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Antoine Malenfant
Antoine Malenfant

Antoine Malenfant

Animateur de l’émission On n’est pas du monde et directeur des contenus, Antoine Malenfant est au Verbe médias depuis 2013. Diplômé en sociologie et en langues modernes, il carbure aux rencontres fortuites, aux affrontements idéologiques et aux récits bien ficelés.

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  • La crèche, ça chlingue

    Le tapage publicitaire, le bruit partout des cantiques sirupeux, et le chapelet de partys en décembre sont-ils une préparation pour une fête ou plutôt un maquillage pour masquer notre désespérance ? Petite méditation en odorama sur le mystère de l’Incarnation. Tout comme la Parole, l’Espérance nait dans le silence. En marge de tout ce tourbillon. Et Noël, c’est le Verbe divin qui prend chair dans le silence de la nuit. Pas à midi, au zénith ; pas à l’heure où les boites de comm envoient généralement leurs communiqués de presse. Pas à l’heure du bulletin de nouvelles non plus. Ce point central

  • Économie du salut

    Avant de commencer, laissez-moi prendre des nouvelles de vos proches poches. Comment va votre vieux pépère RÉER? Vos petits enfants placements se portent bien? Votre tendre épouse épargne est toujours aussi ravissante? Aujourd’hui, on jase d’un livre qui jase de fric. De montagnes de fric. Je vous parle d’un petit fascicule publié chez Salvator qui reprend un texte intitulé Questions économiques et financières, sorti début 2018 des presses vaticanes. Déjà, je vous vois venir avec une première question économique : « combien ça coute? ». Pas cher, pas cher. Comptez sur moi et comptez vos cennes noires, c’est un bon investissement. Quelques piécettes, à peine plus

  • L’ordre et les regrets

    Le nouveau président brésilien Jair Bolsonaro, élu dimanche dernier, affiche ouvertement sa foi chrétienne. Trump du Sud? Montée de la droite ou échec de la gauche? Une analyse d’Antoine Malenfant, observateur passionné du pays de la samba. Ordem e progresso. La devise du Brésil a été maintes fois moquée. « L’ordre et le progrès » se sont transformés en « Désordre et régression » ou « L’ordre jamais, le progrès plus tard », etc. Sans l’ombre d’un doute, les quatre prochaines années seront marquées par la remise en « ordre » de la maison. Du moins, il s’agit d’une ferme promesse de Jair Bolsonaro, nouveau président élu du plus populeux

  • La saison de la morve

    Je ne prends jamais de congé de maladie. Mais ce matin, étant trop dédié à la gestion de mes mucus nasaux, j’ai dû me résoudre à rester à la maison pour me reposer un peu. Séquelle de lendemain-de-lendemain-de-veille-d’élections ou héritage microbien de mes petits morveux domestiques? Mystère. Constatant l’impossibilité de me reposer à la maison (il y en a quand même trois qui ne sont pas encore à l’école…), j’ai finalement décidé d’aller me reposer au bureau. Bref, comme d’hab. Et puisque j’ai une talle de tâches qui m’attend et que mon cerveau enrhumé me chuchote de ne rien entreprendre d’utile,

  • Heureux ceux qui pleurent

    La petite Émilie voit le jour à Montréal en 1800. L’enfant perd sa mère à l’âge de quatre ans. Puis, dix ans plus tard, son père décède aussi. À 23 ans, elle épouse Jean-Baptiste. Les deux premiers fils du couple ne vivent qu’une saison avant de mourir. Le troisième enfant nait en octobre 1826. Un an plus tard, l’époux d’Émilie rend son dernier souffle. L’automne suivant, son dernier fils, âgé de 21 mois, décède à son tour. Job Si le livre biblique de Job est un récit qui n’a rien d’historique, l’histoire d’Émilie Tavernier-Gamelin, elle, est bel et bien arrivée. Mais elle

  • «Cet assassin est votre fleur»

    Je m’apprêtais à répondre à un ami qui s’indignait de cette nouvelle formulation du Catéchisme de l’Église catholique disant que la peine de mort, dans le contexte actuel de notre monde, n’est plus admissible. J’aurais baragouiné mollement quelque chose comme: « le Christ n’a-t-il pas payé de son sang la condamnation que nous méritions tous? » Puis, la Providence, dans sa magnanimité sans bornes, laissa tomber entre mes mains ce morceau de littérature comme il s’en fait trop peu de nos jours. Le vieux bourru de Léon Bloy (qu’on ne peut certainement pas accuser d’être adepte des Bisounours) semonce ici, en des

