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J’ai échoué à rater ma vie
L’an passé, je vous confiais avoir pris la résolution de rater ma vie. Mais à l’heure des bilans, je suis bien obligé de constater que j’ai échoué complètement. Malgré tous mes efforts, ma vie est un franc succès ! Tout me réussit : ma vie personnelle et professionnelle, intellectuelle et spirituelle, émotionnelle et… vous savez quoi. ;) Vraiment, même si j’excelle dans l’art de me plaindre, je n’arrive plus à convaincre personne que je fais pitié. J’ai tout essayé : l’anxiété, l’épuisement, la dépression, la solitude, rien à faire. Même quand j’ai l’impression que ça va mal aller, il suffit que j’ouvre les yeux pour
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Espérer la décroissance
La courbe des cas de Covid et celle de la bourse semblent croitre ensemble ces temps-ci. Et alors que le monde espère publiquement la décroissance de la première, on salue secrètement la croissance de la seconde. Croissance versus décroissance C’est un débat économique et écologique qui sévit depuis deux décennies. Contre le dogme néolibéral de la croissance perpétuelle, on oppose l’hérésie écologique de la décroissance graduelle. On prêche que retrouver l’équilibre aussi bien environnemental que cérébral passe par une courbe descendante de notre « niveau de vie » (une expression à niveler par le bas !). On oublie trop souvent que cette décroissance
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Souffrir d’amour… pour la messe
Bon. Y’en a qui m’écrivent pour me demander ce qui se passe avec moi. Pourquoi je ne fais plus de petits vidéos humoristiques sur Facebook les vendredis ? Et pourquoi je ne publie presque plus rien ? Et pourquoi je ne fais plus de blagues ? Pourquoi ? Mais bonté divine, c’est parce que je souffre ! Et quand je souffre, eh bien je suis comme vous — je n’ai pas envie de rire. Évidemment, la joie est là, tout au fond, immuable ; cette joie du ressuscité, cette joie de me savoir sauvée, aimée, accompagnée, guidée. Cette joie d’aimer aussi. Mais ça ne change rien
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L’exigence de la démocratie
En octobre 1970, des jeunes du Front de libération du Québec enlevaient un attaché commercial britannique et le vice-premier ministre du Québec devant sa maison et sa famille. Dans l’esprit de ces révolutionnaires, ils ne privaient pas deux êtres humains de leur liberté, ils kidnappaient des symboles du colonialisme. On connait la suite : le premier a été retrouvé et libéré ; le second découvert mort dans une valise d’auto. Le 30 aout dernier, un groupe de « militants » s’en est pris à la statue de John A. Macdonald, place du Canada, à Montréal. Dans la vidéo qui a beaucoup circulé, on les
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Deux philosophes et un bébé
« C’est toi qui as créé mes reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère. Je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis. » – Ps 138, 13-14 La philosophie commence par l’étonnement, dit-on. Et ces jours-ci, rien n’étonne plus mon mari et moi, tous deux étudiants en philosophie, que notre nouveau-né. Un peu (beaucoup) d’ignorance Pour s’étonner, ça prend une bonne dose d’ignorance. On ne se surprend pas de ce qu’on connait déjà. Or pour l’ignorance en matière de bébé, mon mari et moi, on bat des records ! Déjà à l’accouchement : – Oh mon Dieu ! Il a la tête
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Éternelle enfance
Retomber en enfance est-il facile pour vous ? Certains refrains, certaines odeurs et saveurs nous projettent instantanément des années auparavant. Et que dire des retrouvailles autour d’une joute sportive ! Une cour arrière ou au beau milieu de la rue, un ballon et nous revoilà des gamins. Sur Internet, un groupe d’amis illustre parfaitement ce phénomène, les Dude Perfect. (Je ne parle pas d’eux uniquement parce que mes enfants insistent pour qu’ils fassent partie de cette chronique depuis des mois, promis !) Depuis 2009, Tyler, Garrett, Cody et les jumeaux Cory et Coby s’amusent à produire des vidéos de trick shots. Ils ont débuté
