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  • Ivanka Galadza

    L’art au service de la paix: Ivanka Galadza, artiste canado-ukrainienne

    L’émotion est forte lorsque je rencontre Ivanka Galadza, artiste canado-ukrainienne. Quelques larmes ravalées discrètement, signe visible que le bon Dieu est là. Pendant notre entretien, conduit en anglais, je confonds sans cesse les mots peacemaker et pacemaker. Grommèlement intérieur. Les deux mots ne sont peut-être pas si éloignés l’un de l’autre, au fond. Les artisans de paix comme Ivanka font bien battre le cœur du monde. Parfois à bout de bras. Ivanka est une illustratrice ukrainienne catholique de rite byzantin. Ses grands-parents ont quitté l’Ukraine pour l’Amérique du Nord au cours de la Seconde Guerre mondiale. Ils étaient des réfugiés,

  • Frank LeoFrank Leo

    Mgr Frank Leo, un évêque au cœur de mère

    Que Mgr Frank Leo, le tout nouvel évêque auxiliaire de Montréal, parle français, anglais ou espagnol, son petit accent italien ne trompe pas. Il a grandi dans le quartier Villeray, juste à côté de la Petite Italie, où ses parents avaient décidé de s’installer, arrivés tout droit de Naples. Ordonné en 1990 à l’âge de 25 ans, il n’a jamais eu de doute quant à sa vocation. C’est en paroisse, à l’église Notre-Dame-de-la-Consolata, rue Jean-Talon, coin Papineau, à l’âge de douze ans, qu’il a fait, dit-il, les deux plus importantes prises de conscience de sa vie:  «J’ai réalisé que chaque

  • Mathieu BélisleMathieu Bélisle

    Mathieu Bélisle, le skieur de la nuit

    Enseignant en littérature au Collège Jean-de-Brébeuf, membre de l’équipe de rédaction de la revue L’Inconvénient et essayiste, Mathieu Bélisle s’est imposé ces dernières années comme figure incontournable du paysage culturel québécois. Nous l’avons rencontré pour discuter de ses ouvrages et des «questions essentielles» qu’ils soulèvent. Pour bien saisir le portrait de Mathieu Bélisle, il faut d’abord tracer les contours d’un homme généreux: un homme désireux de communiquer sa pensée, son cheminement, mais dans une ouverture à l’autre, à son expérience personnelle, à son humanité. Mathieu Bélisle carbure aux discussions. Il aime visiblement échanger, avec l’humilité de celui qui se livre, en

  • Laure ConanLaure Conan

    La réclusion pour écrire au-delà : vie et œuvre de Laure Conan

    Marie-Louise Félicité Angers (1845-1924), mieux connue sous son pseudonyme de Laure Conan, écrit à la fin du 19e siècle une œuvre incontournable de la littérature québécoise. Elle y occupe une place complexe, et en cela, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’elle suscite tant d’intérêt aujourd’hui. Pour saisir un peu de cette complexité, il faut prendre en compte non seulement ses écrits, mais aussi son sexe et la façon dont elle s’inscrit dans un espace littéraire qui cherche encore à se définir et à s’ériger comme tel. Étonnamment, c’est poussée par la nécessité de répondre à ses besoins matériels que

  • pardonpardon

    Le visage du pardon

    Tout allait bien chez les Drolet. Autour, on disait que c’était une famille modèle. Couple heureux. Yvan et Nicole sont de bons chrétiens. Et six enfants avec ça! Une maison chaleureuse dans une campagne généreuse. Geneviève, cinquième enfant de la fratrie, dit même que sa famille, c’était La petite maison dans la prairie en peinture. Et puis, par un matin d’été – c’était en 1980 –, un drame horrible projette la famille en enfer. Louis-Nicolas, le petit dernier, sort de la maison et monte dans la voiture familiale, dont la porte avait été mal fermée. En jouant avec les clés, il s’aperçoit

  • innueinnue

    Laurette Grégoire, Innue: «Il y en a plein, ici, des crucifiés»

    Deux femmes innues au passé douloureux. Deux femmes avec un point en commun: leurs combats ne les ont pas éloignées, mais rapprochées de Dieu. Sur la Côte-Nord, nous avons rencontré Laurette Grégoire et Brigitte André. Voici leur témoignage. Née à Uashat, une réserve innue près de Sept-Îles, Laurette est l’ainée d’une famille de neuf enfants. Dès son jeune âge, ses parents l’éduquent dans la foi catholique dont ils ont hérité. Lorsqu’on lui demande si elle vit aussi la spiritualité traditionnelle innue, elle répond que non. Elle ne se sent pas moins autochtone pour autant. Se disant chrétienne, catholique et pratiquante, Laurette