  • Les saints ne sont pas des anges

    Je donne toujours ce conseil aux nouveaux époux: Disputez-vous autant que vous le voulez. Si les assiettes volent, laissez-les. Mais ne laissez jamais la journée finir sans faire la paix! – Pape François Il y a de ces moments où on dirait que rien ne fonctionne. Hier soir, on rêvait de coucher les enfants à une heure décente, on fantasmait à l’idée d’un peu de quiétude autour de la table du souper et, d’une manière plus fantaisiste encore, on espérait que la recherche d’une paire de bobettes propres pour A. (6 ans) qui sort du bain ne se transforme pas en fouille

  • Sommes-nous encore capables d’attendre?

    Le carême 2018 a quelque chose d’anachronique. Alors que se déroulait ces jours-ci à Austin (Texas) le fameux pèlerinage de technophiles SXSW, l’Église catholique, jamais vraiment de son temps, propose une lente et pénible montée vers le calvaire. D’un côté, les jeunes élites mondiales de l’intelligence artificielle, du capital de risque et du bitcoin se shootaient au high-speed, la tête dans le cloud. De l’autre, une institution aux allures archaïques se prépare à faire mémorial d’un évènement qui commence à dater: un homme exécuté non pas avec un sabre laser, mais cloué sur un bout de bois; vraisemblablement revenu du

  • Les choses que l’on peut dire

    Un prof de cégep peut-il exprimer, hors de sa classe, ses réserves et ses questionnements sur l’homosexualité? C’est là l’une des nombreuses questions que soulève la récente suspension de Jean Laberge, enseignant au Vieux-Montréal. Le 17 janvier dernier, le philosophe Jean Laberge publiait le billet « Suis-je homophobe? » sur sa page Facebook. Quelques jours plus tard, à la suite de plaintes de collègues et d’étudiants, il rencontre la direction de l’établissement et écope d’une suspension (avec solde) en attendant les sanctions officielles. Si le nom de Jean Laberge vous dit quelque chose, vous savez probablement déjà que le prof de philo du cégep

  • La Toussaint avec Bloy

    Tu es béni, Père,Seigneur du ciel et de la terre,tu as révélé aux tout-petitsles mystères du Royaume!– Mt 11, 25 Cher ami, Nous ne nous connaissions que depuis quelque temps lorsque tu m’as tendu un vieil exemplaire de poche de La femme pauvre de Léon Bloy. Fidèle trop catholique pour le milieu des lettres et écrivain trop libre pour les bons chrétiens des premiers bancs, Bloy avait su confisquer ton attention académique, au moins le temps qu’il te fallait pour devenir Maitre ès Pèlerin de l’absolu. Pour ma part, autant rebuté par la couverture d’un bleu défraichi illustrée par un

  • #Balance ton steak

    La campagne #BalanceTonPorc connait un franc succès sur les réseaux sociaux. Évidemment, c’est dégoutant et regrettable de constater à quel point un nombre incalculable de personnes, surtout des femmes, se font harceler et agresser. Si le problème semble particulièrement présent dans le monde du showbiz – au moment d’écrire ces lignes, La Presse nous apprend que même l’étoile polaire du vedettariat québécois aurait harcelé plusieurs personnes au cours de sa carrière –, il ne s’y limite pas. Gigot et abats Alors que certaines dénoncent « les religions » d’avoir nourri la bête du patriarcat et de la domination sexuelle pendant des siècles, d’autres

  • Chérie, j’ai réduit mon ennemi

    La droite méprise la gauche. La gauche déteste la droite. Les fascistes sont en colère contre ceux qui veulent déboulonner les statues de généraux confédérés et contre les antifas, lesquels alimentent parfois la violence qu’ils souhaiteraient pourtant éteindre. Spectacle d’une tristesse inouïe. D’abord, parce qu’une jeune femme a perdu la vie à cause de la colère d’un homme. Ensuite, parce qu’il me semble que, de part et d’autre, on s’affaire plus à démoniser l’adversaire qu’à identifier le véritable Adversaire. La vérité c’est que nous sommes tous des champions pour dénicher la merde dans la vie des autres, dans le camp