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De Gaulle et nous
Le 1er aout dernier, on a célébré le 80e anniversaire de l’appel du général de Gaulle aux Canadiens français. « L’âme de la France, lançait-il sur les ondes de la BBC, cherche et appelle votre secours, parce qu’elle trouve dans votre exemple de quoi ranimer son espérance en l’avenir, puisque, par vous, un rameau de la vieille souche française est devenu un arbre magnifique. » Réfugié à Londres après que la France du maréchal Pétain eut abdiqué son indépendance, le chef de la France libre comptait sur des effectifs faméliques. Il espérait rallier à lui, en France et ailleurs dans le monde, les femmes
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La pauvreté du visage
La pandémie du coronavirus nous aura invités toutes et tous à revêtir un masque destiné à protéger autrui contre la contagion de ce virus. Ces masques ne recouvrent toutefois que le bas du visage et point les yeux. Emmanuel Levinas a su mettre admirablement en relief, dans Totalité et infini, la dimension éthique des rapports proprement humains à partir de nos visages, faisant ressortir que la vulnérabilité de l’humain oblige. Notre visage est donné à la vision d’autrui, comme l’avait rappelé saint Augustin. Nous ne verrons jamais de nos propres visages que des reflets. Le « face à face » démontre en revanche qu’autrui
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Addicte un jour, addicte toujours
Ce n’est pas parce que j’ai rencontré le bon Dieu que ça veut dire que je ne suis plus une accro, une addicte, ou une dépendante — appelez ça comme vous voulez ! Si cette période covidienne de l’humanité dévoile le meilleur et le pire des cœurs et des esprits, elle le fait aussi pour la femme qui vous écrit. Libérée ? Moi ? Oui, mais comme nous toutes — et tous aussi —, je suis prisonnière de ma chair qui ne souhaite qu’une chose : assouvir son désir du moment. Certaines sont dans la « bonne alimentation ». D’autres dans le « surentrainement physique », moi, jadis, naguère,
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Gang d’innocents !
Avez-vous l’impression d’avoir été plus souvent victime ou bourreau dans votre vie ? Une victime fort probablement. C’est l’un des sentiments les plus également répandue à notre époque. Même si vous êtes un homme hétérosexuel, blanc et aisé financièrement, vous avez vraisemblablement subi le mal des autres d’une manière ou d’une autre. Pas besoin d’avoir été battu ou violé pour se sentir persécuté. La moindre microagression ou parole blessante suffit à nous convaincre de faire partie de l’Ordre des martyres. L’innocence (et non le bon sens) est la chose du monde la mieux partagée. Peut-être étiez-vous un « morveux », un « nerd » ou
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Y a-t-il du bon à l’Halloween ?
Pour l’Halloween, ton voisin a érigé un énorme sorcier gonflable sur son terrain, à côté de traditionnelles citrouilles édentées. Équiterre te suggère de distribuer des dépliants sur le commerce équitable, Leucan te refile une tirelire de collecte et un chercheur en nutrition t’invite à réfléchir sur le fait qu’avoir « du plaisir à une fête peut se faire aussi avec des fruits et des légumes ». Et sinon, t’as des copains chrétiens qui retirent leurs enfants de l’école le 31 octobre, pour mieux déguster des bonbons barricadés chez eux en se déguisant en mère Teresa. Avant de renaitre sans bruit à la Toussaint, le
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Guide pratique pour une saine censure
On l’a vu dans les dernières semaines, les mots et les images ont un poids. Ils sont chargés. Ils pèsent sur les nerfs tendus de notre équilibre émotif. Les mots mettent en colère. Que ceux qui ont pour occupation de mettre des idées sur une feuille se le tiennent pour dit. Il suffit d’une minute d’inattention et on se met les pieds dans les plats. Ou pire. Ce sont toutefois deux choses bien différentes que de connaitre les tabous et de les éviter en toute circonstance. Pour ce faire, il est absolument nécessaire d’exercer une vigilance sans faille. Petit exercice
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J’ai été humiliée