  • Serge RockSerge Rock

    Rencontre avec l’Innu Serge Rock, ambassadeur de réconciliation

    À l’âge de sept ans, Serge Rock rentre à vive allure dans une clôture avec son BMX. Deux semaines en béquilles s’annoncent difficiles pour le petit garçon énergique. Le pape Jean-Paul II arrivait le lendemain, premier pape à fouler le sol canadien.  « Crois-le, crois-le pas, mon élongation musculaire était guérie à la fin de la journée. On se rendait là en bus avec une délégation d’Innus » me raconte Serge, alors que je viens tout juste d’entrer chez lui, dans sa maison à Wendake. Il se doute bien que je vais le questionner sur la venue imminente du pape. « Il y a

  • MoniqueMonique

    Monique A. Papatie, survivante des pensionnats

    Petite valise toute neuve à la main, Monique avait cinq ans quand elle est montée dans l’autobus pour le pensionnat autochtone de Saint-Marc-de-Figuery, pas très loin d’Amos. Son oncle lui avait aussi acheté une belle paire de chaussures, des chaussettes, et un gilet. Sa maman lui avait même confectionné, pour l’occasion, une magnifique jupe traditionnelle. Cet automne-là serait différent de tous les autres. Monique, comme tous les enfants de la communauté de Kitcisakik, ne retournerait pas en forêt pour l’hiver. De nomade à sédentaire  Âgée de 69 ans, Monique A. Papatie se souvient d’avoir beaucoup pleuré à son arrivée. «Ce qui

  • Siriac VachonSiriac Vachon

    Cyriac Vachon: Innu, en chemin vers le diaconat

    Ciriac Vachon sait depuis longtemps qu’il veut devenir diacre. Si l’accident de son fils l’a encouragé à prendre ce chemin, cet appel lui est d’abord venu des ainés. Actuellement en formation vers le diaconat, il a partagé son histoire avec Le Verbe.   Né à Pessamit, une réserve innue à 45 minutes au sud de Baie-Comeau, Cyriac Vachon grandit dans une famille catholique pratiquante. Ancien joueur professionnel de billard, il pense, à l’âge adolescent, en faire une carrière et représenter la Côte-Nord à RDS. Vers l’âge de 17 ans, alors qu’il s’entraine à la table de la salle paroissiale, un frère lui

  • GuérirGuérir

    «Guéris ce que tu juges bon de guérir»

    Judith Trudeau voulait des enfants, mais n’en avait pas. Son histoire est un témoignage d’accueil de la grâce dans une situation de vie en apparence stérile. Pleine de vitalité, Judith nous accueille dans sa maison chaleureuse, à Saint-Nicolas. Son mari André, musicien de profession, s’est absenté pour aider un ami à produire un vidéoclip. Chez les Nadeau, le don de soi fait partie de la routine. Dans le salon, il y a des photos de leur fille et de leur garçon. Ils sont au cœur de l’histoire que Judith va me raconter avec des yeux brillants de gratitude. Avant de

  • OjibwéOjibwé

    Roger Twance: Ojibwé, bâtisseur de ponts

    Dans son minuscule bureau à l’entrée de la Chapelle Notre-Dame-de-Lourdes, où il officie comme portier, Roger Twance ne passe pas inaperçu: il est d’un physique imposant. Son sourire et sa ferme poignée de main sont pourtant doux et rassurants. Tout comme le saint Frère André, il accueille avec chaleur les habitués et les touristes. Et si d’aventure ils ont du temps devant eux, il leur parle volontiers de la réalité des peuples autochtones et de sa volonté de tisser des liens entre ces derniers et l’Église catholique. «Nous allons faire l’entrevue ici», me lance Roger Twance. Devant mon air surpris,

  • PensionnatPensionnat

    Brigitte André : « Ce que j’ai vécu au pensionnat m’a rapprochée de Dieu »

    Je rencontre Brigitte André dans sa demeure, à Maliotenam, une réserve innue située à quinze minutes de Sept-Îles. Accueillante, souriante, rien ne laisse imaginer le long et pénible chemin de croix que cette dame a connu. Victime du pensionnat, elle s’est accrochée à Dieu plutôt que de lui tourner le dos. Benjamine d’une famille de treize enfants, Brigitte est née à Maliotenam. À l’âge de 2 ans, elle quitte son village natal pour aller s’installer, avec sa famille, près de Schefferville, où son père travaille dans la mine. Jusqu’à l’âge de sept ans, Brigitte connait la vie traditionnelle dans le bois :