  • Salut pop Jésus

    À la petite école, on nous a saturés de l’expression «Bonne Nouvelle» dans les cours de catéchèse (ou étaient-ce des cours de bricolage, je ne sais trop). Tellement qu’on ne peut plus entendre ces deux mots sans imaginer madame Ghislaine nous distribuant des silhouettes du Jésus/Ken Barbie à colorier, le teint rose, les sourcils bien épilés et les cheveux blonds, propres comme une pub d’Herbal Essence. Bien sûr que Jésus devait avoir la peau des avant-bras bien douce. Mais est-ce là une caractéristique distinctive du Fils de Dieu? Je connais des tas de bonnes personnes autour de moi qui ont

  • Le labour sans labeur

    Le Canada serait appelé à devenir un joueur majeur dans les secteurs de la robotisation et de la malnommée « intelligence artificielle ». Drôle de destin. J’imagine que ce n’est pas exactement ce que Champlain, Jeanne-Mance et Cartier avaient en tête lorsqu’ils se sont tapé la grande traversée… Quoi qu’il en soit, la Banque du Canada annonçait ce printemps que les vingt prochaines années seraient dédiées à l’innovation technologique et à l’automatisation. La sous-gouverneure de l’institution, Carolyn Wilkins, expliquait toutefois que ces changements majeurs – maladroitement appelés « progrès » technologiques – allaient non seulement couter de nombreux emplois, mais aussi augmenter les inégalités

  • Montréal, mon culinaire

    Vu de Québec, le 375e de Montréal me fait autant d’effet que l’anniversaire de 3 ans et 9 mois de ma chère fille : faut vraiment se péter les joues à gonfler des ballounes pour ça? Mais si ça vous divertit un peu, si ça change le mal de place, si ça met un baume sur votre Coderre, si ça vous donne l’impression d’être à Régisgrad le temps d’un été, je vous dis comme le pape François : « qui suis-je pour juger? ». Faites ce qui vous plait avec l’oseille du peuple, on n’est pas regardants. On serait bien malvenus de vous faire

  • Lettre à Catherine Dorion (pis à KPMG, tant qu’à faire)

    Ceux qui cherchent à tout prix à honorer notre passé catholique, s’ils veulent le faire sincèrement, devraient lâcher les crucifix et nous rappeler ce que disait Jésus sur les riches, et nous rappeler aussi, tant qu’à faire, ce que disait Jésus sur ceux qui défendent la religion juste pour les apparences, juste pour se tailler une place dans le monde. Catherine Dorion, comédienne et blogueuse au Journal de Québec (citation tirée de Facebook, 3 mars 2017, en réponse à l’indignation à géométrie variable de certains québécois) – Catherine Dorion, comédienne et blogueuse au Journal de Québec (citation tirée de Facebook,

  • Dompter la bête

    C’est un peu toujours la même histoire. Un évènement tragique secoue une ville. Les grandes chaines d’information dépêchent des équipes sur le terrain. Les médias sociaux s’enflamment. Dans les heures qui suivent, même si on ne sait toujours à peu près rien sur les motifs de la tuerie, plusieurs articles se bousculent dans notre fil de nouvelles… alors que des victimes luttent encore pour leur vie aux soins intensifs. La poussière Tous ces camions-antenne qui couvrent la nouvelle et toutes ces voitures de police déployées dans la ville soulèvent beaucoup de poussière sur Québec. Les analyses hâtives lancées dans ce brouillard

  • Bienvenue à Écono-land

    « Nous ne suggérons pas que les patients et les médecins considèrent le cout lorsqu’ils prennent la décision – très personnelle et intime – de demander l’aide médicale à mourir, insiste le Dr Trachtenberg. Mais la réalité est telle que notre système de santé a des ressources limitées et que les décideurs se servent toujours d’évaluations économiques pour décider s’ils offriront un service. » C’est ainsi que se termine un article de Radio-Canada intitulé L’État pourrait faire des économies grâce à l’aide médicale à mourir. Les groupes de médecins contre l’euthanasie, certains organismes (sans affiliation religieuse) de promotion de la dignité de