Le 8 octobre 2018, j’ai vécu un sacrement du pardon qui a changé radicalement ma vie. Étant à Florence depuis environ un mois pour mes études doctorales, je me suis confessée à un prêtre, choisi au hasard, durant une soirée de prières. Au milieu de la confession, il m’a regardé droit dans les yeux et m’a dit, les yeux pétillants et le sourire aux lèvres, que je devrai en priorité devenir humble. « Il va falloir que tu redeviennes comme un petit enfant. » « Si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. »
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L’exode et l’exil
Je n’ai vécu qu’une seule expérience d’exode dans ma vie. J’étais alors à Paris pour mes études en philosophie. Au début, j’étais sous le charme. Les cafés et les Champs-Élysées, la pyramide du Louvre et les jardins du Luxembourg, la Comédie française et l’opéra Garnier. Je m’émerveillais de l’architecture de chaque bâtiment, de l’histoire de chaque avenue, des connaissances de chaque citadin. Paris m’avait […] délivré. Délivré du mépris inavoué de ma propre patrie, délivré de l’illusion que bonheur rime avec ailleurs. Les premières amours passées, je suis durement entré en choc culturel. J’expérimentais le stress et la désorientation vécus
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Jusqu’aux limites du monde
Confins. Du latin confinium : « frontières ». Le Grand Confinement a eu l’heur de nous poser bien des questions, dont celles que je retiens ici : quel rapport entretenons-nous avec les lieux que nous habitons, avec ceux où nous nous réunissons pour travailler, avec ceux où nous prions en communauté ? Les limites qui bordent ces espaces sont-elles des entraves étouffantes ou un cadre duquel nous pourrions tirer grand profit ? * L’enjeu des limites, des frontières — ou parfois de leur absence — est peut-être l’un des plus formidables pour penser notre époque. Nous la pensons, cette époque, si souvent en termes relatifs au temps :
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Alexis Cossette-Trudel et le danger de QAnon
Facebook a pris hier la décision de fermer le compte d’Alexis Cossette-Trudel, un adepte du groupe complotiste QAnon et un des porte-paroles du mouvement de contestation des mesures sanitaires. Cette étoile montante des réseaux sociaux participe à un phénomène politique qui dépasse largement les enjeux liés à la crise de la Covid-19. Sa chaine YouTube, Radio-Québec, compte maintenant près de 120 000 abonnés ; ce chiffre a quadruplé depuis le début de la crise et il augmente de façon continue. Sa vidéo la plus virale a été vue par plus d’un demi-million de personnes, ce qui a poussé Radio-Canada à publier un article
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Mon fils sera-t-il athée ?
J’ai rendez-vous avec mon accouchement cette semaine. J’ai fini par me ranger à l’avis de mon médecin, qui voit dans ma grossesse un autre cas « à risques » nécessitant un déclenchement. Polyhydramnios oblige ! Je devrais être heureuse, contente, fébrile. Mais j’ai peur. Pas de l’accouchement comme tel… J’ai peur de l’absurde. Je me sens de retour à la case départ. Le début de la grossesse La case départ, c’est l’état psychologique qui m’a habité durant mes premières semaines de grossesse. Après mon mari, c’est mon père spirituel qui a appris le premier la nouvelle. « Che bello ! Sono molto contento ! », s’est-il exclamé. Mais
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Une Église qui n’est plus celle du pauvre
« Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ? […] J’en ferai une pente désolée ; elle ne sera ni taillée ni sarclée, il y poussera des épines et des ronces ; j’interdirai aux nuages d’y faire tomber la pluie. » Is 5, 4-6 Par deux fois en trois semaines, je me suis vu, faute de préinscription ou à cause d’une erreur de code, refuser l’entrée d’une église. Cette fois, j’en ai pleuré. Certes ce phénomène, parmi d’autres, raconte ce que devient une société quand elle a peur. Mais l’Église peut-elle se contenter de répéter la société ? Réfugié dans un café,
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Sans spectateurs