  • avortementavortement

    «J’ai rangé mon avortement dans la case d’un acte médical»

    Marie-Ève Caouette espérait fonder une famille, mais pas tout de suite, pas de cette façon-là. Son parcours de vie ne suivait pas ses ambitions. Mais finalement, lâcher les rênes du contrôle s’est avéré ce qu’il y avait de mieux pour elle. Marie-Ève a toujours rêvé de fonder une famille. Avec des parents convertis au catholicisme, un grand frère prêtre, son chemin semblait tracé d’avance. Mais la passionnée de basketball a du mal à trouver l’homme avec qui passer sa vie. « Quand tu mesures six pieds un pouce et que tu regardes la plus haute tête dans l’église… les choix sont

  • pain vinpain vin

    «Ceci n’est plus du pain ni du vin»

    Dans une église à moitié vide, un prêtre en chasuble aux motifs dorés prononce des paroles étranges : « Ceci est mon corps livré pour vous. Ceci est la coupe de mon sang versé pour vous. » Ce mystère a-t-il encore un sens pour le monde contemporain, alors que tant de martyrs, au fil des siècles, ont donné leur vie pour l’honorer ? Nicolas Buttet, prêtre suisse, spécialiste de l’eucharistie, en décrit toute la sacralité : « À [la consécration], c’est comme si deux millénaires d’histoire étaient balayés et que nous étions contemporains de Marie et de Jean au pied de la croix. » Un sacrifice d’amour

  • ChestertonChesterton

    Gilbert Keith Chesterton: le joyeux apologète

    Gilbert Keith Chesterton (1874-1936), écrivain et journaliste anglais, fait certainement partie des grands apologètes catholiques dont l’Église avait besoin. Il intervient à une époque charnière où le scepticisme, l’agnosticisme et le matérialisme commencent à imprégner de plus en plus la culture anglaise. Les avancées des sciences naturelles – pensons à la théorie de l’évolution de Darwin – l’apparition de la critique historique et l’industrialisation ébranlent l’échafaudage de la société assise en apparence sur un socle religieux. « Sous la surface d’un conformisme religieux fait de respectabilité, il y a un remous de doute et d’incertitude. Presque tous les intellectuels étaient aux

  • Grégoire Ahongbonon : l’homme qui libère les captifs de leurs chaines

    En Afrique, les personnes souffrant de troubles mentaux sont « les oubliés des oubliés ». Parfois littéralement enchainés durant des années par leurs parents, ils sont relégués au rang de sous-homme. Grégoire Ahongbonon, cet ancien réparateur de pneus né en 1952 au Bénin, consacre sa vie à leur rendre à la fois la liberté et la dignité. Le Verbe s’est entretenu avec lui lors de son récent passage au Québec. « C’est une honte pour l’humanité ! Une honte ! » Grégoire Ahongbonon lance ce cri du cœur tout en me montrant des photographies à peine supportables d’hommes et de femmes enchainés à des troncs d’arbres.

  • Étienne FinolÉtienne Finol

    La descente aux enfers d’Étienne Finol

    Enfant de deux parents psychologues, catholiques pratiquants de surcroit, Étienne Finol semblait tout avoir pour grandir de manière épanouie. Le baseball qu’il pratiquait depuis sa tendre enfance lui avait ouvert les portes, bourses incluses, d’une grande école américaine. Mais la perte de cette opportunité lui a fait frapper une fausse balle, l’entrainant dans le champ de la toxicomanie jusqu’à en devenir sans-abri. Étienne a passé les quatre premières années de sa vie adulte hors du Québec pour se reconstruire et mettre un frein à ses dépendances. À 25 ans, c’est comme s’il partait de zéro : il a dû réapprendre à aller

  • ClotildeClotilde

    Clotilde Margottin: vaincre la dépression avec l’aide de Dieu… et de la psychiatrie 

    « Je rends grâce à Dieu, car nous sommes une famille normale… » Cette simple louange cache une histoire de résilience et de foi. Son héroïne, Clotilde Margottin, Française, journaliste à la radio, mère de famille, catholique pratiquante, a lutté durant de nombreuses années avant de vaincre la dépression. Dans son ouvrage Se relever, toujours. Traverser la maladie de la honte à la lumière de la foi, elle raconte comment elle a réussi à en guérir avec l’aide de Dieu et des antidépresseurs. « J’ai eu une enfance et un début de vie professionnelle assez faciles. Tout a été rose pour moi », révèle-t-elle. Rien

