certaines images réfèrent à des passages connus des évangiles, comme la flagellation par les soldats romains, tandis que d’autres s’appuient plutôt sur la tradition orale, tels que la rencontre avec sainte Véronique, qui essuie le visage du Christ. Invitant à la contemplation par ses œuvres évocatrices et par son cadre naturel, le site est devenu un important lieu de pèlerinage à la fin du 19e siècle.
Musée de la civilisation, don de la Fondation du Musée,
photographe: Red Méthot - Icône, 2011-1-1
Musée de la civilisation, don de la Fondation du Musée,
photographe: André Kedl, 2011-1-2
Fresques de l’église Sainte-Amélie de Baie-Comeau
Guido Nincheri
Occupant une surface de plus de 1500 m2, l’ensemble de fresques de l’église Sainte-Amélie est à la fois l’une des rares et des plus grandes œuvres du genre en Amérique du Nord. Son auteur, le fresquiste et verrier Guido Nincheri, n’est pas surnommé «le Michel-Ange de Montréal» pour rien! Les peintures du chœur de l’église sont les plus intéressantes: on y voit plusieurs scènes de la vie de sainte Amélie — sainte Amalberge, une bénédictine du haut Moyen Âge — alors que le centre est occupé par un triptyque montrant la nativité, la Trinité et la résurrection.
Rappelons que la sainte patronne de la paroisse est choisie pour rendre hommage à Amy Irwin Adams, défunte épouse du fondateur de la ville de Baie-Comeau, le papetier Robert McCormick. Des histoires fascinantes entourent l’édification de ce bâtiment, dont l’arrestation de Nincheri en plein milieu des travaux. En effet, dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale, il est soupçonné d’être d’allégeance fasciste pour avoir accepté de peindre — à l’encontre de son projet initial — le portrait de Mussolini dans un décor d’église à Montréal. Heureusement, le malentendu n’empêche pas l’achèvement de ce joyau de la Côte-Nord, devenu musée.
Photo: Wikimedias Commons, Hélène Grenier.
Mosaïques de la voute de la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré
Auguste Labouret et Jean Gaudin
Tout visiteur qui entre dans la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré remarque inévitablement les mosaïques couvrant l’immense surface de la voute. Cet ensemble impressionnant de 26 scènes illustrant la vie de sainte Anne, mère de la Vierge et grand-mère de Jésus, est réalisé par deux artistes français — notamment Auguste Labouret, grand spécialiste du vitrail et de la mosaïque, qui crée aussi les vitraux de la basilique et d’autres mosaïques dans la nef.
On y voit des thèmes rarement représentés dans l’art, comme le mariage d’Anne et de Joachim, les tâches quotidiennes de la sainte ou encore l’annonce de la naissance de Marie. Ces histoires sont principalement inspirées de la tradition chrétienne et des évangiles apocryphes, livres racontant la vie de Jésus et des membres de sa famille, mais n’étant pas inclus dans le canon officiel de la Bible. La palette sobre de ces mosaïques, rehaussée de dorures et de traits rouges, rappelle les enluminures médiévales tout en intégrant des éléments modernes ou art déco.
Photo: Charles O. Cecil, ALAMY
Ex-voto de Notre-Dame-de-Liesse
Artiste inconnu
Ce tableau est l’un des plus mystérieux de l’histoire de l’art au Québec, et aussi l’une des premières peintures réalisées en Nouvelle-France. Son auteur demeure inconnu à ce jour, les rares artistes ayant pratiqué dans la colonie étant surtout des sculpteurs. L’œuvre, qui fascine les historiens, ferait depuis toujours partie du décor de l’église de Rivière-Ouelle. L’image révèle une histoire dramatique: on y voit un homme agenouillé priant la Vierge Marie qui lui apparait alors que ses compagnons, vraisemblablement morts de froid, sont étendus dans la neige.
L’abbé Henri-Raymond Casgrain est le premier à écrire une version de ce récit, dans son recueil Légendes canadiennes, paru en 1861. Selon ce qu’il rapporte, le jeune homme agenouillé serait un officier parti en expédition avec son père, un soldat et un guide autochtone. Des Iroquois auraient attaqué la petite troupe et tué le guide, laissant les autres hommes perdus en forêt. Avant de mourir, le père aurait fait promettre à son fils de prier la Vierge. Miraculeusement sauvé, le jeune officier fit peindre ce tableau en guise de remerciement à Marie. Que cette histoire soit véridique ou non, chaque détail de l’œuvre étonne: son grand format, son paysage glauque, le rendu des vêtements et sa préservation malgré les aléas du temps.
Inconnu,
Ex-voto de Notre-Dame-de-Liesse, vers 1730
Huile sur toile, 244 x 152 cm avec cadre; (250 x 189 cm)
Collection de la Fabrique Notre-Dame-de-Liesse,
Rivière-Ouelle
Photo: CCQ, Michel Élie
Les Pionniers du Canada
Jan Tillemans, o.m.i.
La basilique Notre-Dame-du-Cap, de plan octogonal, est illuminée de partout par ses grands ensembles de vitraux réalisés par le prêtre oblat et maître-verrier hollandais Jan Tillemans. Ce dernier, qui met huit ans à créer cette œuvre, effectue plusieurs séjours au Québec durant ce temps — étudiant sur place les effets de lumière, notamment. Parmi les six ensembles thématiques de la nef, celui intitulé Les Pionniers du Canada illustre plusieurs personnages et événements importants de notre histoire : la première messe célébrée à Ville-Marie, sainte Marguerite Bourgeoys enseignant à des fillettes, Louis Hébert, premier colon du pays, ou encore saint François de Laval en voyage pastoral.
Exécutés selon des procédés ancestraux utilisés dans les cathédrales gothiques, les vitraux possèdent une esthétique qui marie étonnamment bien l’art médiéval et l’art moderne. Le résultat fait l’admiration des pèlerins venus de partout dans le monde, qui peuvent ainsi se familiariser avec l’histoire du Québec.
Photos: Gracieuseté du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap.