Le sport professionnel est souvent qualifié, à raison, de spectacle. Une bonne partie du divertissement provient de l’ambiance des arénas, de la nourriture, de la musique, des applaudissements et des huées, des mésaventures de la mascotte ou du trompettiste (chapeau bas au mythique Claude Scott). Arrive une pandémie. Qu’arrive-t-il lorsque l’auditoire devient essentiellement celui des amateurs derrière leurs écrans ? L’avantage du match à domicile disparait. L’absence du fameux 12e joueur laisse un vide flagrant. (L’expression anglaise « the 12th man » fait référence aux sports où chaque équipe doit habiller 11 joueurs sur le terrain et où l’impact d’une foule locale enthousiaste donne un réel avantage
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Le for intérieur
Corruptissima republica plurimae leges: «Plus l’État est corrompu, plus les lois se multiplient.» Cette phrase célèbre de Tacite (Annales, III, 27) visant la décadence romaine (Tiberius, Caligula, Claudius et Néron) rend brillamment comment faire fi des consciences. La décadence se trahit par la multiplication des lois, sa principale ennemie étant la conscience morale. « Pour moi, je considère, excellent homme, qu’il vaut mieux […] ne pas être d’accord avec la plupart des gens et dire le contraire de ce qu’ils disent – oui, tout cela plutôt que d’être, moi tout seul, mal accordé avec moi-même et de contredire mes propres principes » (Gorgias, 482 b-c). Hannah
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Je suis catholique pro-choix
Je suis pro-choix. Je suis catho, pratiquante. Et je suis pro-choix. Entendez-moi bien : je suis pro-choix. Genre un vrai choix. Parce qu’il y a de ces choix qui n’en sont pas. À la colonie de vacances où j’ai jadis travaillé, on les appelle les faux-choix. Comme lorsque tu proposes à ton enfant qui ne veut pas manger de fruit de choisir entre la pomme et la banane. Ou quand, de façon encore plus sure, tu offres à l’enfant qui ne veut pas s’habiller chaudement de mettre son chapeau ou de rester à l’intérieur. Ça donne souvent le résultat escompté : il est content
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Déplanification stratégique
Ça y est. Le confinement recommence peu à peu, mais cette fois par région. La métropole et la capitale semblent avoir une bonne longueur d’avance sur l’arc-en-ciel sanitaire. Vert, jaune, orange, rouge… préparez-vous à en voir de toutes les couleurs ! Comme à l’école, les mesures changent tous les jours et on ne sait jamais trop précisément si on est légal ou moral. Les deux choses étant souvent, mais pas toujours, en adéquation. 6, 10, 25, 50, 250… L’éthique est devenue une affaire de chiffres. Rester sur pause Avec toutes ces turbulences et ambivalences, difficile d’organiser un souper de famille, une
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Le virus est aux portes… ouvrons-les !
Il fallait s’y attendre : à l’heure où le virus frappe encore, on demande aux croyants un sacrifice plus grand qu’aux cinéphiles. Mauvaise nouvelle pour ceux dont la mission est d’en annoncer une bonne ! D’autant plus que tous les efforts de collaboration semblent avoir été vains. Le sentiment qui surgit est compréhensible : indignation face aux efforts non reconnus, déception face à une autre fragmentation de nos communautés, incompréhension quant à la difficulté de communiquer avec le gouvernement. C’est une réaction bien humaine, mais est-ce vraiment une réaction chrétienne ? Oui, nous avons fait preuve de responsabilité, mais est-ce que la charité nous
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Enfants à la maison : j’ai pris la porte
Comme bien des parents, j’ai passé les six derniers mois à la maison avec mes enfants. Ces six mois ont été remplis de joies, mais aussi de difficultés. Durant cette demie-année, j’ai épuisé toutes mes ressources parentales. J’ai utilisé toutes les techniques éducatives, j’ai relativisé, j’ai pesté, j’ai tempêté. J’ai pleuré aussi, de fatigue, mais également car « je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas » (Rm 7, 19). Trois malcommodes se sont régulièrement invitées chez moi. Malvenues, désagréables, toxiques même — j’ai tout fait pour me débarrasser d’elles. Je vous les