  • Kintsugi

    Kintsugi : en japonais, jointure en or. Méthode de réparation des porcelaines et des céramiques brisées au moyen de laque faite de poudre d’or. En amour comme en céramique, tout passe. Tout casse. * Il y a 11 ans aujourd’hui, un 11 novembre, on frenchait pour la première fois, assis sur un trottoir de Sainte-Foy, au milieu de la nuit. Ensuite, pendant 2 ans, le stationnement chez tes parents fera office de parloir. Et la poutine du Ashton, celui juché en haut de la rue de la Suète, sera l’exutoire de nos élans passionnels maladroitement contenus. Puis, le grand jour. Puis

  • Safia Nolin n’est pas Plume Latraverse

    J’écoutais Simon Jodoin au micro du 15-18 de Radio-Canada. Il faisait la comparaison flatteuse (et fortuite, semble-t-il) entre Plume et Safia. Voilà, effectivement, deux chanteurs québécois qui remettent en question l’ordre établi. À la différence près, je dirais, que Plume n’est pas surpris lorsque son irrévérence est conspuée sur la place publique. Sincèrement, je suis d’accord avec Safia sur plusieurs des idées qu’elle porte… aussi élégamment qu’un t-shirt de Gerry Boulet. Si certaines de ses opinions sont plus difficiles à endosser sans vérification préalable (sa sœur serait une « grosse conne »), d’autres, néanmoins, sont plutôt aisées à partager. Par exemple : Safia Nolin a

  • Joseph contre les robots

    Un peu plus tôt cet automne, je m’asseyais avec mon fils de huit ans pour regarder avec lui ses premiers devoirs de troisième année. Ça vaut toujours la peine de prendre un peu de temps pour échanger avec les enfants sur ce qu’ils apprennent en classe… Tant bien que mal, je tente d’appliquer dans ma vie familiale ce qui me semble être aussi un principe valable pour l’enseignement: il ne peut y avoir de transmission sans amour, sans un don. Dans cet état d’esprit, j’ouvre avec lui un joli petit manuel: L’école d’hier, l’école de demain. Ça promet. Évidemment, dans

  • Le sexe est-il un jeu d’enfant ?

    Vous avez peut-être vu passer un article louangeant le dernier livre de Patrick Doucet. Drapé d’ouverture d’esprit, le jupon d’un nouveau moralisme (que Guillebaud nommerait l’injonction à la jouissance) dépasse toutefois un peu. J’ai souligné quelques points spécialement surprenants. Le titre: La vie sexuelle des enfants ? Tout ce qu’on aimerait sans doute savoir, mais qu’on ne souhaite peut-être pas entendre. D’entrée de jeu, on laisse entendre que le lecteur est une sorte de Janus voyeur/pudibond. C’est flatteur. Mais un brin condescendant. Extravagances: « Quand des adultes consentants sont en cause, on apprend à accepter même des extravagances. On souhaiterait toutefois préserver les enfants

  • Le bus habitable

    Je suis paumé comme jamais. Parait que ça prend maintenant trois piasses et demie pour embarquer dans un transport en commun de pauvre. Je n’en ai que deux. Nous sommes quelques heures avant que Trudeau ne me sorte de la pauvreté avec ses bonis dollars. Nous sommes hier. Dieu merci, j’ai un trésor au fond de mon portefeuille : une vieille carte à puce en carton. Tout fier, je la brandis comme une médaille devant le senseur. La lumière rouge s’allume. Plus fier pantoute. « Billets épuisés ». Quand une carte électronique est une métaphore de l’état de son détenteur… Je me retourne,

  • Le soft-eugénisme (un peu) démasqué

    Radio-Canada présentait il y a quelques temps un reportage de Tamara Alteresco qui a retenu mon attention. (1) Grosso modo, on y présentait des parents qui, malgré un dépistage prénatal positif au cours duquel on avait trouvé une trisomie 21 à leur enfant, ont poursuivi la grossesse. Soft-eugénisme L’eugénisme, étymologiquement, c’est la bonne naissance. C’est, pour le dire vite, l’ensemble des méthodes ou pratiques qui interviennent pour améliorer le patrimoine génétique de l’espèce humaine, en vue d’un idéal… d’un homme nouveau. Si 90 % d’entre eux optent pour l’avortement, ceux qui choisissent de poursuivre la grossesse dénoncent le manque de soutien et les

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