  • rencontre avec Dieurencontre avec Dieu

    Youna, Jonathan et Philippe: trois histoires de rencontre avec Dieu

    La rencontre avec Dieu relève d’un mystère : les mots peinent à décrire la relation avec plus grand que soi. Pour certains, c’est un point de bascule qui fait chavirer l’existence. Pour d’autres, elle se déroule subrepticement dans une lente maturation. Mais chacun, avec le recul, perçoit en filigrane un Dieu qui n’avait cessé de l’attirer. Toujours, la voie semblait tracée d’avance, pavée par le témoignage d’autres croyants. Jonathan, Youna et Philippe, chercheurs de Dieu dans un monde sans Dieu, racontent l’inédit du commencement de la foi dans leur vie. JONATHAN « Quand je suis sorti de mon abri, j’étais catholique. » Je

  • Félix-Antoine SavardFélix-Antoine Savard

    Lire Félix-Antoine Savard : un devoir de survivance

    Lire Félix-Antoine Savard, c’est approfondir nos racines, mieux comprendre le combat de nos ancêtres. Leur combat de la foi et leur combat pour mener une vie plus libre. Lire Félix-Antoine Savard, c’est plonger dans une œuvre d’une grande poésie et nous laisser transformer par elle. Ses mots nous changent, nous attirent vers le haut. Lire Félix-Antoine Savard, c’est nous régaler de son legs d’une richesse inouïe. Ancien professeur et doyen de la Faculté des lettres à l’Université Laval, Savard (1896-1982) maniait la langue française et les régionalismes québécois pour les faire chanter, et aussi pour dire la vie, à la fois

  • Etty HillesumEtty Hillesum

    Une fleur dans un camp de concentration

    Un texte de Félix Lamontagne Coincée par le régime nazi qui referme son étau sur les Juifs des Pays-Bas durant l’été 1942, alors que les camps d’extermination battent leur plein, Etty Hillesum, Juive de 28 ans, vit une transformation intérieure dont la profondeur sera exprimée dans ses écrits. Au beau milieu des plus graves atteintes à la dignité humaine, elle ose espérer contre toute espérance. On pressent chez elle une force morale renversante : malgré ces circonstances déplorables, elle rend grâce continuellement pour la beauté de la vie. Je crois que la vie m’impose de hautes exigences et a de grands projets pour moi,

  • Jérôme BibeauJérôme Bibeau

    Chutes, rechutes et guérisons d’un enquêteur

    « Des cadavres, des autopsies, c’était fréquent. Mais à l’automne 2019, j’ai été appelé sur un dossier très simple, un scénario digne de l’école de police pour préparer les futurs patrouilleurs : la victime, l’arme à feu, la lettre de suicide. Rien de compliqué ni rien de dégueulasse non plus. Alors là, j’arrive sur les lieux, puis je ne suis plus capable d’écrire. Plus capable du tout. » Jérôme Bibeau, sergent-enquêteur, est atteint du syndrome de stress posttraumatique par surexposition. Il a voulu raconter au Verbe ce qui l’a entrainé jusqu’au fond, et le chemin parcouru depuis son diagnostic. « C’est comme un coming out que je fais aujourd’hui.

  • Au-delà des étiquettes : Samuel, d’abord et avant tout fils de Dieu

    Je retrouve Samuel devant l’église qu’il fréquente, à Montréal, pour la messe de 11 h 30. Ce n’est pas sans raison que nous nous rencontrons ici. Cette paroisse, située au cœur du Village gay, occupe une place essentielle dans le cheminement de Samuel. S’il est, aujourd’hui, en paix avec l’Église, Dieu et sa bisexualité, son parcours n’a pas été de tout repos. Son secret ? Ne jamais lâcher Dieu des yeux. Samuel ne s’est pas toujours qualifié de bisexuel. Il me confie d’ailleurs que ce terme le dérange encore, mais qu’il l’utilise afin d’être compris des gens avec qui il discute. « Notre orientation

  • Dominique Gendron nourritureDominique Gendron nourriture

    Dominique Gendron, alcoolique et outremangeuse

    S’empiffrer ne suffisait plus, et se souler non plus. Religieuse ou pas, obèse ou pas, soule ou pas, il en aura fallu du temps pour que Dominique trouve enfin un sens à sa fuite sans fin et sans fond. Toute son enfance avait pourtant baigné dans les chants et les joies familiales. Son père était marguiller à la paroisse et chantait à la messe. Elle aimait cet esprit de fête, les weekends de jeunes et, évidemment, Jésus ! Puis, un jour, son père fait un infarctus. « Tout a basculé pour moi à ce moment-là. Pour la sécurité de la famille et

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